Focus sur "My absolute darling", le roman choc de Gabriel Tallent

my absolute darling
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Peut-être n'avez-vous pas encore entendu parler de My absolute darling et, si tel est le cas, nous nous devons de remédier à cela au plus vite. Ce premier roman écrit en l'espace de huit ans par Gabriel Tallent a déjà été encensé par la critique et fut même qualifié de chef-d'oeuvre par Stephen King himself. Après avoir terminé ce thriller aussi magnifique que dérangeant, on en ressort quelque peu sonné et il nous faut un certain temps pour réussir à passer à autre chose, pour nous décider enfin à lire un nouveau roman, quoique les personnages de My absolute darling hantent encore notre imaginaire et que certains épisodes choquants nous reviennent toujours à l'esprit. Auteur féministe de 32 ans, Gabriel Tallent parvient dès les premières pages à nous faire entrer dans cet univers étrange et malsain qu'est le domicile parental de Julia. 

"Ne fais pas ta petite connasse avec moi, Croquette" 

Orpheline de mère, Julia - qui préfère qu'on la surnomme Turtle - se fait accompagner chaque matin par son père jusqu'au bus qui l'emmène à l'école. Là-bas, la jeune fille n'a pas d'amis et n'en veut pas. Son enseignante s'inquiète pour elle et convoque son père dans le bureau du directeur. Le sujet de la discussion porte sur le niveau de Julia en classe, mais Anna, sa professeure, soupçonne quelque chose de bien plus grave, sans rien oser dire tout haut. Turtle se méfie de cette femme et s'inquiète : si elle parle, tout sera terminé. On l'emmènera loin de son père et ça, elle ne le veut pas. Car Martin a beau être parfois violent avec elle, il a beau la faire jouer depuis toute petite avec des armes à feu et se comporter de façon abusive avec elle au quotidien, il reste son père et elle l'aime, comme elle sait qu'il l'aime à sa façon brutale et imprévisible. Elle est son Amour absolu, sa Croquette, elle lui appartient pour toujours et il ne vaut mieux pas qu'elle tente de "faire sa petite connasse" avec lui si elle tient à la vie... 

Un roman haletant et addictif

"Nom de Dieu, Martin, c'est pas une façon d'élever une gamine", répète sans arrêt le grand-père de Turtle. A sa mort, Martin quitte la maison, abandonne Turtle. Celle-ci goûte alors à une vie bien différente où l'amitié et l'amour s'installent progressivement. Même si Jacob est un enfant gâté et incapable, elle se sent bien près de lui. Mais Martin finit par revenir à la maison et les choses vont changer... 

Dans ce roman haletant et addictif, les dialogues sont d'une vulgarité loin d'être gratuite, une vulgarité qui colle à la violence du personnage paternel et au monde dénué de tendresse dans lequel vit Julia. On tremble à chaque page pour cette jeune fille réduite à un surnom, celui d'un animal qui se cache sous sa carapace, aussi solide soit-elle. 

Découvrez un premier extrait ! 

Quand ils ont terminé, son papa se lève et ouvre la porte pour laisser passer Turtle, et ils marchent ensemble jusqu'au pick-up, ils montent en silence sur la banquette avant. Martin pose la main sur la clé de contact, plongé dans ses pensées, le regard rivé au-delà de la vitre du conducteur. Puis il lâche :

- C'est à ça que se résume ton ambition ? A devenir une pauvre petite moule illettrée ? 

Ils démarrent le pick-up et ils s'éloignent, sortent du parking, Turtle se répète les mots pauvre petite moule illettrée. Leur sens prend soudain forme dans son esprit comme quelque chose enfermé dans une boîte qui jaillirait brusquement. Il existe des parts d'elle qui demeurent sans nom, sans identification, puis il leur donne un nom, et elle se perçoit alors clairement à travers ses mots, et elle se déteste. Il change de vitesse avec une colère puissante mais silencieuse. Elle se déteste, elle déteste ce fossé mal comblé et mal protégé. Ils remontent l'allée gravillonnée et il se gare devant le porche avant de couper le moteur. Ils gravissent les marches ensemble, Papa entre dans la cuisine, sort une bière du frigo et l'ouvre d'un coup brusque sur le rebord du plan de travail. Il s'assied à la table et gratte une tache avec l'ongle de son pouce. Turtle s'agenouille devant lui et pose les mains sur son Levi's bleu délavé. Elle dit : 

- Pardon, Papa. 

Elle glisse deux doigts entre les fils blancs décousus, pose la joue contre l'intérieur de sa cuisse. Il reste assis là, le regard ailleurs, il tient sa bière entre le pouce et l'index, et elle essaie de réfléchir désespérément à ce qu'elle pourrait faire, cette pauvre petite moule, cette moule illettrée. 

Extrait du roman My Absolute Darling de Garbriel Tallent, Editions Gallmeister, p.28-29

 

 

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