Sylvain Prudhomme, lauréat du Prix Landerneau 2019

Par les routes, Sylvain prudhomme (Édition l’Arbalète Gallimard, 2019)

Par les routes, le dernier roman de Sylvain Prudhomme, a reçu ce 8 octobre le Prix Landerneau des lecteurs 2019. Un Monde Littéraire vous le fait découvrir.

Retrouvailles à V

Sacha, le narrateur, est écrivain. Il s’installe dans la petite ville de V. pour fuir toutes distractions et écrire son prochain roman d’un seul souffle. Mais V. c’est aussi la ville où vit l’autostoppeur, cet ami perdu de vue il y a longtemps. Peu après son installation, Sacha le croise au hasard d’une rue et leur amitié reprend comme s’ils s’étaient quittés la veille.

Les départs

L’autostoppeur vit avec Marie, son épouse, et son fils Augustin. Très vite, Sacha intègre ce foyer heureux et accueillant, où les soirées entre amis s’étirent jusqu’au milieu de la nuit. De son côté, malgré l’amour de sa famille, l’autostoppeur quitte régulièrement le domicile conjugal : s’il y est l’heureux, il ne peut se résoudre à renoncer à arpenter la France, via les autoroutes. Pendant ce temps, Sacha reste à V. et, page après page, nous nous installons, nous aussi, dans la petite ville à ses côtés. En l’absence de l’autostoppeur, nous échafaudons des théories sur la raison de ces départs répétés, sans jamais trouver la bonne…

Un roman mystérieux

Sylvain Prudhomme nous pousse à nous poser beaucoup de questions au cours de la lecture de ce roman : quel est le but de son histoire ? Qu’a-t-il voulu nous dire ? Est-ce une ode à la liberté ou, au contraire, le constat d’une société individualiste ? L’arrivée de nouveaux us est-elle une menace pour le hasard ? Avec Par les routes, chaque lecteur se posera de nombreuses questions mais, quelle que soit leur teneur, chacun se retrouvera dans cette belle histoire, récompensée par un jury de lecteurs.

Lors de la remise du prix, l’auteur, l’air sincèrement heureux, dira quelques mots au sujet du thème principal de son livre : « [l’autostop] ça pose des questions très différentes de BlaBlaCar, il y a une sorte d’abandon au hasard, il y a une absence totale de garantie de ce qu'il va se passer alors qu’avec BlaBlaCar, il y a un intérêt partagé. On se donne rendez-vous, on sait à peu près avec qui on va faire le trajet […] l’autostoppeur c’est aussi une métaphore à ce que le hasard va mettre sur la route… Et je me disais que l'autostop ressemble aussi à la lecture. Je ne sais pas qui prend qui en stop. Est-ce que c’est l’auteur qui prend un lecteur en stop et on fait un chemin...? Est-ce que c’est le lecteur qui entre dans le livre et prend l’auteur en stop ? En tous cas, il y a un bout de chemin qui est fait ensemble comme ça, et je suis heureux que vous m’ayez pris en stop. » (1)

 

La moitié de notre terme est passée. La moitié de notre existence est là, en arrière, déroulée, racontant qui nous sommes, qui nous avons été jusqu’à présent, ce que nous avons été capables de risquer ou non, ce qui nous a peinés, ce qui nous a réjouis. Nous pouvons encore nous jurer que la mue n’est pas achevée, que demain nous serons un autre, que celui ou celle que nous sommes vraiment reste à venir – c’est de plus en plus difficile à croire, et même si cela advenait, l’espérance de vie de ce nouvel être va s’amenuisant chaque jour, cependant que croît l’âge de l’ancien, celui que nous aurons de toute façon été pendant des années, quoi qu’il arrive maintenant.

Extrait p10-11

 

Sources : Discours de Sylvain Prudhomme à l’issue de la révélation du lauréat du Prix Landerneau des lecteurs 2019 ; Extraits du roman Par les routes, publiés aux éditions Gallimard.