Les secrets d'écrivain de Pascale Pujol

© Ville de Villemomble - Nathalie Euvrie

 

Pascale Pujol est une nouvelliste et romancière contemporaine installée en région parisienne. Auteur de Fragments d'un texto amoureux (Quadrature, 2014) et de Petits plats de resistance (Le Dilettante, 2015), elle nous fait passer de véritables moments de détente tout en nous faisant méditer sur notre époque à travers des personnages qui nous ressemblent et nous font bien rire. Pascale Pujol a travaillé en tant que journaliste pendant 10 ans avant de se lancer dans une carrière de consultante en analyse économique et financière.

Une anecdote sur vos débuts en tant qu'écrivain ?

J’ai commencé à écrire de la fiction un peu tard et un peu par hasard, d’abord des nouvelles, puis un roman. Ce qui n’existait pas du tout avant a pris rapidement une place importante dans ma vie ! Ensuite, en cherchant à être publiée, j’ai découvert le monde de l’édition : la hiérarchie des éditeurs, la difficulté à passer de l’autre côté du miroir, même si j’ai publié deux livres en un peu plus de deux ans. Et puis les ingrédients nécessaires à une réussite, même modeste, dont le premier est d’être bien implanté en librairie et prescrit par les libraires… Mais il faut s’inscrire dans la longueur et cela demande travail et une certaine pugnacité…

Ecrire et trouver l'inspiration : plutôt à la main ou devant un écran ? 

Je n’écris plus à la main depuis longtemps… à part quelques lettres de temps en temps. Donc ordi, portable ou fixe. A deux ou trois reprises, quelques phrases sur mon smartphone, mais je trouve ça fastidieux et frustrant. En revanche je n’ai pas de petit carnet de notes, donc il m’est arrivé de me répéter en boucle une phrase dans le métro ou le RER jusqu’au moment où j’arrivais chez moi ou au bureau! Les relectures, en revanche, sont toutes sur papier.

Quel est votre endroit idéal pour écrire ?

Quand l’envie d’écrire est là, l’endroit importe peu, me semble-t-il. Mais il faut être au calme (je n’arrive pas à écouter de musique pendant certaines phases d’écriture) et bien installé, avec un vrai fauteuil de bureau confortable et une table à la bonne hauteur. Après il y a toujours le rêve ou le mythe d’une maison au fin fond de la campagne ou perchée dans la montagne, avec vue sur une nature enchanteresse… Mais je pense que ça ne change pas grand-chose.

Quels horaires vous semblent les plus féconds pour écrire ?

Je ne m’astreins pas à une règle particulière, parce qu’à côté de l’écriture j’ai un métier principal qui me permet de gagner ma vie et qui organise mon temps de manière prioritaire avec des rendez-vous, des réunions etc. Donc je n’ai pas de « rite » comme écrire le matin de telle heure à telle heure, ou tant de signes par jour. En revanche, quand je suis au cœur d’un projet et que j’aborde une phase un peu creuse, où tout devient plus aride, je m’oblige à avancer même si c’est difficile. Écrire, c’est un métier à part entière et il faut parfois se contraindre un minimum.

Faire lire ou ne pas faire lire ses textes à son entourage durant le processus d'écriture ?

Je ne crois pas qu’il y ait de règle absolue, mais je pense qu’il faut montrer ce que l’on écrit avec parcimonie, uniquement quand la personne qui lit peut apporter un avis, voire une critique éclairée et constructive. Or la famille et les amis proches ont tendance en général à tout apprécier... mais ils n’ont pas forcément le regard d’un éditeur ! Ensuite, on peut aussi avoir besoin d’encouragements, et dans ce cas avancer seul pendant des mois n’est pas forcément la meilleure solution. Il faut donc se chercher un-e lecteur-trice très exigeant-e, qui aille au-delà du « j’aime » pour aider à mettre le doigt sur ce qui ne va pas, le cas échéant.

Êtes-vous plutôt brouillon/plan ou écriture impulsive ?

Je n’ai jamais écrit de plan pour un roman, encore moins pour des nouvelles, pas de fiches de personnages non plus. Donc l’écriture est assez impulsive, ce qui n’a pas que des avantages, car il faut parfois s’arrêter pour renouer tous les fils narratifs, ou bien revenir au début pour repréciser des éléments ou étoffer certains éléments… Et on ne sait pas exactement où l’on va, ni comment le texte va se terminer.

Une devise d'écriture...

L’urgence et la patience : c’est le titre d’un essai de Jean-Philippe Toussaint qui parle de l’écriture et de ces deux aspects opposés et complémentaires !

Comment définiriez-vous votre style d'écriture ?

Très difficile de définir son propre style… Avec les nouvelles j’ai exploré des registres intimistes, jouant sur l’émotion, alors que Petits plats est une comédie. Et chaque registre peut induire des tonalités assez différentes dans l’écriture : mon écriture peut être plus ou moins « bavarde », je pense.

Quelles erreurs seraient à éviter dans le processus d'écriture d'après vous ? Et dans celui de la publication ?

Pour l’écriture, manier l’urgence et la patience, justement ! être exigeant avec soi-même, avoir un regard critique sur son travail, ce qui n’est pas toujours facile. Pour la publication… attention aux sirènes de certains éditeurs ou de certains modes de publications (pur numérique, autoédition…) qui engendrent parfois de la déception. Mais ce sont des avis très personnels, chaque expérience est différente.

Accordez-vous beaucoup d'importance à la documentation pour vos récits ?

Je me documente au fil de mes besoins, mais sans accumuler des encyclopédies sur les sujets en question… Et je réalise ces recherches au fur et à mesure que j’écris. Il n’y a pas de phase préliminaire de préparation et de documentation, en tout cas pas jusqu’à présent, mais certains projets de romans l’exigent sûrement.

Lorsque vous écrivez, lisez-vous plus/moins/autant que dans les périodes où vous n'écrivez pas ?

Je lis toujours beaucoup, un peu moins quand j’écris mais à peine, et uniquement par manque de temps disponible. Les transports en commun parisiens restent quand même un temps incompressible que j’utilise au maximum… Mais lire ne perturbe pas mon écriture, au contraire : j’adore faire des « rencontres », découvrir de nouveaux auteurs etc. Lire donne envie d’écrire !