John Le Carré, l'espion écrivain

John Le Carré
John le Carré dans sa Cornouailles natale

John le Carré est certainement le plus grand auteur de roman d’espionnage, sans doute parce qu’il fut lui-même un espion ! L’héritage des espions, son vingt-quatrième roman, est paru au printemps 2018. Pour tous ses fans, c’est un livre tout à fait à part, puisqu’il revient sur son roman le plus célèbre, L'espion qui venait du froid, paru en 1964.

Grâce à sa bonne maîtrise de l’allemand et du français, étudiés à Bern en Suisse, il a été recruté dans les années cinquante par le Secret Intelligence Service, les services secrets britanniques. Il a donc mené une carrière d’agent secret pendant une dizaine d’années, jusqu’à ce que sa couverture soit compromise, comme pour beaucoup d’autres agents, par Kim Philby, un membre du MI5, en réalité agent du KGB.

Il décide alors dans les années soixante de se lancer dans l’écriture de romans d’espionnage. Il devient célèbre dans le monde entier avec L’espion qui venait du froid, l’histoire d’une diabolique machination entre les services secrets britanniques et est-allemands.

Richard Burton incarnant Alec Leamus dans "l'espion qui venait du froid"

Richard Burton incarne Alec Leamas dans "l'espion qui venait du froid"

Il mènera ainsi une brillante carrière d’écrivain, chacun de ses livres étant un best-seller. Toujours centrés sur le monde de l’espionnage, ils décrivent un monde opaque, trouble, ambigu, où les héros ne sont pas des surhommes mais des manipulateurs discrets, humains, parfois sensibles, en proie au doute et souvent désabusés.

John Hurt dans le rôle de Control dans "la taupe"

John Hurt dans le rôle de Control dans "la taupe"

L’héritage des espions raconte l’audition en 2018 d’un ancien agent à la retraite par le Secret Intelligence Service, qui souhaite revenir sur l’opération qui a eu pour cadre L'espion qui venait du froid, les familles des victimes de cette terrible histoire souhaitant demander des comptes au gouvernement. Une série de flash-backs nous permet donc de retrouver les personnages de ce roman et de ceux qui ont suivi : Control, le machiavélique chef du service, George Smiley, son adjoint discret et mélancolique, Peter Guillam, l’agent fidèle et désabusé, Alec Leamas, l’espion au destin tragique, ainsi que Percy Alleline, Jim Prideaux, Toby Esterhase et les autres…

Gary Oldman incarne George Smiley dans "la taupe"

Gary Oldman joue George Smiley dans "la taupe"

John le Carré n’est jamais manichéen, il nous montre qu’il n’y a ni bien ni mal dans le monde l’espionnage, seulement des êtres qui tentent de mener à bien leur mission et qui sont souvent broyés par l’impitoyable raison d’Etat. Il y a à la fois de l’admiration et de la tendresse pour ses personnages, et de la répulsion pour les systèmes qu’ils servent. Tout le monde manipule tout le monde, l’espionnage est un jeu, mais un jeu mortel, dans lequel il ne faut pas perdre.

Benedict Cumberbatch est Peter Guillam dans "la taupe"

Benedict Cumberbatch est Peter Guillam dans "la taupe"

Ce dernier roman semble être un testament : le courage et la détermination des agents secrets sont souvent utilisés à des fins bien sombres, et John le Carré semble lancer un avertissement aux futurs espions : ceux qui nous gouvernent ne veulent pas forcément notre bien…

Alors, replongez-vous avec délice dans L'espion qui venait du froid, et laissez-vous manipuler par le maître de l’espionnage.

 

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