Focus sur "Le vieux jardin" de Hwang Sok-Yong

Le vieux jardin Hwan Sok-Yong
Le vieux jardin de Hwang Sok-Yong (2005) édition Zulma

Publié en 2005 aux éditions Zulma, Le vieux jardin de Hwang Sok-Yong est une saga coréenne à ne pas manquer. Nous n'avons pas résisté à l'envie de vous faire découvrir cette pépite ciselée d'or. 

Un petit délice de traduction

Tout d’abord, avant de commencer la critique du roman Le Vieux Jardin, nous tenons à saluer le travail remarquable des traducteurs, Jeong Eun Jin et Jacques Batillot. Par la complexité de la trame, des voix multiples qui fusionnent, oui, nous tenons à féliciter ces traducteurs pour un travail loin d’être facile et qui se révèle être de toute beauté. Nous entrons avec délice donc , dans les 600 pages du Vieux Jardin .

Le Vieux Jardin : un roman initiatique 

Nous ne pouvons que vous solliciter à lire ce roman si beau et poignant. La trame ne paraît pourtant pas exceptionnelle au premier abord : un jeune couple coréen dans les années 80 s’aime : Yunhi est artiste peintre et lui,  O Hyônu, activiste militant politique lors de la dictature de la Corée du Sud. Malheureusement  il va être emprisonné pour 18 ans pour ses activités politiques. Les deux personnages ne sont pas mariés. Elle est enceinte et lui ne le sait pas. A sa libération il apprend que la femme qu’il a attendu toutes ces années est décédée. Elle lui a légué des carnets qui lui apprennent qu’il est père d’une petite Un’gyôl. Grâce à ces carnets, O Hyônu découvre toute la vie qui a été celle de Yunhi et qui était loin de l’image idéalisée qu’il s’était forgée en prison pour survivre à l’univers carcéral. Il découvre alors une autre Yunhi, plus faillible, avec ses lâchetés mais aussi son courage et sa vaillance. 

Des arts en mouvement et en touches

En lisant ce roman, vous trouverez forcément des références aux arts : peinture, cinéma, écriture... Cette richesse donne un côté foisonnant et toujours moderne au roman.

Yunhi est un personnage bien entendu très fort et charismatique. Elle nous est présentée sous de multiples facettes : une Scheherazade qui raconte l’histoire de sa famille dans l’Histoire, mais aussi un écrivain dans un espace libre où la censure n’existe pas. Le personnage de Yunhi serait-t-il un double de l’auteur, féminin, qui a été comme le personnage masculin du roman enfermé pour raisons politiques ? 

Par le biais de ses carnets qu’elle lègue à son amant, elle lui raconte sa vie, ses luttes, l’évolution de la société coréenne et aussi du monde. Mais Yunhi est principalement peintre et va léguer aussi une peinture à caractère particulier à son amant. En effet elle peint cette toile lorsqu’elle se sait condamnée : ils sont tous les deux représentés, mais elle vieillit tandis que lui reste éternellement jeune. Alors que l’incarcération donne un sentiment d’éternité, la maladie de Yunhi extrêmement avancée lui confère une dimension fugace. Comment ne pas voir dans ce tableau les valeurs inversées du Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde? En effet, Yunhi ne s’offre pas l’éternelle jeunesse mais l'offre à l’être aimé.

Dans certains passages, le romancier mentionne des morceaux de vie comme s’il s’agissait de détails de tableaux, ou bien comme par touches. Cela fait sans aucun doute référence à la fonction de peintre qu’avait Yunhi. Même si physiquement le personnage est absent, le romancier, par son style, ne cesse indirectement de la représenter en filigrane.

D’autres fois, les passages évoquent plutôt l’univers du cinéma, par les effets de zoom, de plans rapprochés ou éloignés. Ce procédé ferait référence au personnage d’O Hyônu, qui se présente en quelque sorte comme un spectateur, qui rétrospectivement voit ou/et revoit des souvenirs.

Un roman sur l’absence, la répétition, la mémoire 

S'il y a bien une morale à ce roman, c'est de lutter contre l'oubli. Aussi si vous aimez Proust et Claude Simon, alors courez le lire... 

Le Vieux Jardin a une écriture un peu proustienne. L’auteur accorde une importance très grande aux cinq sens. Ce sera pour O Hyônu, les éléments déclencheurs aux souvenirs telle la madeleine pour Marcel dans A la Recherche du temps perdu.

Ce roman a aussi une résonance simonienne par la répétition des histoires personnelles des personnages dans la grande Histoire.

Yunhi  et O Hyônu sont pris chacun à leur manière dans leur histoire et dans l’Histoire. Ils vont la vivre différemment et cela fait la richesse foisonnante de ce roman.

En outre, il est question de la retrouvaille de deux exclus : le père et amant, prisonnier politique et la fille qui est la cristallisation de ce père absent et est rejetée par sa mère. Père et fille, à la mort de Yunhi, vont se retrouver et se reconstruire au sein d’une nouvelle Corée.

 

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