"Alice" ou le pouvoir des mots chez Charlotte de Moussy

"alice" Charlotte de Moussy
Pixabay

Il était une fois Alice, jolie française partie vivre avec son fils Thibault, à San Francisco. La vie est belle. Sa carrière dans le bio aussi. Jusqu’au jour où  les mots sortis de sa propre imagination ont un drôle de pouvoir.

Et si nous jouions avec Charlotte de Moussy ? 

Les mots n’ont pas seulement un sens, ils ont un pouvoir.  Et Cathy, alias Charlotte de Moussy en référence à son arrière grand-tante (cela est déjà  le début d’une histoire, car il semble qu’il y ait un lien entre cette ascendance et son  goût de l’écriture), aime ce pouvoir. Elle l’exerce joyeusement via les réseaux sociaux, sur sa page Facebook : qui  me suggère un mot ? 

Ces mots ont déjà pris une première forme : Huitième jeu est son premier recueil d’histoires, dont ceux qui ont reconnu un extrait de La mante religieuse et  des Amours d’Agathe ont remporté la version papier du livre. Du bon usage littéraire des réseaux sociaux : faire gagner un livre-papier à ses amis numériques.

Et ce sont toujours ces jeux de mots, qui inspirent diaboliquement Charlotte de Moussy. Un vrai moteur : au point que les histoires sont devenues un vrai roman et même un thriller. Rien de  noir, cela ne semble pas du tout dans la nature de l’auteur.  Au contraire, sa plume embarque bien, sans enfoncer.

Charlotte de Moussy

Ecrire avec les mots des autres... 

Alors, l’histoire ? Alice, prénom symbolique de l’aptitude à traverser le miroir de la réalité, n’a pas le profil à connaître le malheur, même quand il la croise : elle a refait sa vie à San Francisco, où sa carrière professionnelle est une réussite. La vie d’Alice est une vraie carte postale face à Golden Gate et avec son fils Thibault, comme un dieu. Jusqu’au jour où elle rencontre Philippe : ne vous y trompez pas, celui-ci n’est ni son nouveau compagnon, ni rien d’autre. Philippe l’entraîne dans les jeux de mots : un cercle auquel il propose de rédiger une histoire, à partir des mots suggérés par les autres.

La vie d’Alice s’en mêle : elle s’était toujours demandé pourquoi Ian, son amour de jeunesse et le père de Thibault, avait brutalement disparu. Et puis voilà que Peter, son boss, la  gratifie de tournées professionnelles, d’abord sur l’île de la Réunion (que Charlotte de Moussy connaît très bien) puis en Europe. Après la pause réunionnaise, tel le calme avant la tempête, tout se déchaîne en Europe (eh oui, la vieille Europe corrompue) : là, il n’y a plus le sport comme en Amérique (Sauf Thibault qui joue au rugby, sport brutal, à Cambridge),  il y a des meurtres en séries. Même les mots ne sont plus un jeu : «regardez bien les mots de Philippe », lui demande Hugh, son hôte le lord irlandais, alors qu’il est blessé par son agresseur et lui demande de fuir. Alice entre dans une autre dimension. Mais à vous de lire, on ne va surtout rien vous dévoiler.

La morale de l’histoire ? Les mots entraînent loin, bien plus lois qu’on ne se l’imagine. Le tout raconté, ce qui est bien plus plaisant qu’une démonstration magistrale. Il y a un récit bien mené, où l’on se plaît à se prendre pour cette femme qui a tout pour elle (!). On voulait dire, qui a le dernier mot. Pour son propre bonheur.

Alice Charlotte de Moussy