Focus sur "Au fond de l'eau" de Paula Hawkins

Au fond de l'eau Paula Hawkins
© DR - Paula Hawkins, Au fond de l'eau, éditions Pocket (juin 2018) 

Été 2015. Après de longues années passées loin de sa ville natale, Julia - alias Jules - est contrainte de revenir à Beckford pour assister aux obsèques de sa sœur Nel. Ecrivain.e controversée, son aînée a été retrouvée morte dans la rivière qui traverse la bourgade anglaise. Alors que la police locale privilégie l’hypothèse du suicide, Jules est convaincue que sa grande sœur n’a pas sauté de la falaise…

Après La fille du train, son premier roman publié en 2015 (1), Paula Hawkins nous entraîne Au fond de l’eau (1), son nouveau thriller plaçant, derechef, le thème de la mémoire au cœur de l’intrigue.

Immersion

Si certains lecteurs jugent ce roman difficile à suivre, l’auteur.e l’affirme dans le journal Libération : « je pense que si on se concentre un peu au début, le reste se met en place. J’aime essayer des choses, même si ça a été compliqué… J’ai pas mal réécrit et réagencé. » Avec Au fond de l’eau, Paula Hawkins nous plonge donc dans les affres d’une enquête complexe menée au cœur de Beckford « un endroit bizarre, rempli de gens bizarres, avec une histoire bizarre. Et au milieu, il y a une rivière, et c’est cette rivière qui est le plus étrange… » (2)

Sous le soleil des tropismes

Tandis que l’auteur britannique poursuit sa réflexion sur l’authenticité des souvenirs, les habitants de Beckford, eux, ne cessent d’évoluer autour de la rivière maudite. Irrépressiblement attirés par sa beauté, ils s’y baignent et se promènent sur sa rive en dépit de ses légendes. En 1679 Libby aurait été noyée dans la rivière pour avoir corrompu un homme marié. D’autres, comme elle, ont ensuite péri dans ses eaux froides. Qui étaient les victimes ? 

Raconté depuis plusieurs points de vue, la communauté de Beckford nous livre un témoignage choral à mi chemin entre le réel et la fiction. « Nous faisons confiance à nos souvenirs […] et pourtant, ils ne sont pas fiables […] Nous sommes tous capables de modifier nos propres histoires en les racontant » confiait Paula Hawkins au site Penguin à la sortie du roman. Alors, qui croire ?

Le cri du chœur 

Peu avant sa mort, Nel dressait le portrait des victimes de Beckford dans son livre Le Bassin aux noyées. Par une subtile mise en abyme, Paula Hawkins dénonce la – mauvaise – condition des femmes à travers l’œuvre récriée de son héroïne. De l’ordalie à la violence conjugale, de l’adultère aux agressions sexuelles dont elles sont victimes depuis le Moyen-âge : Nel et Paula dénoncent à l’unisson la violence faite aux femmes. 

Le Bassins aux noyées. Au fond de l’eau. Deux œuvres féministes pour une seule voix.

Découvrez un premier extrait ! 

Parfois, après une grosse pluie par exemple, la rivière déborde. Elle avale la terre, la retourne et met à jour ce qu’on pensait perdu […] Des choses importantes et des choses insignifiantes. Et ce n’est pas grave, le monde est ainsi fait, la rivière est ainsi faite – elle peut fouiller dans le passé et recrache sur la berge ce qu’elle a exhumé, aux yeux de tous. La rivière peut, mais pas les gens. Pas les femmes. Quand on se met à poser des questions et à placarder des annonces dans les magasins et les pubs, quand on commence à prendre des photos, à entrer en contact avec des journaux et à s’interroger sur les sorcières, les femmes et les âmes perdues, ce n’est pas des réponses que l’on cherche, mais des ennuis. 

Extrait d’Au fond de l’eau p 130-131

 

(1) Publiés aux éditions Sonatines, puis en version de poche aux éditions Pocket 

(2) Au fond de l’eau, p 61

 

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