Quand Marcel Proust se plaint des ébats sexuels intempestifs de ses voisins

Marcel Proust
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"Les voisins dont me sépare la cloison font l'amour tous les deux jours avec une frénésie dont je suis jaloux", écrit Proust à son ami et logeur Jacques Porel (fils de l'actrice Réjane) en juillet 1919, lui faisant ainsi part des ébats sexuels trop bruyants de ses voisins. Impossible de se coucher de bonne heure dans ces conditions ! "La première fois, j'ai cru à un assassinat", ajoute l'auteur d'A la recherche du temps perdu avec ironie pour insister sur cette sexualité débridée. 

Proust, qui avait emménagé dans cet appartement le 31 mai 1919, le quitta finalement le 1er octobre. Cette missive avait principalement pour but de faire savoir au logeur, non sans humour et talent, que Proust n'était pas à l'origine de ce boucan qui devait sans doute faire jaser dans l'immeuble. 

Une lettre vendue 28.000€

Cette lettre mise aux enchères publiques par la maison Pierre Bergé & Associés a été adjugée vendue à 28.336€ ce jeudi 26 avril 2018 à l'hôtel Drouot (Paris). Elle était estimée entre 6000 et 8000€, mais un collectionneur européen a renchéri plus de trois fois pour emporter le fameux lot (lot n°245). A l'origine, la missive appartenait au bibliophile genevois Jean Bonna, dont une partie de son incroyable collection de manuscrits (estimée à trois millions d'euros) fut vendue lors de cette mise aux enchères. 

Lettre Marcel Proust ébats sexuels

Dans le catalogue de la gazette Drouot, on peut effectivement lire : 

Les voisins dont me sépare la cloison font l'amour tous les deux jours avec une frénésie dont je suis jaloux. Quand je pense que pour moi cette sensation est plus faible que celle de boire un verre de bière fraîche, j’envie ces gens qui peuvent pousser des cris tels que la 1re fois j’ai cru à un assassinat. Mais bien vite le cri de la femme repris une octave plus bas par l’homme, m’a rassuré sur ce qui se passait. [...] je serais désolé que Madame votre mère m’attribuât tout ce boucan, qui doit être entendu jusqu’à des distances aussi grandes que ce cri des baleines amoureuses que Michelet montre dressées comme les deux tours de Notre-Dame. [...] Je vous prie réhabilitez-moi auprès de Madame votre mère pour l’amour et pour le piano. Je ne connais que l’asthme. [...]" 

 

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