Les secrets d'écrivain d'Henri Weigel

Les secrets d'écrivain d'Henri Weigel
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Spécialiste du thriller, Henri Weigel est l'auteur de huit romans dont la trilogie Le côté sombre de la loge, Les héritiers de la loge et Boomerang meurtrier (octobre 2016)son dernier roman qui lui a valu le prix Maurice Bouvier 2017 (prix littéraire délivré chaque année à un auteur de roman policier au manuscrit inédit). Ancien chef d'entreprise, Henri Weigel a basculé dans l'univers du thriller il y a quelques années pour ne plus faire que cela. Le lauréat du prix Maurice Bouvier a gentiment accepté de répondre à toutes nos questions afin que nous ne manquions pas une miette de ses secrets d'écrivain.

- Quelles sont selon vous les difficultés de l’écriture d’un roman policier par rapport aux autres genres littéraires ?

Je n’ai pas encore écrit d’autres genres littéraires, donc je ne sais pas si le roman policier présente plus de difficultés. A priori, chaque genre littéraire doit posséder son propre lot de difficultés. À mon sens une bonne intrigue policière se doit d’être parfaitement crédible. J’ai ressenti une profonde satisfaction le jour où j’ai lu la critique suivante d’une lectrice : « ce genre de choses pourrait se produire... ou est déjà arrivé… ».

- Accordez-vous beaucoup d’importance à la documentation pour vos écrits ?

Énormément, c’est plus de la moitié du temps consacré à la rédaction du livre. Je travaille avec deux ordinateurs, mon portable sur lequel je rédige et une grosse machine de bureau avec un grand écran sur lequel j’effectue mes recherches au fur et à mesure. Mais Internet n’est malheureusement pas une panacée. Il y a beaucoup de manques sur les moteurs de recherches qui sont pollués par des réponses commerciales, alors j’utilise un réseau d’amis et relations, qui sont aussi de mes premiers lecteurs, pour leur vécu professionnel comme des policiers, gendarmes, avocats, magistrat, anciens voyous… Dans un de mes romans, pour une partie de poker, je me suis fait aider par un joueur pro.

J’ai reçu le PRIX MAURICE BOUVIER 2017 – ROMAN POLICIER pour « Boomerang Meurtrier ». Le comité de sélection, composé d’anciens flics de l’antigang, magistrats, avocats,  a relevé dans mon intrigue un parfait respect des procédures judiciaires et de l’organisation des services de police, et aussi une intrigue crédible.

- Êtes-vous plutôt brouillon/plan ou écriture impulsive ?

Comme vous le savez j’ai une formation d’ingénieur devenu chef d’entreprises, il m’en reste certaines dispositions… Lorsque je me lance dans un nouvel écrit, j’ai en tête l’idée, le thème général. Je crée sur un tableau Excel dont la colonne de gauche est la chronologie globale de la période englobant l’intrigue et pour chacun des personnages, j’inscris sa naissance puis au fur et à mesure tous les évènements qui jalonnent son évolution dans l’histoire. Je fixe les moments stratégiques de cette dernière, comme les points de bouleversement, retournement, rebondissement. En stratégie marketing on appelle ça « variable de changement d’état », puis je commence à rédiger ces moments importants de l’intrigue, notamment la fin. Enfin, j’écris l’histoire depuis le début en me laissant souvent entraîner par mes personnages. Si je ne me suis pas trompé, le tout s’assemble parfaitement, même s’il arrive qu’un personnage ne suive pas parfaitement le fil que j’avais prévu et qu’il dévie vers une aventure différente ou voit son importance dans l’intrigue changer.

- Quelles erreurs seraient à éviter dans le processus d’écriture d’après vous ? Et dans celui de la publication ?

Je pense qu’il ne faut pas changer de style ni de genre. J’ai écrit une dizaine de romans, tous sont dans le même genre que j’identifie comme « thriller », qui se différencie selon moi du « Policier, polar » en ce sens que l’énigme n’est pas un axe principal, ce sont les personnages et leur évolution dans l’intrigue qui le sont. Un seul de mes romans « Qui t’as tuée ? » sort de mon style et mon genre habituel. Il plait beaucoup, j’ai de bons retours de lecteurs, mais ceux-ci sont tous des nouveaux lecteurs qui n’avaient pas ouvert un de mes autres romans. À l’opposé, plusieurs de  mes lecteurs habituels (certains ont lu tous mes romans et attendent le suivant) m’ont dit qu’ils l’aimaient moins. Je ne recommencerai pas.

Je côtoie d’autres auteurs tout au long des présences dans les salons ou chez des éditeurs, j’ai constaté que quand un auteur change de genre, des romans sentimentaux vers un polar ou un livre jeunesse, ou l’inverse, il crée de la confusion autour de lui, et le lectorat, en perte de repères, le délaisse.

- Une anecdote sur vos débuts en tant qu’écrivain ?

Lorsque j’ai écrit « Les fruits amers », à un moment particulier de l’intrigue, j’ai fait injustement condamner un personnage secondaire à la peine capitale puis guillotiner. Dans la nuit suivante j’ai fait un affreux cauchemar dans lequel j’ai vu ce fameux personnage surgir  avec un énorme couteau pour me trancher le cou.

Le lendemain j’écrivais à propos de mon héros (le vrai coupable) : « … lorsqu’il lit le compte rendu de l’exécution du docteur Charles Vanades, il ressent soudainement le froid glacial du fil de la lame lui trancher le cou. Durant de longues minutes, il passe sa main derrière sa nuque pour vérifier… »

- Ecrire et trouver l’inspiration : plutôt à la main ou devant un écran ?

J’écris sur ordinateur mais lorsque j’ai achevé la première mouture, je l’imprime pour relire, et là je ressens une histoire avec des nuances très différentes. Le phénomène est assez étrange.

- Quels horaires vous semblent les plus féconds pour écrire ?

J’écris à tout instant de la journée, jamais la nuit,  et en tous lieux, à mon bureau, dans le TGV, une chambre d’hôtel…

- Faire lire ou ne pas faire lire ses textes à son entourage durant le processus d’écriture ?

Il ne faut jamais faire lire durant le processus d’écriture, et après lorsque les avis arrivent de son entourage, il ne faut en tenir compte qu’avec beaucoup de prudence et un certain recul. Si un auteur a besoin de l’aide son entourage pour écrire son livre, alors il vaut mieux qu’il fasse autre chose.

- Avez-vous une devise d’écriture à nous transmettre ?

Être soi-même. Il faut s'interdire de subir une quelconque influence d'autre auteur dans son processus d'écriture, en considérant l'influence comme l'antichambre de la dérive plagiaire.

Retrouvez le prochain roman d'Henri Weigel,  Le réveil de Némésis (suite du Glaive de Némésis) à la fin de l'année !

 

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