Autour de "Crime et châtiment" de Dostoïevski

Dostoievski
Portrait de Fédor Dostoïevski

Un Monde Littéraire vous propose de revenir sur l’un des plus grands romans du XIXe siècle : Crime et châtiment  (1866) de Fédor Dostoïevski. Quelles ont été ses sources d’inspiration ? Qui inspire t-il encore de nos jours ? Pour beaucoup ce roman est long et donc ennuyeux, mais que savons-vous vraiment de ce roman ? Allons explorer tout cela en profondeur.

Les sources du roman Crime et Châtiment 

Fédor Dostoïevski (1821-1881), auteur russe prolifique du XIXe siècle, a eu le droit dans son enfance à une culture européenne (Balzac, Hugo, Shakespeare...) et connaît parfaitement le français. Il traduira en russe en 1844, Eugénie Grandet d’Honoré De Balzac (1799-1850) et lira lors de sa parution en 1862, Les Misérables de Victor Hugo (1802-1885) à Florence. Il va littéralement dévorer la lecture du roman de Hugo et s’en inspirera fortement en 1866 pour l’écriture de Crime et châtiment, aussi bien dans la thématique que dans les personnages.

Dans son roman, Crime et châtiment, Dostoïevski fera allusion à une œuvre de jeunesse de Victor Hugo, auteur qu’il admirait profondément : Le dernier jour d’un condamné (1829), roman contre la peine de mort. 

Dostoïevski va aussi s’inspirer de la structure du roman policier à travers le roman policier phare de l’époque : L’affaire Lerouge, d’Emile Gaboriau. C’est une œuvre considérée comme majeure du genre policier. Le roman joue beaucoup sur les fausses pistes, ce que va utiliser le romancier russe à son profit. Mais Crime et châtiment est un roman policier très particulier car dès le début du roman, le lecteur sait que Raskolkinov est un meurtrier en attente. Le personnage principal va tout le long du roman chercher à comprendre son acte meurtrier (enquête métaphysique) et parallèlement est menée l’enquête policière par le procureur Porphyre Petrovitch.

Le roman joue sur le duo Raskolnikov / Petrovitch  un peu comme Jean Valjean et Javert dans Les Misérables. C’est le seul personnage qui comprendra que Raskolnikov est le meurtrier par la lecture de l’article écrit par Raskolnikov et s’intitulant « Un crime ». Et, ironie du sort, le procureur est le seul personnage à avoir lu l’article publié, Raskolkinov ignorant lui-même que son éditeur (qui avait fait faillite) avait été racheté. Pour tous ceux qui travaillent dans le monde du livre, ce passage est un véritable délice. C’est dans cet article que Raskolnikov fait l’apologie du crime en divisant le monde en deux : les personnes normales qui subissent l’ordre établi et les être « extraordinaires » comme Napoléon, qui sont des criminels mais « excusés » car au fil du temps ils seront considérés plus comme bienfaiteurs que comme destructeurs

Crime et châtiment revu par Hollywood 

La série Columbo, incarnée par Peter Falk fut inspirée par ses créateurs de Crime et châtiment aussi bien par la structure de la série que par son personnage principal. En effet, comme dans le roman, nous voyons le meurtre se produire dès les premières minutes de l’épisode. Le téléspectateur connaît, comme le lecteur le coupable dès le départ. Il ne s’agit donc pas de découvrir qui est le meurtrier mais plutôt d’un jeu du chat et de la souris entre le meurtrier et Columbo comme Raskolkinov et Pétrovitch dans le roman. Les créateurs se sont inspirés du personnage du procureur dans le roman pour en tirer la substantifique moelle que deviendra celui de l’inspecteur Columbo avec son fameux imperméable. A la grande différence du roman, Columbo ne navigue pas dans les bas-fonds de la société américaine mais plutôt au sein de la Jet Set. 

Au cinéma, c’est Woody Allen qui va fortement s’inspirer du roman russe à travers Crimes et délits (1990) et Match Point (2005). 

Dans le titre de Crimes et délits, l’allusion au roman russe se fait déjà par la structure identique du titre x et y. A la différence que les substantifs sont au pluriel et que le terme de châtiment est remplacé par celui de délits, ce qui atténue la gravité du ton en laissant un ton assez grinçant à cette comédie. En effet le thème principal y est le meurtre en dernier recours, pour un médecin prénommé Judah, et qui veut sauver son mariage. Il fait alors appel à la pègre pour assassiner sa maîtresse. La reprise de la légitimité du crime de Raskolkinov est allusive bien entendu.

Dans Match Point (2005) on aperçoit le personnage de Chris en train de lire Crime et châtiment (1866). Dans la fiche technique du film il est indiqué que le scénario est de Woody Allen tout en précisant « d’après Fédor Dostoïevski ». Il s’agit ici pour un personnage de faire un choix de vie entre deux femmes et deux destins. Il se décide à en tuer une sans ressentir la moindre culpabilité.  Le personnage de Chris est, tel Raskolkinov, complètement détaché des événements. Le commissaire découvre la culpabilité de Chris comme Pétrovitch la culpabilité de Raskolnikov. Alors que dans le roman, le personnage masculin finit par se rendre à la police pour avouer son meurtre et avoir le droit à la rédemption, dans le film il n’en n’est rien puisqu’il arrive à manipuler le commissaire et c’est un autre personnage qui sera puni à sa place. Dans ce film de Woody Allen, le thème du destin est omniprésent. Nous le voyons par exemple à travers la manière dont les personnages luttent avec le hasard (symbolisé par la balle de tennis ne sachant pas de quel côté du filet tomber). La morale des films est de pouvoir vivre avec ses actes .

 

Peut-être que cette petite virée du côté de Dostoïevski et de son œuvre vous donnera une envie soudaine de plonger dans ces pavés monumentaux d’une richesse incroyable.

Vous pouvez aussi lire sa Correspondance ou simplement voir différemment Columbo et les comédies de Woody Allen....

 

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