Les gilets jaunes vus par Edouard Louis

gilets jaunes edouard louis
© Pixabay

Alors qu’un acte V du mouvement des Gilets jaunes semble se profiler ce week-end de nombreuses personnalités s’expriment et soutiennent les manifestants depuis plusieurs semaines. Parmi elles, l’auteur Edouard Louis. Le 4 décembre dernier, l’auteur engagé publiait un texte sur les réseaux sociaux et y livrait « quelques réflexions sur le mouvement. »

Les « dominés » occupent enfin l’espace médiatique

Dans son dernier roman Qui a tué mon père, Edouard Louis exprimait son ressentiment envers la classe politique en démontrant comment les réformes votées en haute sphère impactaient de façon douloureuse la vie des plus pauvres. Pour lui, les premières images des Gilets jaunes furent un choc car « les gens à la santé dévastée par la misère et la pauvreté » prenaient enfin publiquement la parole :

"J'ai du mal à décrire le choc que j'ai ressenti quand j'ai vu apparaitre les premières images des gilets jaunes. Je voyais sur les photos qui accompagnaient les articles des corps qui n'apparaissent presque jamais dans l'espace public et médiatique,des corps souffrants, ravagés par le travail, par la fatigue, par la faim, par l'humiliation permanente des dominants à l’égard des dominés, par l'exclusion sociale et géographique, je voyais des corps fatigués, des mains fatiguées, des dos broyés, des regards épuisés. La raison de mon bouleversement, c'était bien-sûr ma détestation de la violence du monde social et des inégalités, mais aussi, et peut-être avant tout, parce que ces corps que je voyais sur les photos ressemblaient aux corps de mon père, de mon frère, de ma tante…"

 

La vision de la violence

S’il ne défend pas les dégradations faites ces dernières semaines, l’auteur s’attarde néanmoins sur la perception de la violence : 

« Il faut vraiment n'avoir jamais connu la misère pour pouvoir penser qu'un tag sur un monument historique est plus grave que l'impossibilité de se soigner, de vivre, de se nourrir ou de nourrir sa famille. Les gilets jaunes parlent de faim, de précarité, de vie et de mort. Les "politiques" et une partie des journalistes répondent : "des symboles de notre République ont été dégradés".

À l’occasion de la parution de son roman en mai dernier, Edouard Louis avait été invité en qualité de rédacteur en chef par le magazine Les Inrocks. Dans l’édito, il écrivait – comme une prémonition du mouvement à venir :

« Il y a autant de manières de se révolter que de raisons de se révolter et de sujets de révolte : c’est pourquoi j’ai tenu à ne pas donner la parole uniquement à des militants mais aussi à des artistes, des poètes, des philosophes, des peintres, des photographes. Je crois que l’intention de ce numéro est claire : mon rêve serait qu’en le lisant, la lectrice et le lecteur aient envie de hurler et de mettre du désordre dans la France autoritaire de Macron […] »

 

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