Les secrets d'écrivain d'Anne-Sophie Monglon

Anne-Sophie Monglon
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Anne-Sophie Monglon a vu son premier roman paraître aux éditions Mercure de France pour la rentrée littéraire 2017. Il s'agit d'Une fille, au bois dormant, un récit qui nous a charmé pour de nombreuses raisons et dont nous vous avons déjà parlé début octobre. L'auteure - qui s'avère également être conseillère littéraire - a accepté de répondre à toutes nos questions, pour notre plus grand bonheur et pour le vôtre ! 

Combien de temps vous a pris l’écriture de ce roman ? Vous êtes-vous d'abord concentrée sur un plan au brouillon ? 

L'écriture a duré 3 ans. J'ai travaillé sur « deux jambes » dès le début et pendant la majeure partie de mon travail. D'une part, l'écriture à proprement parler, de certaines scènes que j'avais en tête, des descriptions, des bribes de dialogues – une écriture qui n'a donc pas été strictement linéraire et où beaucoup de choses ont été tentées ou se sont présentées (comme souvent dans l'écriture) que je n'ai pas forcément gardées pour le texte final. D'autre part, une réflexion sur ce que je voulais faire de manière globale, la dynamique narrative, le sujet principal, la trajectoire de l'héroïne, les portraits des personnages autour d'elle, des notes sur les thématiques principales, sur la réécriture du conte de la Belle au bois dormant, de la documentation sur le monde de l'entreprise, sur le chant (expérience personnelle, interviews, lectures). Tout ça, au bout d'un moment a fini par aboutir à une structure et à une première version, le plan n'a donc pas présidé au travail. J'ai fait lire cette première version à quelques lecteurs proches et avisés. Leurs retours m'ont fait repartir pour un travail dans la continuité du précédent - réécriture d'un côté, réflexions de l'autre- même si ce travail a été beaucoup moins important. Je suis arrivée à une deuxième version. Nouvelles lectures, nouveaux retours et nouveau retravail pour parvenir à une version acceptable.

Avez-vous d’autres récits dans vos tiroirs ? Si oui, pensez-vous les publier un jour ? 

    J'ai peu de choses dans mes tiroirs, et ce ne sont pas des choses abouties.

    Quelles règles vous imposez-vous lorsque vous écrivez ? 

    Je m'impose de la régularité -travailler au moins tous les deux jours à mon roman, même si je n'ai pas beaucoup de temps. Je n'ai pas d'autres règles. Je travaille sur différents aspects de mon roman en même temps. Je connais en gros les différentes choses qu'il faut que je travaille et en fonction du moment, j'en fais une plutôt que l'autre ( plutôt l'écriture de certaines scènes ou plutôt les réflexions- sur la structure, le sujet, les personnages)

    Vous êtes conseillère littéraire en plus de votre statut d'auteur : quel est, selon vous, le conseil le plus précieux à donner aux aspirants écrivains ? 

    Etre convaincu qu'écrire, ce n'est pas seulement écrire ce qui sera le roman final, c'est écrire aussi des textes fragmentaires - des portraits dont seulement une ligne se retrouvera dans le roman final, des réflexions de soi à soi - tous ces textes marchepied qui permettent d'aller chercher le texte final. Ecrire, c'est lire aussi - des romans contemporains, des romans qui inspirent. Lire et relire, pour comprendre chaque fois davantage ce qui fait la beauté des romans qu'on aime.

    On sent que vous avez pesé chaque mot et votre style est très travaillé : comment un écrivain parvient-il à trouver son style, à dépasser le stade d'une syntaxe irréprochable mais encore trop impersonnelle ? 

    Avant le style à proprement parler, je pense qu'il y a eu pour moi la recherche d'une singularité de la voix narrative. Je savais l'importance de faire entendre celle ou celui qui parle, que cette voix soit à la 1ère, la 3ème ou, comme c'est le cas pour Une fille, au bois dormant, à la 2ème personne. Je savais qu'il fallait que j'arrive à ce qu'on sente quelqu'un dans cette voix narrative qui était différente de la voix du personnage principal.

    Ensuite une fois le texte achevé, il y a eu beaucoup de relectures -intérieures et à voix haute- pour repérer les formulations convenues, vagues, ou trop strictement informatives, les phrases tombant à plat- et y répondre par du ciselage stylistique, quelques développements et des coupes, pas mal de coupes.

    Une fille, au bois dormant nous fait penser, par plusieurs aspects, à Un homme qui dort de Perec (le titre, l’utilisation de la 2e personne du singulier, les rêveries, les réflexions sur notre rapport à la société…). Dans quelle mesure vous en êtes-vous inspirée ? 

    Georges Perec est pour moi un auteur important. Un homme qui dort m'a marquée, dans sa thématique (le sommeil, la dépression sans doute chez Perec et effectivement la démission face à la vie sociale) et peut-être qu'au fond, mon texte qui raconte, non pas une mise en sommeil mais le lent réveil qui y succède est une tentative de réponse, bien sûr très modeste, au récit de Perec et à la question qu'il pose – mon héroïne étant une femme, la société a tendance à lui enjoindre de rester en retrait, immobile, silencieuse, en veilleuse et elle ne peut du coup aller vers davantage de liberté qu'en étant plus impliquée dans sa vie sociale.

    Concernant la 2ème personne, je l'ai beaucoup aimée chez les auteurs de nouveau roman, chez Perec mais aussi chez Sarraute. Elle n'a pas été là tout de suite dans l'écriture d'Une fille, au bois dormant. J'ai fait quelques essais d'une narration en « je » au tout début mais rapidement le « tu » s'est imposé. Parce qu'il me permettait de dire sur mon héroïne des choses qu'elle ne pouvait pas formuler à ce moment-là du récit et parce que le « tu » me permettait d'entretenir entre les lecteurs et mon héroïne une proximité que j'aurais eu du mal à avoir avec le « elle » et à laquelle je tenais -je ne voulais pas qu'on regarde Bérénice de loin, de haut.

    Avez-vous déjà un nouveau projet d’écriture en cours ? 

    Oui, un nouveau roman sur lequel j'ai encore beaucoup d'interrogations. Du coup, il m'est pour l'instant difficile d'en parler.  

     

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