"La vie invisible d'Euridice Gusmao" : le roman de Martha Batalha adapté au cinéma

La vie invisible d'Euridice Gusmao

Ecrit pas Martha Batalha, le roman a été traduit sous le titre : "Les mille talents d’Euridice Gusmão" mais le titre original brésilien est “A vida Invisível de Euridice Gusmão “ (une vie invisible d’Euridice Gusmão). Karim Aïnouz a fait le choix d'adapter ce récit au cinéma et a remporté ce faisant le prix Un certain regard 2019 à Cannes. 

Le machisme des hommes au Brésil

Les thématiques principales sont la déception de la femme et le machisme au Brésil dans les années 1950-1960. Sans crier au chef-d'oeuvre, reconnaissons que la thématique est intéressante : dans les années 50, une sœur nommée Guida qui veut vivre le grand amour va s’enfuir de chez elle. Sa sœur, dans le roman ne la retrouve que plusieurs années après tandis que dans le film, elle ne la retrouve jamais mais retrouve ses lettres dont elle ignorait l’existence. Guida part donc pour vivre le grand amour et connaît la déception amoureuse. Elle revient enceinte chez ses parents, future fille-mère. Et est rejetée par son père. Elle écrira alors  à sa sœur qu’elle croit être devenue une grande pianiste, son rêve depuis toujours, alors qu’elle est mariée, mère de famille. Comme son père, son mari est un macho notoire qui ne comprend pas le désir de sa femme de continuer à faire du piano et de passer des concours alors qu’elle est maintenant femme au foyer et mère de famille. 

Guida, véritable héroïne de l'histoire

Le titre est curieux car il n’est en réalité que très peu question d’Euridice dans le roman mais plutôt de sa sœur. Eurídice voulait devenir une grande pianiste et devient finalement femme au foyer et mère de famille. Elle aime cependant son mari mais cherche son indépendance en trouvant un travail. Eurídice incarnerait la raison, le moi freudien, alors que Guida serait plutôt du côté des pulsions puisqu'elle ne pense jamais aux conséquences et qu'elle ne fait que ce dont elle a envie. Guida se fait sciemment passer pour morte et Eurídice perd alors son autre moitié qui la réconfortait dans ses espérances (devenir une grande pianiste). 

Une libre adaptation du roman

Dans le film, le personnage d’Euridice réussit à continuer ses aspirations alors que dans le roman, dans chaque projet (piano, couture, cuisine...) son mari la freine. Dans le roman on nous montre bien qu’Euridice était pleine de possibilités et de capacités mais pour des questions qu’on comprend assez vite, elle ne peut pas s’accomplir comme elle le désirerait. Il est quelque peu regrettable que la musique soit la seule forme d'art envisagée par Eurídice dans ce long-métrage. Cela restreint les possibilités du personnage et limite le machisme tandis que dans le roman, Eurídice réussit chaque travail qu'elle entreprend (piano, couture, cuisine). A chaque succès, son mari lui demande d’arrêter, et Eurídice finit toujours par céder. Ce n’est pas du tout la même chose que se tenir à l’art de la musique et revendiquer faire du piano. Car dans le film, elle tient bon et ne se résigne pas, puisqu’elle va passer son concours de piano et être reçue ! Ainsi la morale est complètement différente dans les deux oeuvres : dans le roman elle abdique alors que dans le film elle tient tête à son mari. De plus, dans le film , Guida se fait passer pour morte, ce qui change complètement la suite de l’histoire ainsi que la morale. Le machisme des hommes est davantage mis en évidence dans le film. D'autre part, le film offre une nervosité absente dans le roman qui permet de dynamiser davantage l'intrigue.

Verdict ? D'une oeuvre mineure, Karim Aïnouz a su en extirper un bon suc. Maintenant à vous de juger, à vos lectures et prochainement dans les salles.

 

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