Emile Zola et l'affaire Dreyfus

Emile Zola et l'affaire Dreyfus
Extrait de la lettre ouverte d'Emile Zola à Edgar Faure dans Le journal L'Aurore

Le 13 novembre 2019 va sortir le film de Roman Polanski J’accuse, qui revient sur l’affaire Dreyfus (1894-1906). Tout le monde connaît au moins de nom cette célèbre affaire. Et pour cause : elle a mobilisé Émile Zola et a divisé la France en deux camps. Revenons un peu sur cette troublante et fascinante affaire....

Une « simple » affaire polémique au sein de la IIIe République...

Le capitaine Dreyfus, juif alsacien, est accusé d’avoir fait passer des secrets militaires à l’Allemagne. Dreyfus est dégradé en 1895 et part au bagne à Cayenne. Le véritable coupable, le commandant Walsin Esterhazy, est acquitté en huis clos par les militaires le 11 janvier 1898.

...qui prend une dimension politico-judiciaire médiatique avec l’engagement de Zola

Émile Zola, un des écrivains les plus traduits au monde alors, décide de réagir, scandalisé par ce verdict. Deux jours après cet acquittement de mascarade, le 13 janvier 1898, Zola publie dans le journal L’Aurore un article, le fameux «J’accuse » dont les dernières phrases sont : « Qu’on ose me traduire en cour d’assises et que l’enquête ait lieu au grand jour ! J’attends. » 

Il s’agit d’une lettre ouverte au président de la République, Félix Faure. La diffusion est de 300.000 exemplaires. Sa lettre donne à l’affaire une dimension internationale. C’est la première fois qu’un intellectuel s’engage autant dans une affaire politique. Avec cette lettre, Zola souhaite relancer l’Affaire Dreyfus et ouvrir la révision du procès de Dreyfus injustement condamné.

Déjà dans La bête humaine (1890), Zola confrontait certains de ses  personnages au thème de l’erreur judiciaire. Le Ventre de Paris (1873) lui avait également permis de traiter de la déportation. 

L’article fait l’effet d’une bombe, l’affaire redémarre et devient politique

Selon le CNRS, Zola "reçoit 1750 lettres du monde entier venant de toutes classes sociales, âges, sexes confondus, médecins, avocats, ouvriers, paysans, militants socialistes..." entre 1898 et 1902. Parfois accompagnées d'annexes (dessins, longs poèmes à la gloire de Zola...), ces lettres ont été numérisées par l’Équipe Zola de l’Institut des textes et manuscrits modernes. Parmi ces 1750 lettres, 1200 ont été mises en ligne sur la plateforme EMan de l’Item. "Nous sommes toutefois loin d’avoir fait le tour de cette masse épistolaire dont une grande partie est encore conservée dans les archives du Dr Brigitte Émile-Zola, arrière-petite-fille du romancier, et demeure par conséquent inédite", nous précise-t-on dans le journal du CNRS. 

La majorité des lettres ont été écrites en français, même lorsque la langue est mal maîtrisée. Il s’agit en effet de réagir en écrivant dans la langue de Zola, de ses romans et de son fameux « J’accuse ». Il y a alors les dreyfusards, partisans de Dreyfus, et les antidreyfusards, les militaires et nationalistes.

Le procès de Zola du 7 au 23 février 1898 va se dérouler dans ce climat tendu, antisémite et nationaliste. Le 23 février, Émile Zola est condamné à un an de prison et 3000 francs d’amende pour diffamation suite à son article. L’auteur se pourvoit en cassation mais est à nouveau condamné. Entre-temps il a quitté la France pour l’Angleterre.

En août 1898, le jugement est cassé et Zola peut alors revenir en France. Puis le nouveau président Émile Loubet gracie Dreyfus en 1899. Cependant la réhabilitation de Dreyfus ne sera effective qu'en 1906, soit 4 ans après la mort de Zola. 

L'engagement des intellectuels et des scientifiques auprès de Zola

Après la publication de J’accuse, le journal Le Temps publie quant à lui une pétition pour réviser le procès, pétition qui fut signée par des personnalités importantes. Parmi elles, trois grandes personnalités vont avoir un rôle prépondérant dans le soutien envers Émile Zola : Lucien Herr (1864-1926), bibliothécaire de l’Ecole Normale Supérieure, Gabriel Monod (1844-1912), fondateur de la Revue Historique, et Émile Duclaux (1844-1904), directeur de l’Institut Pasteur. C’est Lucien Herr qui dresse la première liste de dreyfusards potentiels et mobilise le réseau normalien.

N’oublions pas bien entendu que le soutien de Jaurès aura une importance capitale dans l’Affaire. 

 

 

Découvrez la bande annonce du film J'accuse de Polanski : 

Tags: