Fête des mères : ces écrivains qui leur rendent hommage

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Les écrivains aussi ont eu des mamans… Et évoquent dans leurs récits le regard tendre et aimant qu’elles/ils leur portent. Beaux souvenirs, câlins, contes de fées, goûters... Que de moments privilégiés ! Dans les extraits cités ci-après, la figure maternelle est infiniment chérie.

Le Livre de ma mèreAlbert Cohen

Le livre de ma mère

L'auteur de Belle du Seigneur fait l'éloge de sa mère disparue. Mère amour, elle ne savait que faire pour satisfaire les désirs de son fils et de son époux. « Sainte sentinelle à jamais perdue, guetteuse d'amour toujours à l'affût ». « Maman de mon enfance, auprès de qui je me sentais au chaud ». Il raconte notamment une anecdote à l’occasion d’une soirée diplomatique à Genève : « Inquiète de ne pas me voir rentrer, ne pouvant jamais s’endormir avant que son fils fût rentré, elle avait téléphoné, à quatre heures du matin, à mes mondains inviteurs qui ne la valaient certes pas. Elle avait téléphoné pour être rassurée, pour être sûre que rien de mal ne m’était arrivé. De retour chez moi, je lui avais fait cette affreuse scène. Elle est tatouée dans mon cœur, cette scène. Je la revois, si humble, ma sainte, devant mes stupides reproches, bouleversante d’humilité, si consciente de sa faute, de ce qu’elle était persuadée être une faute. Si convaincue de sa culpabilité, la pauvre qui n’avait rien fait de mal. Elle sanglotait, ma petite enfant. Oh, ses pleurs que je ne pourrai jamais n’avoir pas fait couler. Oh, ses petites mains désespérées où des taches bleues étaient apparues. Chérie, tu vois, je tâche de me racheter en avouant ».

Du Côté de chez SwannProust

Chez l’auteur de La Recherche, les relations partagées avec la mère sont fusionnelles et intellectuelles. A la mort de celle-ci, l’écriture del’œuvre de sa vie agira sur lui comme une thérapie.

Le jeune Marcel, qui cherche le sommeil, attend avec un désir irrésistible le baiser de sa mère : « Ma seule consolation, quand je montais me coucher, était que maman viendrait m'embrasser quand je serais dans mon lit. Mais ce bonsoir durait si peu de temps, elle redescendait si vite, que le moment où je l'entendais monter puis où passait dans le couloir à double porte le bruit léger de sa robe de jardin en mousseline bleue, à laquelle pendaient de petits cordons de paille tressée, était pour moi, un moment douloureux. » 

Extrait d'interview, Christian Bobin  

Christian Bobin

« Je ne cite jamais son prénom parce qu'elle-même ne l'aime pas. Mais plus profondément, quand je parle des mères, de la mère, comme si c'était une entité qui traverse toutes les cultures, je pense à un point commun, un point divin où la société renonce, s'arrête pour un temps, et il y a une personne qui prend le relais. Et qui a des trouvailles de cœur et d'intelligence inépuisables. Toutes sont comme ça. Quand je parle de la mère qui traverse les phrases comme une souveraine, avec une longue traînée d'encre et de lumière, quand je fais des petites enluminures autour de la mère, c'est aussi la mienne. Mais pas uniquement. Parce que la mienne, j'ai peu de souvenirs. Elle est vivante, elle est toujours là, elle habite pas très loin d'ici d'ailleurs, mes parents habitent l'immeuble à côté, mais j'ai peu de souvenirs. Je ne sais pas ce qu'elle a fait avec moi. Je pense qu'elle a dû être insensée. Pour m'amener des dizaines d'années après, à parler des mères comme ça, elle a dû être complètement démente. Démente d'amour. M'envelopper, me baigner dans une affection, un attachement insensés. Il s'agit donc d'elle. Mais plus simplement aussi de jeunes femmes que je regarde avec leurs enfants. »

Miss MondeGérard de Cortanze

On perçoit dans ce texte émouvant et plein d'humour l'adoration d'un fils pour sa mère. Pour le jeune garçon, sa mère est la plus belle du monde. Elle ne ressemble pas à Miss Monde, elle est Miss Monde: « En 1955, j'avais sept ans. Comme chaque année, à Noël, j'allais avec mes parents au cinéma Gaumont dans le IXe arrondissement. Fauteuils rouges. Ouvreuses se promenant dans les allées, comme des soubrettes en tablier blanc à dentelles, et portant sur leur ventre des paniers en osier remplis de friandises. Ce soir-là, aux Actualités, on nous montra l'élection de Miss Monde. Applaudissements, remarques salaces, cris d'approbation. Mais pour moi, il n'y avait aucun doute : la grande femme brune en bikini de soie noir, qui se déhanchait sur une plage devant des palmiers oscillant au vent, c'était ma mère. »

La Promesse de l’aubeRomain Gary

Romain Gary

Gary brosse un vibrant portrait de sa mère, une femme incroyable de ténacité, d’orgueil et de panache, qui a forgé l’avenir de son rejeton. Il explore leur relation aussi galvanisante qu’étouffante, merveilleuse que pesante, chaleureuse qu’éprouvante. 

« Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. On est obligé ensuite de manger froid jusqu’à la fin de ses jours. Après cela, chaque fois qu’une femme vous serre sur son cœur, ce ne sont plus que des condoléances. On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné. Jamais plus, jamais plus, jamais plus. »

« Il n’est pas bon d’être tellement aimé, si jeune, si tôt. Ça vous donne de mauvaises habitudes. On croit que c’est arrivé. On croit que ça existe ailleurs, que ça peut se retrouver. On compte là-dessus. On regarde, on espère, on attend. (…) Si ma mère avait eu un amant, je n’aurais pas passé ma vie à mourir de soif auprès de chaque fontaine. »

Le Château de ma mèreMarcel Pagnol

Augustine Pagnol

Portrait d'Augustine Pagnol

Éternelle jeune fille en fleurs aux yeux de son fils, elle est son premier amour. Sa confidente, son réconfort. Sa première grande peine, aussi : sa mort laisse Marcel, à 15 ans, inconsolable.

« Je marchais derrière une voiture noire, dont les roues étaient si hautes que je voyais les sabots des chevaux. J'étais vêtu de noir, et la main de petit Paul serrait la mienne de toutes ses forces. Om emportait notre mère pour toujours. De cette terrible journée, je n'ai pas d'autres souvenirs, comme si mes quinze ans avaient refusé d'admettre la force d'un chagrin qui pouvait me tuer. »

« Comment veux-tu mourir un jour, Narcisse, si tu n'as pas de mère ? Sans mère, on ne peut ni aimer ni mourir. »

« Il y a une chose qui ne changera jamais : c'est l'amour des enfants pour leur mère, et j'ai écrit ce livre pour apprendre aux petites filles comment leurs fils les aimeront un jour... » explique Pagnol à propos de son œuvre.

Poème de Baudelaire 

Baudelaire

Ce poème (sans titre !) fait allusion aux moments de bonheur que Charles vit enfant, entre la mort de son père et le second mariage de sa mère adorée, quand il a celle-ci toute à lui.

Je n’ai pas oublié, voisine de la ville,

Notre blanche maison, petite mais tranquille ;

Sa Pomone de plâtre et sa vieille Vénus

Dans un bosquet chétif cachant leurs membres nus,

Et le soleil, le soir, ruisselant et superbe,

Qui, derrière la vitre où se brisait sa gerbe,

Semblait, grand œil ouvert dans le ciel curieux,

Contempler nos dîners longs et silencieux,

Répandant largement ses beaux reflets de cierge

Sur la nappe frugale et les rideaux de serge.

Les relations de Baudelaire et sa mère n’étaient pourtant faites que de reproches continuels, puis d’excuses et de remords. Le premier poème des Fleurs du MalBénédiction, présente la naissance d’un poète comme une malédiction pour le monde et d’abord pour sa mère :

Lorsque, par un décret des puissances suprêmes,

Le Poëte apparaît en ce monde ennuyé,

Sa mère épouvantée et pleine de blasphèmes

Crispe ses poings vers Dieu, qui la prend en pitié :

– « Ah ! que n’ai-je mis bas tout un nœud de vipères,

Plutôt que de nourrir cette dérision !

Maudite soit la nuit aux plaisirs éphémères

Où mon ventre a conçu mon expiation ! 

Maman veut partirJonathan Bécotte

Ce jeune auteur québécois, dans son deuxième ouvrage, relate de manière ingénue et sous forme de poèmes, la joie des premières années de l'enfance et l'amour d’une maman emportée par la maladie.

 « Je me rappelle / Que la maternelle n’avait pas été facile ; / Apprendre à se séparer d’elle. / Mais j’avais appris à jouer à la marelle / Et à la retrouver dans mon ciel. »

Souvenirs de la marée basseChantal Thomas

Chantal Thomas

L’auteur des Adieux à la Reinefait revivre, sur les plages de son enfance, une mère secrète qui lui a légué la passion des bains de mer, le goût de s'abandonner à la volupté de la nage.

 « Les baisers, la pluie de baisers de ma mère, sont issus d'un amour absolument sincère, où n'entre pas une ombre de narcissisme ni de calcul. »

Le Piano de ma mèreYann Queffélec

Vingt ans après les Noces barbares, l’auteur y rend hommage à sa mère tant aimée at aimante, qui meurt alors qu’il n’a que 17 ans.

« On est beau soi-même quand elle sourit. Encore plus beau quand elle rit, du côté des dieux. Son rire embellit l’être humain sur son passage et, si j’avais à dessiner son âme, c’est son rire que je dessinerais au centre d’une feuille blanche. »

Une FemmeAnnie Ernaux

Un portrait émouvant d’une mère, de sa volonté d’ascension après une enfance en Normandie dans un milieu ouvrier, de son courage, son énergie pour pousser sa fille à faire des études, à réussir.

« Je sais que je ne peux pas vivre sans unir par l'écriture la femme démente qu'elle est devenue, à celle forte et lumineuse qu'elle avait été. »

 

Ils ont dit aussi…

« Enfant sans mère, c'est comme un nid sans plumes, sans chaleur. »
Arthur RimbaudLes étrennes des orphelins 

« Qui ne serait reconnaissant à la tendresse maternelle ? » 
Alfred de MussetPoésies posthumes, À ma mère

« Je pense bien souvent à ma mère. Je me berce de l'espoir que je la reverrai un jour, je me dis que j'ai encore un peu de bonheur à vivre, quand elle me prendra dans ses bras, et m'appellera son fils, et m'embrassera. Tous ces baisers, toute cette tendresse que je n'ai pas eus, et dont j'aurais été si heureux ! Comme je souffrirai le jour où elle mourra, que je l'aie revue ou non. Ce jour-là, je serai seul pour de bon. » 
Paul LéautaudLe journal littéraire

« Une mère a sur nous une entière puissance. » 
Molière,Les femmes savantes

« Nos mères savaient vieillir... elles acceptaient bravement et ingénument les cheveux blancs et les rides ; elles remplaçaient la beauté par l'esprit, la jeunesse par la grâce, la galanterie par la bonne humeur, l'amour par l'amitié. » 
Alexandre Dumas filsUn père prodigue

« Celui qui ne cède pas d'abord aux instances d'une mère ne s'attendrira jamais. » 
Sénèque,La Thébaïde

« Quand on est bonne mère, on sait tout pardonner. » 
Émile ZolaNana

« Un mari ne remplace jamais une mère pour une femme. » 
Honoré de BalzacLes mémoires de deux jeunes mariées

« L'amour seul fait plier les genoux d'un homme devant une mère. » 
George SandLe dieu Plutus

« Une mère éplorée n'a pas assez de cœur pour la douleur et la vengeance à la fois. »
William FaulknerLe requiem pour une nonne

 

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