Marie N'Diaye, cheffe romancière

Marie Ndiaye cheffe romancière

Amateurs de gastronomie et de belles lettres, vous allez être servis avec le tout nouveau roman de Marie N’Diaye, La Cheffe, roman d’une cuisinière, paru chez Gallimard il y a quelques semaines.
Dimanche dernier sur RFI, Catherine Fruchon-Toussaint a reçu l’écrivaine dans son émission Littérature Sans Frontières afin de nous en parler.

Une nouvelle « femme puissante »

Lauréate du prix Femina en 2001 pour Rosie Carpe, puis du prix Goncourt pour Trois femmes puissantes, la romancière continue de mettre les femmes à l’honneur avec cette nouvelle héroïne qui sublime l’art culinaire.

La Cheffe, c’est ainsi qu’est nommée la cuisinière tout au long du roman comme « une sorte de prénom », explique l’auteure. Nous apprenons à la connaître par petites touches grâce au narrateur, un ancien employé amoureux d’elle.

Cette forme féminisée du mot « chef » apparaît très rarement alors que c’est une orthographe qui existe depuis plusieurs décennies au Québec, regrette Marie N’Diaye. « C’est important de féminiser », revendique-t-elle.

Mettre le monde de la restauration à l’honneur

Le but de ce roman est également de mettre en avant le métier de cuisinier(e),  ingrat dans le sens où ces derniers restent toujours dans l’ombre. On ne les voit pas et on ne le remercie pas, contrairement à notre coiffeur par exemple, souligne la romancière.

La protagoniste que rien ne prédisposait à ce don devient l’une des cuisinières les plus réputées de Bordeaux et se voit récompensée pour son travail. C’est là que survient l’effondrement : « Si on me récompense, c’est que j’ai démérité », dit l’héroïne dont on découvre rapidement le caractère sacrificiel.

A travers la grâce qui touche la jeune femme en préparant son premier repas, le monde culinaire est élevé au rang des plus beaux arts.

La cuisine, métaphore de l’écriture

Comme pour ses précédentes œuvres, Marie N’Diaye signe un roman empreint d’un style d’écriture très élégant et d’un vocabulaire extrêmement riche.

Il y a bien une métaphore de l’écriture à travers ces descriptions culinaires, nous confirme l’auteure : quand on aime cuisiner, on veut goûter ses plats et ceux des autres. C’est la même chose pour le processus d’écriture : « on ne peut pas écrire sans avoir le goût de la lecture. ».

Et pour vous mettre en appétit, une petite citation tirée du roman : « Elle avait réalisé un mets rigoureusement juste, harmonieux et équilibré dans son austérité, un mets qui selon l’expression que la Cheffe aimerait plus tard emprunter aux vêtements, tombait à la perfection. »

Un régal de littérature !

 

Marie N’Diaye, La Cheffe, roman d’une cuisinière, Gallimard

 

http://www.rfi.fr/emission/20161106-ndiaye-romanciere-cheffe-roman-cuisiniere-gallimard