Focus sur "Les Victorieuses" de Laetitia Colombani

Les Victorieuses Laetitia Colombani
Jaquette du roman "Les Victorieuses" de Laetitia Colombani - © Grasset

L'auteure de La Tresse refait surface avec un nouveau roman très attendu, Les Victorieuses. Si la jaquette rose bonbon peut laisser à penser que ce récit s'adresse à un lectorat exclusivement féminin et que l'intrigue sera sûrement à l'eau de rose, il n'en est rien. Pour autant, les femmes sont bien omniprésentes dans Les Victorieuses de Laetitia Colombani, et leur cause est défendue d'une très belle manière tout au long du récit. 

La crise existentielle d'une avocate en quête du bonheur

Solène a toujours fait ce qu'on attendait d'elle : fille de deux professeurs de droit, elle décide de devenir avocate et passe le barreau à l'âge de 22 ans. Loin d'être sa vocation, ce métier l'accapare et l'empêche de construire une vie de couple épanouie. Lorsque Jérémy s'en est allé, elle n'a fait aucun commentaire. Mais le jour où son client s'est donné la mort devant ses yeux après que le juge ait prononcé la sentence redoutée, Solène ne parvient plus à rien. Après avoir décidé de démissionner, elle suit le conseil de son psychiatre et cherche une mission de bénévolat à accomplir. Une annonce la fait soudain rêver et lui rappelle sa première passion : l'écriture. Devenir écrivain public, l'idée la charme. Mais en passant l'entretien le plus rapide de sa vie professionnelle, Solène réalise que derrière ce joli nom se cache une dure réalité qu'elle n'est peut-être pas prête à affronter... 

Le Palais de la Femme, lieu de tous les défis 

C'est au Palais de la Femme, un foyer destiné aux dames dans le besoin, que Solène se résigne à effectuer son heure de bénévolat. Pleine d'appréhension, elle constate que les dames qui y résident ne sont pas faciles à apprivoiser. Leurs requêtes ne cessent de la surprendre par leur caractère a priori dérisoire et insolite. Pourtant, Solène relève chaque défi et s'attache progressivement à ces femmes méfiantes qui s'avèrent toutes être des battantes. Leurs histoires et celle de Solène nous laissent de quoi méditer : et nous, que pourrions-nous faire pour venir en aide à notre échelle ? Ce roman est sans nul doute engagé et nombreux sont les lecteurs qui refermeront le livre avec de nouveaux projets de solidarité en tête. 

Portrait d'une femme atypique : Blanche Peyron 

Au récit contemporain de Solène s'ajoute celui de Blanche dans les années 20. Comment ne pas être admiratifs en découvrant la détermination, la persévérance et le bon coeur de cette incroyable femme engagée dans l'Armée du salut pour venir en aide aux démunis ? Elle s'était juré de ne pas prendre d'époux et de ne jamais faire d'enfants, mais c'était sans connaître Albin, son âme soeur, celui qui l'aidera jusqu'au bout à mener les mille combats que Blanche entend bien mener. Un bâtiment à six millions de francs abandonné dans Paris ? L'article de journal retient aussitôt l'attention de Blanche et c'est alors que son plus beau projet naît : les femmes démunies auront leur palace, quoiqu'il en coûte. Albin sait que Blanche est malade, mais il sait aussi qu'elle ne démordra pas de sa décision. Comment ne pas soutenir une telle femme ? Sa force de caractère et son éloquence mis au service de ceux dont la voix ne se fait jamais entendre méritaient bien d'être connus du public. Car en 1926, il est impossible pour une femme d'être l'acquéreur d'un tel bâtiment. Peu importe, Blanche ne cherchait pas la gloire. Elle reste malgré tout un modèle pour nous tous. 

 

Découvez un premier extrait !

C'est sans doute la tâche la plus difficile qui lui ait été confiée. Elle n'avait pas saisi jusqu'alors le sens profond de sa mission : écrivain public. Elle le comprend seulement maintenant. Prêter sa plume, prêter sa main, prêter ses mots à ceux qui en ont besoin, tel un passeur qui transmet sans juger. Un passeur, voilà ce qu'elle est. Binta a fui loin de la Guinée. À Solène de la rendre à ce pays qu'elle a quitté, de la restituer à son fils, à travers quelques mots échangés. 

Dans ces quelques grammes de papier, il y a le poids d'une vie. C'est lourd et léger à la fois. Ce n'est pas rien, songe Solène, d'être dépositaire de cela. Elle pense à la confiance que lui a accordé Binta en lui livrant son histoire. Elle doit en être digne. Elle ne sait comment elle va s'y prendre, mais elle va s'acquitter de ce devoir avec toute l'honnêteté, toute l'intelligence, et la sensibilité que la nature a bien voulu lui donner. Les mots, elle va les trouver, dût-elle y passer la nuit. 

Laetitia Colombani, Les Victorieuses, extrait du chapitre 14 (p.114) 

 

 

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