On a testé pour vous : le festival littéraire ELLE

Festival littéraire ELLE
© Elle.fr

Pour marquer le 50ème anniversaire du Prix des lectrices Elle, des figures emblématiques de notre scène littéraire étaient réunies au Théâtre de l’Odéon et ont régalé les jurées, anciennes et nouvelles. On témoigne !

 

14h30 : ambiance d’un festival de Cannes sous un ciel parisien : pluie fine et foule amassée devant le Théâtre de l’Odéon. Des femmes de tous âges, étudiantes, retraitées, femmes actives en RTT, quelques hommes esseulés, tous réunis par la même passion, la littérature.

14h45 : arrivée d’Amélie Nothomb sur le tapis rouge, sous un immense parapluie, tout sourire, bottines et petites jupes noires plissées. Saluts enthousiastes aux quelques admirateurs qu’elle semble reconnaitre.

14h50 : ouverture des portes du plus vieux théâtre d’Europe à être toujours en activité dans ses locaux d’origine (1782). Installation dans la grande salle de velours rouge, lumière tamisée fuchsia et la scène ornée d’un piano, de 3 fauteuils et de 16 énormes bouquets de pivoines roses et rouges.

Suivent 2h30 de pur bonheur…
 

L'interview d'Amélie Nothomb 

Amélie Nothomb, interrogée par Olivia de Lamberterie et Marion Ruggieri, ouvre les réjouissances.

Ses rituels : écriture de 4 heures à 8 heures, puis départ pour sa maison d’édition pour répondre à son courrier pendant 5 heures. Elle tient des correspondances suivies avec de nombreux fans, qui pour certains sont devenus des amis et dont elle est devenue la confidente. 

Elle écrit tous les jours sur un cahier d’écolier, et « depuis qu’elle est un best-seller, une dame d’Albin Michel » lui tape son texte sur ordinateur. Lorsqu’elle le faisait elle-même (sur une machine à écrire), elle mettait le double du temps qu’elle avait mis pour écrire son livre… 

Elle ne semble pas avoir d’ordinateur et dit ne pas savoir aller sur internet, bien qu’elle vive avec un geek. « C’est beaucoup mieux pour ma santé mentale, de n’avoir aucune relation avec internet ! ».

Jusqu’à ses 30 ans elle a vécu avec sa sœur, « la meilleure sœur de l’univers », dont elle est très proche, et qui était la seule à lire absolument tout ce qu’elle écrivait avant envoi à sa maison d’édition.

Les manuscrits non publiés ? Ils ne sont plus lus par personne depuis que sa sœur, partie « faire sa vie », n’occupe plus le rôle de première lectrice. Elle a expressément stipulé dans un testament sa volonté que ces manuscrits ne soient jamais publiés.

Quand elle propose un manuscrit, « c’est à prendre ou à laisser mais on peut très bien les laisser ». On peut les refuser mais pas les changer. Deux de ses manuscrits ont été refusés par sa maison d’édition. « Bien sûr cela [lui] a fait bizarre », mais elle « aime que cela soit possible et n’en n’a pas été ulcérée, comprenant cette décision : non pas que ces manuscrits n’étaient pas bons, mais ça [lui] aurait finalement posé beaucoup de problèmes de les montrer ».

Le féminisme ? 

De l'agression dont elle a été victime, jeune fille, par quatre hommes sur une plage, elle a écrit quatre lignes dans « Biographie de la faim » puis un roman, qui ne sera pas publié.

Le mouvement Me too ?

Une très bonne chose, même s'il ne va pas sans accident et sans excès.

La sororité... C’est le lien le plus merveilleux de la terre ! Son conseil à toutes les femmes du monde : « trouvez-vous une sœur, même énormément de sœurs, on n’en n’a jamais assez ! »

Quant aux droits des femmes, « ils ne sont pas acquis et on devra peut-être reprendre les slogans de nos mères pour les défendre… » Elle se sent d’autant plus féministe que lorsqu’elle était petite, ce mot était une insulte dans sa famille. 

Amélie Nothomb... une grande lectrice ? 

Elle lit depuis beaucoup plus longtemps qu’elle n’écrit, et aujourd'hui ces deux activités ont tendance à s’équilibrer.

Sa lecture du moment : Le lièvre de Patagonie. Passionnant. 

Sa première lecture (à 2 ans et demi) : Tintin en Amérique 

 

L'histoire de Jacqueline Duhême

Jacqueline Duhême, première illustratrice du magazine Elle, et pionnière de l’illustration des livres pour enfants, s'installe ensuite derrière le micro. 

Ne vous fiez pas aux apparences, derrière la vieille dame frêle (92 ans), se cache un tempérament vif et pétillant ! Elle narre, d'un ton enjoué et spontané, un parcours extra-ordinaire. Après une enfance malheureuse, elle est ouvrière lorsqu'elle rencontre Paul Eluard. Elle n'a que 18 ans et vit une relation passionnelle avec le poète. Il l'introduira auprès du cercle surréaliste, dont elle mettra les textes en images. Puis, du haut de ses 20 ans, elle n'hésite pas à taper à la porte du grand Matisse, et devient son aide d'atelier. Elle se lie plus tard avec Jacques Prévert et son épouse, qui en font leur protégée et l'ouvrent au monde littéraire et artistique. En 1950, elle est embauchée par le couple Lazareff, qui lui donne lui aussi accès à des horizons nouveaux, en particulier les voyages, qui nourrissent ses reportages dessinés... Cette vie haute en couleurs, et ces rencontres avec des personnages mythiques, valaient bien un livre, illustré de ses mains : « Ma vie en crobards » publié en 2014.

 

La facétieuse Alix Girod De l’Ain enchaîne, décrivant avec l’humour qu’on lui connaît la joyeuse bande de copines qui donnent vie au magazine Elle, s'adonnant au rire autant qu'au travail...

 

L'interview de Delphine de Vigan 

Delphine de Vigan conclut ce rendez-vous, en dévoilant ses convictions, ses sources d’inspiration, son mode de vie… 

Elle confie la pression imposée par les rentrées littéraires, qui entraînent les écrivains dans une course énergivore, les privant de leur désir premier et fécond d’écrire. Le prix des lectrices Elle, reçu pour « Rien ne s’oppose à la nuit » en juin 2012, loin des frénétiques mois de septembre, lui redonne un souffle bienvenu. On rembobine : retour sur sa première vie de salariée dans une entreprise. La stabilité, la régularité offertes par un cadre professionnel, primaient à ce moment-là. Son premier métier, au sein d’un institut de sondage, l’a immergée dans l’analyse des comportements humains. Un matériau précieux pour ses futurs ouvrages ! Son expérience personnelle lui a également inspiré le sujet de son tout premier livre (sous le pseudonyme Lou Delvig) : Jours sans faim, qui raconte le combat d'une jeune femme contre l'anorexie. La maison d’édition avait insisté pour le publier en tant que témoignage, notre auteure n’en a pas démordu, il s’agissait indiscutablement d’un roman. Entre ces deux genres, la frontière est parfois ténue... « Il y a toujours une part de soi dans ses écrits ». L’objet littéraire qui finalement est produit installe une distance salutaire. Et le style dans tout ça ? C’est ce qu’elle appelle la « voix », primordiale selon elle. La solitude ? Nécessaire lorsqu’elle écrit. Ce besoin de s’isoler attise paradoxalement son appétit des autres. Fin 2017, la chanteuse la Grande Sophie l’embarque sur scène : immersion joyeuse parmi ses congénères, parenthèse intense et bénéfique !

 

Un grand merci à Céline Thompson pour sa contribution.

 

 

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