Feydeau et la psychiatrie

Feydeau
Portrait de Georges Feydeau

Georges Feydeau (1862-1921) se trouve en ce moment à l’honneur à l’affiche avec La puce à l’oreille à la Comédie Française (1907), La dame de chez Maxim (1899) au Théâtre de la Porte Saint-Martin et enfin Le dindon (1896), adaptation cinématographique.

Tout le monde connaît Feydeau et ses vaudevilles, mais connaissez-vous ses sources d’inspiration

Feydeau et l’hystérie

En cette fin de XIXe siècle, l’hystérie nourrit l’imaginaire théâtral comique particulièrement par le biais de son traitement non moins spectaculaire pratiqué par Charcot : l’hypnose.

Feydeau va occuper une place particulière dans l’histoire du vaudeville et de la psychiatrie. Il commence à écrire en 1880, deux ans avant que Charcot n’ouvre son service neurologique à la Salpétrière. A la mort de Charcot (1893), même si son travail est contesté il reste néanmoins une référence incontournable dans le domaine de la psychiatrie. Aussi ne faut-il pas oublier que du 3 octobre 1885 au 28 février 1886, Freud passa dans le service de Charcot et que ses observations l’ont encouragé à entreprendre avec son confrère, Breuer, ses Études sur l’hystérie (1895) dont il procédera sa théorisation de la psychanalyse.

Feydeau n’aurait ni lu Freud, ni assisté aux leçons du mardi de Charcot. Cependant en homme mondain, Feydeau sait très bien qui est Charcot. À travers son théâtre, le dramaturge exprime les désordres des comportements et des troubles psychiques. Il se limitera tout d’abord au champ exclusif de l’hystérie ainsi qu’aux « trucs » de l’hypnose. Ce sera  Le système Ribaldier(1892) , Dormez je le veux (1897) et La dame de chez Maxim (1899). 

Dans Le système Ribaldier, le personnage éponyme - Ribaldier- est naturellement doué pour faire endormir sa femme Angèle lorsqu’il veut aller voir sa maîtresse. S’il y parvient, c’est que conformément aux idée de Charcot, sa femme est donc une hystérique.

En outre dans La dame de chez Maxim , il se trouve un outil barbare : le fameux « fauteuil extatique » laissant présager les futurs électrochocs qui verront le jour en 1938.

De l’hystérie à la névrose dans Feydeau 

Cependant, se restreindre à l’hystérie serait trop contraignant d'un point de vue dramaturgique. Utiliser d’autres troubles psychiques lui permettrait d’alimenter son registre théâtral (ressorts comiques de situation, de langage...).

Dans La main passe (1904), les personnages souffrent tous de pathologies intermittentes : Hubertin, tous les soirs à 17h, se transforme en ivrogne ; Croustouillu, célèbre pour ses talents d’orateur, devient maladivement timide devant la femme qu’il aime ; le maçon Lapige se met à aboyer sous le coup de l’émotion...  Enfin dans La puce à l’oreille, Feydeau met en scène une structure névrotique et cauchemardesque qui suggère une schizophrénie généralisée : malaises et troubles des personnages. Feydeau exprime par son théâtre les désordres des comportements et des troubles psychiques.

Seulement il n’y a jamais personne pour expliquer les faits, toute personne d’autorité (inspecteur ou médecin) se révélant incompétent chacun dans son domaine. 

Une critique acerbe de la société bourgeoise 

 Le théâtre de Feydeau est un théâtre de corps (il n’est question que d’adultère et de quiproquos). Feydeau garde toujours des allusions sexuelles aussi dans ses pièces ( voir la signification du titre La puce à l’oreille en bas de notre article !) Ils sont tous  prisonniers de tics de gestes ou de langage. Même parmi ceux qui paraissent les plus libérés comme la Môme Crevette qui ne fait que de répéter invariablement « Et allez donc, c’est pas mon père ! ».  Tous les personnages de Feydeau sont prisonniers de leur corps, et leurs corps sont vides. Cette illustration du corps vide est récurrente dans le théâtre de Feydeau. 

En ayant traité l’hystérie et la névrose par le biais de ses vaudevilles, Feydeau a pu exprimer le mal-être d’une société et dénoncer ses différents travers.

La fin de Feydeau sera pathétique, en proie à des troubles mentaux dus à la syphilis (il se prenait pour Napoléon III). Il sera interné pendant deux ans dans une maison de santé à Rueil-Malmaison où il meurt en 1921. 

Avis aux amateurs, plongez ou replongez-vous dans les vaudevilles de Feydeau et afin de découvrir cet auteur sous un autre jour ! 

 

Et en bonus :

Avoir la puce à l’oreille (Mettre)

Il faut préciser que le sens de cette expression a évolué au fil des siècles. Elle est apparue pour la première fois sous la forme mettre la puce en l’oreille.

A cette époque, les parasites provoquaient d’importantes démangeaisons et n’épargnaient aucune classe sociale. On peut supposer que l’expression se réfère à l'attitude inquiétante de celui qui se gratte en public.

Mais pourquoi l’oreille?  Rappelons que l’oreille est évoquée dans des expressions se référant à une personne dont on parle à son insu : « avoir les oreilles qui sifflent », « qui démangent ». C’est par cette association d’idées que serait apparue l’expression pour décrire le fait d’éveiller le doute chez quelqu’un.

C’est au XVIIe siècle que sa forme change pour devenir celle qu’on utilise encore maintenant, la puce à l’oreille . Le « à » ayant remplacé le « en ». Son sens évolue pour signifier quelqu’un qui semble inquiet, agité.

Mais il existe un autre sens à cette expression qui a perduré dans le temps : des connotations érotiques ont longtemps été associées à l’oreille (le sexe féminin) ainsi qu'à la puce et à sa piqûre provoquant des démangeaisons très particulières à cet endroit.

 

 

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