L'amour à mort : ces couples maudits dans la littérature

couples maudits dans la littérature
© "Tristan et Yseult", toile de Rogelio de Egusquiza (1845-1915)

La chanson le dit : les histoires d’amour finissent mal, en général… Le couple est source de nombreuses souffrances et entraîne généralement la mort. En littérature du moins. Car avouons-le, un amour exalté et malheureux, contrarié, clairement tragique, tellement puissant que la mort est la seule issue, nous réjouit plus que Yvette et Jean-Claude s’aiment très fort. Gare, amis lecteurs ! Ici on spoile…

L’amour romantique : Graziella (Lamartine)

Graziella

Le poète y narre son idylle, en Italie, avec la fille d’un pêcheur. Graziella est une lumineuse apparition au beau milieu d’une nuit de tempête. Le jeune Lamartine ne lui résiste pas. Il a dix-huit ans, elle en a seize. Premiers frissons d’amour, serments parmi les vignes et les jardins fleuris d’Italie… Mais tout les sépare ! Contraint de repartir à Paris, il lui jure de revenir et de l'attendre. Mais il mène une vie de jeune homme oisif et séducteur et s’empresse d’oublier les promesses d’éternité et d’absolu. Graziella meurt d'avoir été abandonnée par celui qu’elle aimait avec idolâtrie…

L’amour mythique : Tristan et Iseut (Chrétien de Troyes)

Tristan et Iseut

Ces deux-là deviennent amants après avoir bu par erreur un philtre d’amour. La jeune fille finit par réintégrer la couche de son roi d’époux, et Tristan convole avec une autre Yseut (là, il aurait peut-être pu se douter de quelque chose). Notre paire de tourtereaux reste cependant fidèle à leur amour et lorsque Tristan, blessé à mort, réclame la blonde Yseut à son chevet, celle-ci accourt. Hélas, l'épouse de Tristan, rongée par la jalousie, a menti en annonçant la défection d'Yseut (une sombre histoire de couleur de voiles). Tristan se laisse mourir de chagrin... Iseut arrive trop tard et, voyant le corps de son bien aimé, elle s'allonge à ses côtés et se laisse mourir à son tour.

L’amour méprisé : Splendeurs et misères des courtisanes (Balzac)

Splendeurs et misères des courtisanes

Honoré choisit, dans cette troisième partie de la « trilogie de Vautrin » (après le Père Goriot et Illusions perdues), de nous raconter la destinée dramatique d’une demi-mondaine : Esther Gobseck. Cette sublimissime courtisane (surnommée " la torpille " tant elle tape dans l'œil de tous les hommes qui posent le regard sur ses charmes !), fille non reconnue d’un usurier de cauchemar, est croc de Lucien de Rubempré, un jeune homme sans volonté, ambitieux et vaniteux (un gars sympa, quoi). Pour lui, elle est prête à s’oublier pour donner toutes ses chances à son ascension sociale : elle accepte d’entrer au couvent pour acquérir de l'éducation, de vivre en recluse pour ne pas compromettre le beau mariage promis à son amant, ou encore de monnayer son corps. Quand Esther ne peut plus repousser le baron de Nucingen et doit se laisser posséder par lui, elle préfère se donner la mort.

L’amour interdit : Roméo et Juliette (William Shakespeare)

Roméo et Juliette

Impossible d’ignorer la plus célèbre des histoires d’amour, qui a inspiré non moins de 24 opéras, un ballet, plusieurs morceaux de jazz, la comédie musicale West side story… Intemporelle, elle nous parle à la fois du coup de foudre et du poids des contraintes sociales et familiales qui peut peser entre deux êtres. Deux adolescents issus de familles ennemies, les Capulet et les Montaigu, sont frappés d’un amour instantané, inouï et réciproque lors d’un bal masqué. S’ensuivent déclarations passionnées, quiproquos, duels… Comme chez Tristan et Iseut, nos amants sont victimes d’une info erronée : Roméo, croyant Juliette empoisonnée, se suicide. Lorsque celle-ci se réveille, elle découvre le corps sans vie de son amant, et se poignarde. Ça s’appelle le panache !

L’amour quasi incestueux : Paul et Virginie (Bernardin de Saint-Pierre)

Paul et Virginie

Ces deux jeunes gens sont élevés comme frère et sœur sur l’Ile de France, goûtant un bonheur simple au sein d'une nature paradisiaque qui les a rendus beaux, candides et vertueux. Les années passent et ils se découvrent des sentiments amoureux l’un pour l’autre. L’entrée dans l’adolescence signifie alors la fin de l’innocence et le début des contraintes morales et sociales. Virginie est rapatriée en métropole. Cette douloureuse séparation n’entame pas leur amour. Lasse, lorsque la jeune femme revient, au moment d'aborder son île natale, son bateau fait naufrage sous les yeux de Paul. Celui-ci succombe au poids de sa douleur, bientôt suivi dans la mort par les mères des deux jeunes gens. Une fin tragique s’il en est, symbole de la victoire du monde des adultes sur celui des enfants, qui n’arriveront jamais à réaliser leurs rêves d’amour.

L’amour exemplaire : Delphine (Madame de Staël)

Delphine Madame de Staël

Delphine d'Albémar, ravissante jeune veuve qui subjugue et envoûte quiconque l’approche est, qui plus est, riche, généreuse et intelligente et souhaite faire le bonheur de ceux qui l'entourent (le genre de femme agaçante). Alors qu'elle arrange le mariage d’une cousine et amie, elle tombe amoureuse du futur époux, Léonce de Mondoville. Ce jeune homme très beau au caractère noble, est soucieux à l'extrême de l'opinion publique et de l'image de sa famille. Bien qu’il soit « enivré d'amour » pour Delphine,  il est capable de tout sacrifier à l'honneur, y compris sa propre vie. Leur amour étant condamné par les convenances de l'époque, Delphine préfère mourir. Publié en 1802, ce roman que Madame de Staël dédie à « la France silencieuse » évoque explicitement la condition féminine de l'époque et lui vaut d’être exilée de Paris.

L’amour bafoué : La Pitié dangereuse (Stephan Zweig)

La pitié dangereuse

A la veille de la Première Guerre mondiale, Anton Hofmiller, jeune officier sans le sou, rencontre Edith de Kekesfalva, fille d’un riche propriétaire de la région. Il l’invite à danser, sauf que la demoiselle est paraplégique. Souhaitant réparer sa belle bourde et se faire bien voir, le fier jeune homme séduit à son corps défendant la jeune infirme. Celle-ci porte un amour possessif et violent au lieutenant, qui devient sa raison de vivre. Face à l'emprise de la famille de Kekelfelva, Anton est dépassé par la situation. Prisonnier de sa compassion, inconstant, immature, lâche, il va enchaîner les maladresses et plonger dans un infernal engrenage qui mènera au drame inéluctable. Laissant croire à Edith qu’il pourrait l’épouser, il s’enfuit et la pousse au suicide.

L’amour inconditionnel : Ruy Blas (Victor Hugo)

Ruy Blas

A la cour espagnole du roi Charles II, à la fin du XVIIe siècle. Ruy Blas est l’objet d’une manigance ourdie par le perfide Don Salluste pour compromettre la reine (pour laquelle il éprouve justement une passion secrète) : il doit se faire aimer d’elle. Bien sûr, la belle ne tarde pas à s’en éprendre et à l’élever aux plus hautes fonctions de l’état. Moultes péripéties plus tard, Ruy Blas finit par tout révéler à la souveraine, lui assurer de la sincérité de ses sentiments, tuer le manipulateur. Puis, ne pouvant survivre au déshonneur, il avale une fiole de poison, dans une posture théâtrale, la main sur le front... Non je m’égare, je confonds avec Sarah Bernhardt. Il meurt dans d’atroces souffrances et dans les bras de son idole, après avoir obtenu son pardon.

L’amour perverti : le Rouge et le Noir (Stendhal)

Le rouge et le noir

Julien Sorel, d'origine modeste, est un jeune homme intelligent et ambitieux qui rêve de gloire. Il connaît d’abord avec Louise de Rénal une passion qui tourne court, puis rencontre Mathilde de la Mole qui s’éprend de lui à son tour. Au terme d’un parcours tumultueux, accédant enfin à la réussite sociale, il voit tout s’écrouler : une lettre de Louise dénonce sa duplicité et son immoralité. Julien, ivre de colère, tire (en pleine messe !) sur son ancienne maîtresse, sans la tuer. Emprisonné, il se rend compte qu'il n'a jamais cessé de l'aimer, mais c’est un peu tard bonhomme ! Il est exécuté, et Mme de Rênal mourra trois jours plus tard.

L’amour éternel : Psyché et Cupidon

Psyché et Cupidon

Pour clore sur une note positive, un peu de mythologie… Venus (alias Aphrodite), jalouse de la beauté si parfaite de la princesse Psyché (l'âme), ordonne à son rejeton Cupidon (l'amour) de la rendre amoureuse du mortel le plus méprisable qui soit. Alors que le dieu s'apprête à remplir sa mission, il tombe lui-même amoureux de Psyché en se blessant avec l'une de ses propres flèches. C’est ballot ! Après maints rebondissements, Psyché et Cupidon sont quant à eux récompensés d’une happy end : ils se marient et sont réunis pour l'éternité.

 

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