Ces si bouleversantes Jumelles Martyres

Les jumelles martyres
© DR - Edtions de Mortagne

Entre deux et six ans, Mireille et Isabelle ont (sur)vécu attachées des journées entières dans leur « lit », à subir violences et sévices sexuels. La cinquantaine venue, elles font le choix de raconter, sans haine, à travers leur récit Les Jumelles Martyres (Editions de Mortagne).

Un calvaire innommable

Même si ce n’est pas votre réalité, vous vous surprenez à vous laisser emporter par le récit : tout simple, très factuel, en se glissant dans la peau des deux fillettes. Nous sommes dans les années 60 : au Québec, Noëlla, divorcée d’un mari alcoolique, vend ses charmes pour subvenir aux besoins de ses trois enfants. Après un garçon supplémentaire, elle conçoit des jumelles auxquelles elle choisit de renoncer pour leur garantir un avenir.

Mais trouver une famille d’adoption pour des jumelles n’est pas chose simple. Quand, enfin, une famille se porte candidate auprès de la crèche. Simone, actuellement toujours vivante et que les jumelles ont tenu à retrouver, nie les faits avec un cynisme éhonté : comment Mireille et Isabelle peuvent-elles se souvenir de ce qu’elles auraient vécu si jeunes ? Avec son mari, Simone a pris les jumelles pour toucher les allocations familiales, en supplément de la pension qu’ils tiennent : pendant cinq années, Mireille et Isabelle ont enduré un calvaire innommable, jusqu’à être obligées de ravaler leurs vomissures au prétexte qu’il ne faut pas gâcher la nourriture, lécher le plancher imbibé d’urine, manger leurs propres excréments.  Un jour que les deux fillettes émettent malgré tout un petit rire, Simone les tabasse à la tête avec une chaussure à clous, au point qu’Isabelle devient momentanément paralysée, puis rééduquée selon des méthodes brutales.

Rompre le silence

L’Assistance tarde un peu trop à ouvrir les yeux. Il faut qu’un pensionnaire et son épouse s'émeuvent de la situation, pour que les fillettes soient enfin retirées au couple sadique. Mais lecteur, l’histoire se poursuit : faite de rencontres bienveillantes, jusqu’à l’âge adulte. Dès cette odieuse prime enfance, les deux fillettes ont puisé dans leur gémellité, l'incroyable ressource pour se construire en êtres équilibrés. Et engagés : Isabelle est aujourd’hui éducatrice spécialisée et Mireille évalue les personnes faisant le vœu de devenir familles d’accueil. La législation a heureusement évolué en faveur de la protection de l’enfance. Les jumelles n’ont, pour autant, pas traîné Simone et son mari devant la justice : qu’aurait pesé le récit de leur prime enfance, sans preuve tangible ? En l’occurrence, la plume supplante  avec force et sensibilité les notes d’un greffier. Et rompt le silence : pour elles et pour les autres.

 

Découvrez un premier extrait !

Nous sommes demeurées à la crèche jusqu’à l’âge de deux ans et trois mois, car, contrairement à la croyance populaire, l’adoption de jumeaux et jumelles n’était pas très en vogue à l’époque. La plupart du temps, les parents désiraient accueillir un seul enfant à la fois, de préférence un garçon, pour aider aux travaux de la ferme. Notre séjour à la crèche a été long, trop long pour ne pas avoir laissé de séquelles chez les enfants en bas âge que nous étions... 

Nous avons peu de souvenirs de cette époque, mais nous nous rappelons que l’espace était rempli de lits superposés, pour qu’y couchent le plus d’enfants possible. Une petite aire de jeu avait pour but de stimuler le développement des enfants et d’accroître leurs capacités de socialisation. Tout était blanc : les murs, les plafonds, les planchers, les rideaux, les draps, l’uniforme des infirmières...

Extrait du livre Les Jumelles Martyres, chapitre 2

 

Pour aller plus loin... 

> Explorez notre rubrique Lecture

> Découvrez les Secrets des écrivains