Rencontre avec Cécile Coulon autour de son dernier roman, "Une bête au paradis"

Cécile Coulon
Portrait de Cécile Coulon - Crédits : THIERRY ZOCCOLAN - AFP

La librairie le Comptoir des Mots (Paris 19ème) organisait jeudi 7 novembre une rencontre avec Cécile Coulon. Celle-ci y présentait son septième roman, Une bête au paradis. L’occasion de revenir sur son parcours, la naissance de sa vocation, et l’importance à ses yeux de la terre. La plus Auvergnate de nos écrivains redore ainsi le blason d’une « littérature de terroir » un peu oubliée. 

Une bête au paradis

Une chevelure blonde platine soulignant son beau visage, Cécile Coulon n’est pas sans évoquer une diva du rock, voire une héroïne hitchcockienne ! Sa voix est grave, teintée de gouaille, sa parole déliée, spontanée, souvent drôle. Professionnelle, elle échange avec aisance, élégance et simplicité. Du haut de ses 29 ans, la jeune écrivaine exerce une fascination immédiate sur l’auditoire... 

La révélation Stephen King  

"Je suis devenue écrivaine avant tout pour raconter des histoires ! Mes parents, quand j’étais petite, m’en ont donné le goût. Plus tard, jeune adolescente, j’ai lu l’intégrale de Stephen King que mon frère avait reçue en cadeau… Une révélation ! J’étais pétrifiée, terrorisée, et j’ai su ce que je voudrais faire plus tard : susciter des émotions très fortes chez les lecteurs.

Très tôt, à mes débuts, j’ai été entourée de gens qui me relisaient, me conseillaient. Mes premiers textes n’étaient qu’une médiocre imitation des auteurs que j’aimais. Aujourd’hui je suis incapable de raconter ma vie, il ne s’y passe rien ! Et puis on passe nos journées dans le réel. Alors autant s’en échapper et inventer."

Les éditeurs de Cécile Coulon

"J’ai eu la chance d’être publiée assez vite, par une maison d’édition régionale à Clermont Ferrand, ma ville natale. On faisait la tournée des librairies du coin le week-end. De merveilleux souvenirs. Puis j’ai envoyé un manuscrit à trois maisons parisiennes, et Viviane Hamy m’a répondu et a édité Méfiez-vous des enfants sages en 2010. J’étais très jeune ! Au bout de 10 ans, j’ai quitté cet éditeur pour changer de processus d’écriture. Je finissais par écrire avec une voix derrière moi et m’auto-censurer. J’ai écrit Une bête au paradis sans avoir d’éditeur, et cela m’a procuré un vrai soulagement. Puis j’ai rejoint l’Iconoclaste, qui publie moins de 10 romans par an, une sobriété déterminante dans mon choix."

Les agricultrices à l'honneur dans Une bête au paradis

"La notion de lieu idéal me tient à cœur. Chacun d’entre nous a son propre paradis : c’est le lieu où l’on se sent à la bonne place. Les endroits où l’on grandit nous façonnent et nous suivent toute notre vie, dans une relation de fascination / répulsion.

Le personnage principal d’Une bête au paradis, c’est précisément un lieu. La ferme de ma grand-tante dans le Limousin me l’a inspiré. J’y ai passé beaucoup de temps et elle est restée ancrée en moi. 

De longues conversations avec ma tante m’ont permis de comprendre ce qu’est la force morale, et ce qu’elle-même a accompli, dont je serais moi incapable. J’ai voulu parler du corps des agricultrices. Il force le respect. Ce corps, attentif à l’autre, sur les animaux particulièrement, est trop discret dans notre espace culturel, à une époque où l’on est plutôt centré sur soi-même et son bien-être…" 

Un peu de poésie sur les réseaux sociaux 

"Je n’établis aucune hiérarchie entre roman et poésie. Ce serait un peu comme comparer le sprint et le marathon ! (le sport étant mon autre passion, c’est la première image qui me vient à l’esprit) J’ai besoin d’écrire quotidiennement de la poésie, qui naît de fulgurances, de sentiments débordants. Et de temps en temps la forme poétique vient prêter sa pierre au roman… On me disait que la poésie n’intéressait pas les lecteurs. J’ai alors commencé à poster mes textes dans cet espace de consommation rapide qu’est FaceBook. Surprise : les gens lisaient et réagissaient !" 

La lecture, une source de plaisir intarissable 

"Quand je rentre dans une libraire et que je vois tous ces livres, cela me réconforte de savoir que je ne pourrai jamais tous les lire. C’est une source de plaisir intarissable… Mes lectures ? Énormément de polars, de romans noirs, de fantastique… Ces genres m’ont nourrie. J’en ai d’ailleurs lu beaucoup avant d’écrire Une bête au paradis, pour saisir la mécanique d’une intrigue policière. L’école du centre, composée notamment Pierre Bergounioux, Marie-Hélène Lafon, m’a vraiment influencée. J’ai compris qu’il y avait une place pour ces paysages-là dans la littérature française contemporaine. Et la plus grande à mes yeux c’est Marguerite Yourcenar, elle fait partie de mes fondamentaux… avec Aimé Jacquet, mon autre idole ! J’admire cet homme, un jour je lui consacrerai un livre ! " 

 

 

Pour aller plus loin...

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