Focus sur "Tenir jusqu'à l'aube" de Carole Fives

tenir jusqu'à l'aube
Éditions l’Arbalète Gallimard, août 2018

Dans un appartement cher et mal isolé, une mère célibataire vit seule avec son petit garçon de deux ans. Quelques années auparavant, elle a tout quitté pour s'y installer avec le père de l'enfant mais l'homme a déserté du jour au lendemain, laissant la jeune femme dans la précarité.

Dans son nouveau roman Tenir jusqu'à l'aube, Carole Fives dresse le portrait d'une famille monoparentale dont le lecteur ignore tout au long du livre les prénoms, comme pour accentuer leur coupure au monde.

S'échapper (1)

Graphiste freelance, la jeune femme a perdu sa clientèle en déménageant dans la ville de son ex-conjoint. Le manque de revenu a pris la forme d'une geôle pour la jeune femme abandonnée. Prisonnière de sa condition, elle peine à payer les factures et vit sous le joug d'une expulsion. À défaut de pouvoir faire appel à une baby-sitter, elle n'a d'autre choix que passer toutes ses soirées avec son fils. Peu à peu, leur vie prend des allures de huis clos.

Mais, à l'image de la chèvre de Monsieur Seguin qui s'éloigne sans cesse du troupeau à la recherche de liberté, la jeune femme finit par s'éloigner de sa prison à la nuit tombée. Une fois son fils endormi, elle se mêle au monde extérieur pour retrouver un semblant de vie.

Tirer sur la corde (2)

À chaque escapade, Carole Fives parvient à nous faire ressentir la soif de liberté de son héroïne. Si celles-ci sont au départ de simples bouffées d’air frais, la jeune femme finit par « prendre goût à ses fugues qui viennent un petit peu en contrepoint du côté carcéral de ses journées où elle a […] ce tête à tête avec l’enfant, sans aucun autre adulte avec qui discuter, avec lequel échanger. C’est la monoparentalité dans tout ce qu’elle a de plus fragile. » (3).  Tenir jusqu’à l’aube, un très beau livre – qui a frôlé le prix Landerneau en octobre dernier – à découvrir.

Découvrez un premier extrait ! 

Elle tenait toute la journée, elle tenait pour le petit. Mais quand la nuit s'annonçait, elle avait hâte de le voir endormi, de pouvoir enfin tout lâcher, les craintes, les colères retenues. Mais l'enfant n'en finissait pas de revenir, tantôt il avait soif, ou peur, ou envie de faire pipi, tantôt il voulait juste qu'elle reste là, « à côté, à côté ». Elle se recomposait aussi vite un visage de mère rassurante, donnait à sa voix des inflexions douces. Parfois, elle perdait patience, elle aurait voulu qu'il se taise, qu'il arrête de la solliciter, qu'il lui fiche enfin la paix.  (Extrait p 98)

 

 

(1, 2) Titres des chapitres de Tenir jusqu'à l'aube ; (3) extrait d'interview pour la librairie Mollat