Edward Bunker : de roman noir à conte de fée 

Edward Bunker

Qui aime le roman noir a forcément entendu parler d’Edward Bunker, dont l’écriture s’inspire d’une réalité marquée par la haine du système, les aller-retours en milieu carcéral, et la survie dans le Los Angeles des années 50 à 70. 

La bête

Edward Bunker

Portrait d'Edward Bunker dans la prison de San Quentin, Californie

Edward Bunker est aujourd’hui connu et reconnu dans le showbiz américain pour ses multiples casquettes : d’abord celle d’écrivain bien sûr, mais aussi celles d’acteur, de coscénariste et de consultant auprès de cinéastes. Pourtant, ce destin n’était pas “tracé” ni prévisible. 

Après une enfance bercée par les changements de familles d'accueil puis les maisons de redressement, il commence son adolescence en tant que plus jeune prisonnier jamais admis à San Quentin, prison mythique de Californie qui a abrité bon nombre des criminels les plus violents d’Amérique. Entre libertés conditionnelles et évasions, il y aura passé plus de la moitié de sa vie. 

On raconte que sa réputation de bête sauvage l’y avait précédé mais que cela n’a pas empêché un autre prisonnier de vouloir en faire son jouet attitré. Bunker décrit le raisonnement qui l’a mené à saisir l’occasion pour montrer à toute la prison qu’il ne fallait pas le chercher : 

“ Au matin, j’envisageai de tuer un fou qui avait tué au moins à sept reprises. Que pouvais-je faire d’autre ? Appeler un adjoint à l’aide ? Oui, il était probable que, cette fois-ci, on me protègerait, mais le stigmate de la couardise et le fait de me comporter comme une balance [...] me hanteraient à jamais. Je deviendrais un gibier bon à abattre, en tout temps et en tous lieux. [...] Avant qu’il ait pu retrouver ses esprits, j’ai bondi sur lui, en frappant en arc de cercle avec ma brosse à dents et sa lame de rasoir ressortant du plastique.” (L’Éducation d’un malfrat)

On sent cette violence, subie puis intégrée derrière chaque anecdote, chaque description de personnage, fictif ou réel. Les mots sont crus, violents : on ne peut pas ignorer sa rage. Sa personnalité profondément indomptable permet une dissection à vif de Bunker, illustrant ainsi en détails la cruauté et l’absurdité du système carcéral américain

L’intervention de la fée 

Louise Fazenda

Portrait de Louise Fazenda par Albert Witzel

Vers 1955, alors que Bunker n’en est qu’au début de sa carrière de taulard, une rencontre commence à bouleverser sa vie, sans que personne ne puisse encore prédire à quel point : l’ex-actrice de cinéma muet, Louise Fazenda, rend des visites carcérales régulières et se lie d’amitié avec le jeune malfrat. Elle a 60 ans, il se confie à elle quant à son besoin d’écrire, révélé en côtoyant un compagnon de cellule lui-même écrivain. À la visite suivante, elle lui apporte sa première machine à écrire. Pendant 17 ans, Bunker écrit et propose ses textes à la publication, entre deux bastons. 

La trilogie La bête est reprise au cinéma par Dustin Hoffman, il se fait préfacer par James Ellroy et admirer par William Styron. A star is born. 

Il meurt le 19 juillet 2005 à 71 ans. 

Edward Bunker compte aujourd’hui parmi les grands noms du roman noir américain, avec notamment la trilogie La Bête, (1972 à 1981) où l’on suit trois hors-la-loi en virée dans les bas-fonds de Los Angeles, dans les bordels, en train de braquer des bijouteries… puis en prison. Son autobiographie L’Éducation d’un malfrat est parue en 2000 et vaut également le détour. 

 

Et si l’univers d'Edward Bunker vous plaît, vous pouvez aussi lire Cellule 2455, couloir de la mort (1955) d’un de ses premiers amis de prison, Caryl Chessman.

 

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