Les 8 règles d'or de l'écrivain

règles d'or de l'écrivain
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Il y a autant de chemins qui mènent à l'écriture que de routes pour Rome. Cependant il est important pour un écrivain de faire preuve de discipline afin d'éviter certains écueils. Si vous souhaitez prendre la plume et vous lancer dans cette merveilleuse aventure qu'est le processus d'écriture, voici huit conseils donnés par de grands auteurs tels que Fitzgerald, Rainer Maria Rilke ou encore Max Jacob, et qu'il convient de ne pas négliger. 

 

Noter l'idée sans attendre

Il n'y a pas une minute à perdre : si une idée géniale vient de vous traverser l'esprit, n'attendez pas le lendemain pour l'inscrire dans un carnet, et ce même si nous sommes au beau milieu de la nuit ! Francis Scott Fitzgerald explique dans son essai De l'écriture (1991) que cette idée risque de perdre toute sa valeur si elle est écrite après-coup. 

"Quand tu penses à quelque chose, quand tu te souviens de quelque chose, note-le dans le carnet que ça concerne. Mais note-le à la seconde où tu y penses. Rien ne dit que, la seconde fois, tu retrouveras la même intensité." 

 

Saisir toutes les richesses du quotidien

Vous voulez que votre histoire soit unique en son genre, insolite ? Attention : à trop vouloir faire original, vous risquez d'en oublier le plus important : l'authenticité. Rainer Maria Rilke nous met en garde à ce propos dans ses Lettres à un jeune poète (1997). 

"Fuyez donc les grands thèmes pour ceux que vous offre votre propre quotidien; dites vos tristesses et vos désirs, vos idées fugitives et votre foi en une beauté, quelle qu'elle soit - dites tout cela avec une sincérité profonde, sereine, humble et, pour vous exprimer, utilisez les choses qui vous entourent, les images de vos songes et les objets de vos souvenirs. Si votre quotidien vous semble pauvre, ne l'accusez pas; accusez-vous vous-même, dites-vous que vous n'êtes pas assez poète pour en évoquer les richesses; car pour le créateur il n'est pas de pauvreté ni de lieu pauvre et indifférent. Et seriez-vous vous-même dans une prison dont les murs ne laisseraient parvenir à vos sens aucun des bruits de ce monde, ne vous resterait-il pas votre enfance, cette richesse exquise, royale, ce Trésor de souvenirs? C'est vers ce domaine qu'il vous faut vous tourner avec application." 

 

Varier la syntaxe

Le style d'écriture est fondamental : c'est lui qui rend le récit agréable à lire, fluide, ou au contraire fade et ennuyeux. Mais posséder un style d'écriture personnel et singulier ne signifie pas pour autant que vous deviez répéter encore et encore la même forme de phrase. Dans ses Conseils à un jeune poète (1972), Max Jacob insiste sur ce point : il faut être capable de varier la syntaxe à l'infini. 

"N'écris pas une seule phrase qui ait la forme de la précédente, à moins d'une ferme volonté de rythme spécial, mais varie ta syntaxe comme Shakespeare varie sa syntaxe, collectionne ces formes syntaxiques, tiens-en un répertoire, un registre. Les idées viennent seules quand le moule est prêt à les recevoir. C'est le secret de ne jamais ennuyer." 

 

Jouer avec la ponctuation

Les signes de ponctuation ne sont pas seulement nécessaires au bon fonctionnement de la phrase : ils peuvent constituer toute son originalité et toute sa beauté. Valery Larbaud traite de ce sujet dans son ouvrage Sous l'invocation de saint Jérôme (1997). 

"Il doit ou il devrait y avoir des traités spéciaux de ponctuation. Ils sont peu connus. Les grammaires en disent l'essentiel, indiquent la valeur du point, du point et virgule, des deux points, des points de suspension, de la virgule, des guillemets, des parenthèses, et peut-être même des crochets et du virgule-tiret. Mais en poésie et en prose littéraire ces signes, tout aussi bien que les mots, sont soumis à l'arbitraire de l'écrivain, et il y a une ponctuation littéraire à côté de la ponctuation courante comme il y a une langue littéraire à côté du langage écrit courant. La ponctuation d'un écrivain doué d'une forte personnalité sera personnelle et s'écartera plus ou moins des règles fixées par l'usage courant et les grammaires." 

 

Créer des personnages aux caractères éloignés du nôtre

Un autre écueil d'écrivain en herbe consiste à fabriquer un personnage à partir de sa propre personnalité, et ce de façon inconsciente. Les personnages romanesques doivent posséder leurs propres caractères, bien différents de celui de leur créateur. Toujours dans ses Conseils à un jeune poète, Max Jacob nous lance cet avertissement. 

"Méfiez-vous de votre propre caractère en prose et servez-vous de tout le dictionnaire sans préférence. Vos personnages ne doivent pas vous ressembler ou vous ressembler le moins possible. C'est à eux-mêmes qu'ils ressemblent. Or vos mots ne doivent pas être ''vous", mais eux. De même, ce n'est pas l'objet que vous aimez que vous décrivez mais l'objet qu'ils aiment, eux, et des paysages adéquats à la situation, la leur. Or vos mots décrivent ce qui est à vous, mais non ce qui est à eux. - Donc attention!" 

 

Faire preuve de régularité

On n'obtient rien sans rien et, comme vous vous en doutez, il est peu probable que vous parveniez à terminer votre récit si vous ne lui accordez qu'une heure par mois. La réussite de votre projet ne peut donc rimer qu'avec un mot : régularité. Dans son livre Ecriture : mémoires d'un métierStephen King affirme qu'il écrit au moins dix pages par jour et qu'il ne s'accorde aucune pause, ni le dimanche, ni les jour fériés. Cette déclaration nous rappelle une célèbre citation d'Eugène Ionesco :

"Un écrivain n'est jamais en vacances. Pour un écrivain, la vie consiste soit à écrire, soit à penser à écrire." 

 

Passer de longues heures à méditer sans rien écrire 

Certes il est important de passer à l'action en écrivant à un moment donné dans votre journée, mais écrire pour écrire ne peut être gage de qualité : tout comme l'expression "tourner dix fois sa langue dans sa bouche avant de parler", il convient de faire mijoter l'idée dans son esprit et de réfléchir à la formulation parfaite - celle qui semble si naturelle au lecteur et qui pourtant a demandé tant de réflexion à l'auteur - avant de coucher les mots sur le papier. La romancière contemporaine Claire Legendre témoigne en ce sens : 

«Je me mets devant l’ordinateur et je procrastine beaucoup avant de finir par trouver l’état qui me permets d’écrire ce que je veux comme je veux. Disons cinq heures de procrastination pour deux heures d’écriture... Ce qui suppose une grande disponibilité»

 

Instaurer toute une philosophie derrière les mots

Terminons avec un dernier conseil de Max Jacob, qui s'avère sans nul doute être le plus difficile de tous : instaurer un environnement philosophique autour des mots. Autrement dit, chaque mot devra résonner d'une façon intense dans l'esprit du lecteur, ce qui le conduira à méditer sur un aspect de la vie, quel qu'il soit. 

"Et ceci est le plus important: une oeuvre ne vaut pas par ce qu'elle contient, mais par ce qui l'environne. Il faut que les mots ''Bonjour, Bonsoir! " soient environnés par une immense philosophie de la nature, de la société, de l'astronomie, de la métaphysique, etc. C'est le secret des grandes oeuvres." 

 

 

Pour aller plus loin... 

> Comment écrire votre histoire à partir d'une première phrase

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