Focus sur "Darling" de Jean Teulé

Darling Jean Teulé
Darling, Jean Teulé (Éditions Julliard, 1998)

Merde, une fille ! Retour sur l’histoire de Darling

« Aujourd’hui, une femme meurt tous les deux jours sous les coups de son conjoint ». (1) Afin de lutter contre le féminicide, le gouvernement français a lancé le premier Grenelle contre les violences conjugales. Ouvert le 3 septembre, il a pour objectif « de prendre des engagements concrets et collectifs, visant à lutter toujours plus efficacement contre les violences conjugales ». (1) L’occasion de revenir sur le livre coup de point de Jean Teulé : Darling.

Darling, c’est l’histoire d’une femme maltraitée avant même sa naissance. Alors que ses parents apprennent son sexe, le père s’exclame « Merde, une fille ! ». L’oppression patriarcale, l’humiliation professionnelle, la violence conjugale : Darling subit à chaque étape de sa vie sa condition féminine. Successions de poncifs ? Non, le lot quotidien de trop de femmes.

Libération de la parole 

Darling alias Catherine Nicolle décide un jour de raconter cette violence quotidienne. L’idée lui vient au cours d’une séance avec sa psychologue. «Votre vie est un roman », lui affirme sa thérapeute. À ces mots, Darling pense à son cousin [Jean Teulé] travaillant à la télévision…

L’écrivain se souvient de leurs retrouvailles : « […] c’était à Canal + en 1997, et je passais mon temps à dire mes copains : si je trouvais une bonne idée de roman, j’arrêterais la télé. Et puis un matin, il était 11h30, j’étais dans mon bureau, on m’appelle de la réception en me disant : il y a une fille qui vient d’arriver […] elle veut pas partir d’ici avant de t’avoir raconté sa vie pour que tu en fasses un roman. Ça donne envie ! Alors, je descends, je passe les portiques et là je vois une grosse fille à qui il manquait plein de dents, on sentait qu’elle avait vraiment morflé, […] qui s’amène vers moi, qui me prend dans les bras et me dit « Jeannot ! » et qui m’enlace. Et moi je me dis : mais c’est qui ?! [ …] On va au restau, elle commence à me raconter sa vie et à la moitié du repas ma décision était prise : j’arrête la télé. » (2)

« Alors Georges, pendant qu’elle buvait sans faire attention, lui a retourné le revers d’une main de maquignon dans la figure.

— Ça m’a cassé le goulot dans la bouche. Regarde, j’ai encore la lèvre fendue, là, à l’intérieur. De toute façon, moi, il n’y a pas un pouce de ma chair ou de mon âme qui ne porte pas la marque d’une mutilation, qui ne soit pas mémoire d’une plaie » (3)

L’enfer porté à l’écran

Au cinéma, c’est Marina Foïs qui entre dans la peau de Darling. Durant la promotion du film, des spectateurs l’interrogent sur la véracité de l’histoire (tant la violence subie par Darling est inouïe). À ce sujet, la comédienne analyse : « J’aurais tendance à dire que c’est beaucoup les hommes qui posent la question, plus que les femmes, et je pense, en fin de promo, pouvoir dire que ça nous arrangerait de pouvoir penser qu’au fond ce ne serait pas complètement vrai… » (4)

« Je vous rappelle au sujet de la jeune femme que vous m’avez envoyé ce matin, qu’est-ce qu’il s’est passé ?  Putain, on dirait qu’elle est passée sous un broyeur. C’est plus une femme à l’intérieur, c’est du steak haché." (5)

La violence faite aux femmes existe depuis la nuit des temps. En 1885 déjà, comme nous le découvrons dans le premier roman de Victoria Mas, Le bal des folles. « Le temps d’une soirée, le Tout-Paris s’encanaille sur des airs de valse et de polka en compagnie de femmes déguisées en colombines, gitanes, zouaves et autres mousquetaires. […] Ce bal est en réalité l’une des dernières expérimentations de Charcot » (6)

Nous y reviendrons… En attendant, une centaine de Grenelles locaux sont actuellement organisés partout en France jusqu’au 25 novembre prochain.

 

 

(1 )https://www.gouvernement.fr ; (2) Interview de Jean Teulé, Making of de Darling ; (3) Extrait du roman Darling, publié aux éditions Julliard ; (4) Interview de Marina Foïs, Making of de Darling ; (5) Extrait du film Darling, réalisé par Christine Carrière, (6)Quatrième de couverture du roman Le bal des folles, publié aux éditions Albin Michel.