Pascal Quignard offre ses manuscrits à la BnF

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Pascal Quignard - © Christophe Beauregard

Pascal Quignard a choisi d’offrir ses précieuses archives à la Bibliothèque nationale de France, du moins celles qui ont survécu à son rituel… En effet l’auteur brûle systématiquement ses manuscrits ! Aujourd’hui, il remet à la BnF les archives qu'il a sauvées du feu, par exemple Boutès, écrit en 2008, qu’il a lui-même enluminé, ou le conte Le chant du Marais (2002), remanié plusieurs fois, adapté au théâtre en 2005, et publié en 2016. S'y trouve également un ensemble complet des éditions de ses œuvres, comme l'exemplaire de L'Amour conjugal (1994) illustré des aquarelles de Pierre Skira.

Longtemps resté méconnu, révélé au grand public en 1991 avec Tous les matins du monde (sublime adaptation cinéma, à voir absolument !), il reçoit le Goncourt en 2002 pour les Ombres errantes. Un prix qui fait du bruit dans le landerneau littéraire, son roman étant peu orthodoxe dans sa forme…

"Brûle ce que tu aimes"

A propos de son processus de création, voici ce qu’écrit Mathieu Messager dans « Le manuscrit réchappé des flammes » : "Brûle ce que tu aimes." C’est par ces mots, empruntés à Saint Rémi, que Pascal Quignard justifie la mise au bûcher de l’ensemble de ses manuscrits. L’écrivain entretient un rapport particulier avec ses brouillons et ses notes préparatoires : il fait table rase, s’allège des scories de l’œuvre à venir pour n’en conserver que la partie raffinée. 

Pascal Quignard dévoile comment il « travaille, ou plutôt comment il ne travaille pas ; comment il vit ». Crayon en main, il lit et annote avant de passer à l’activité de création proprement dite. C’est un écrivain‑lecteur, comme il aime à le rappeler. Une fois le projet de livre en cours, il imprime quotidiennement des versions tapuscrites issues de notes manuscrites. Il reprend alors chaque tirage vierge de toute rature qu’il corrige et complète à la main avant de retaper une nouvelle version qui servira à de futurs amendements : « Ressort, recorrige, reretape. Reressort, rerecorrige, rereretape. Etc. C’est ma joie. ». Entre traitement de texte et pratique manuscrite… « Une vingtaine de sorties jusqu'à l'absence de correction. Puis un an au moins pour laisser sécher. » confie-t-il à Irène Fenoglio, chercheuse au CNRS.

Que sait-on de Pascal Quignard ?

Né en 1948, l’auteur grandit dans une famille d'enseignants. Une enfance difficile, passant par des périodes d’« autisme » et d'anorexie. Il se réfugie alors dans la musique et la lecture. Monsieur et Madame Quignard sont tous deux professeurs de lettres classiques. Eux-mêmes issus d'une famille d’experts de la langue française, pointilleux et rigoristes. D'où la nécessité, pour se montrer à la hauteur, de maîtriser le français rapidement et dans ses plus fines subtilités. Quant au goût pour ce que Pascal Quignard nomme les « langues originaires », le latin et le grec, il lui vient des jeux étymologiques qu'affectionnait sa mère. « Il n'y avait pas un repas qui ne soit interrompu par des recherches dans les dictionnaires. C'était à la fois fascinant et un peu effrayant de voir les lèvres de ma mère prononcer des mots cabalistiques, des dérivations dépourvues de sens pour un enfant. » se rappelle-t-il.

En 1968, il est étudiant en philosophie à Nanterre. Il se fait remarquer par le milieu littéraire en 1969 avec un premier essai consacré à Sacher-Masoch (l’auteur de la Vénus à la fourrure qui a donné son nom au masochisme), mais il faudra Le Salon du Wurtemberg en 1986 puis Les Escaliers de Chambord en 1989, pour le révéler au grand public.

Par ailleurs musicien (il joue de l’orgue et du violoncelle), il a fondé avec François Mitterrand le festival d’opéra et de théâtre baroque de Versailles. 
Pascal Quignard a collaboré longtemps aux éditions Gallimard, qu’il finit par quitter pour se consacrer uniquement à son travail d’écrivain. « Je suis plus heureux d’être libre et solitaire » confesse-t-il.

"Ecrire n'est pas un choix, c'est un symptôme." 

Frôlant la mort en 1997 après un accident cardiaque, il écrit alors des textes brefs, comme si c'étaient les tout derniers. Ses ouvrages, pétris de références à la culture gréco-latine, à la peinture, à la musique classique, oscillent entre roman, essais philosophique, poésie. Dans l'Enfant d'Ingolstadt, il converse très naturellement avec Michel-Ange, Colette et Landru… Inclassable, aussi musicale qu’érudite, il définit lui-même son œuvre d’« agénérique » (car elle n’appartient à aucun genre). « Écrire n'est pas un choix, c'est un symptôme. Ce n'est pas mon métier, c'est ma vie », déclare-t-il aux journalistes de Bibliomonde.

 

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