Lyon, capitale du sport au féminin, de la littérature et du cinéma

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La veille de leur rencontre tennistique d’anthologie, Bobby Riggs offrit à  Bille Jean King un petit cochon, histoire d’affirmer sa condition de «porc machiste». Depuis, que de chemin encore parcouru par le sport féminin ! L’Institut Lumière lui dédie son 5e Festival Sport, cinéma et littérature (1er- 4 février 2018).

Ce fut l’un des films de la rentrée : Battle of the Sexes de Jonathan Dayton et Valérie Faris ou la truculente défaite de Bobby Riggs, ex n°1 mondial en retraite et porté sur les paris foireux, contre Billie Jean King, trois titres du Grand Chelem et engagée dans la reconnaissance des droits des joueuses. Bobby Riggs en fut quitte pour sa provocation : le 20 septembre 1973, Billie Jean King l’emporta 6-4, 6-3, 6-3  devant 30 000 spectateurs et 90 millions de téléspectateurs.

Le tennis, la boxe, le foot, de vrais sports de gonzesse

Cet automne également, ce fut un anniversaire : le 30 septembre 1917, eut lieu le premier match de football féminin en France. Le commentaire il y a cent ans ? «Lorsque l’on voit ces jeunes filles sur le terrain, elles ont un peu l’air d’hommes. Mais quand on les voit de près, je vous assure, messieurs les téléspectateurs, ce sont de vraies femmes, pas des monstres ! » Omission, au passage, des téléspectatrices. Le foot, le roi des sports misogynes de ce côté-ci de l'Atlantique : aux Etats-Unis et au Canada, le soccer est mixte. Un vrai sport de gonzesses (2013), un régal que le film  documentaire du journaliste lyonnais Farid Haroud.

Du récit et de l'enquête

Présentes à Lyon, deux grandes signatures du journal L’Equipe : Philippe Brunel, spécialiste du cyclisme...et donc du dopage. Après  Vie et mort de Marco Pantani (Grasset 2007), le journaliste a mené l'enquête sur l'autre tricherie de Lance Armstrong, septuple vainqueur déchu du Tour de France : l'américain aurait même  mis un petit moteur électrique dans son vélo ! (Rouler plus vite que la mort, Grasset, janvier 2018).

Vincent Duluc, spécialiste du football, le raconte y compris quand ça ne tourne pas rond : « qui c’est, les plus forts ? » En ce  temps-là, Un printemps 76 (Stock 2016), la France exultait avec les Verts, l’équipe de football stéphanoise. Saint-Etienne ? Le foot était le ballon d’oxygène d’une ville en pleine désindustrialisation. Epoque où l'on connaissait le nom de Dominique Rocheteau et ne situait pas bien le Qatar.

Sport et littérature, la thèse

Souhaitons que, dans son ambition de prendre une place, le sport au féminin n'ait pas celle d'adopter les travers qui polluent le sport au masculin. Catherine Destivelle, championne mondiale d’escalade et d’alpinisme, mais aussi écrivain, est à présent éditrice : depuis 2015, sa maison Les Editions du Mont-Blanc publie des ouvrages d’«écrivains-alpinistes» plutôt que d’ «alpinistes qui écrivent ».

Le sport est une source d’inspiration romanesque. Paul Auster et Peter Handke, pour ne citer qu'eux, s'en sont déjà emparés. Le Cœur du Pélican (Viviane Hamy, 2015), le quatrième roman de Cécile Coulon, accompagne Anthime, employé bedonnant de Pôle Emploi après avoir impressionné une bourgade par sa vélocité en course à pieds. Il chausse à nouveau les baskets. Cécile Coulon a choisi de consacrer sa Thèse  à «Sport et littérature».

Thierry Frémeaux, monsieur cinéma est ceinture noire

Une pléiade d’auteurs et des colloques, pour interroger la reconnaissance du sport féminin, mais aussi le traitement médiatique du sport à l’aune des médias du web :  «il n’y avait pas de grande manifestation qui allait à la fois sport et littérature, et sport et cinéma », souligne Denis Revirand, membre de l’organisation du Festival, « c’est le rôle patrimonial de l’Institut Lumière, que de s’ouvrir à d’autres disciplines artistiques. Et puis, il y a « la personnalité de Thierry Frémeaux, directeur de l’Institut Lumière et du Festival de Cannes, «fou de sport, et qui a été ceinture noire et coach de judo.»

Sarah Ouhramoune : Aubervilliers, Sce Po et  les J.O. 

Wendie Renard, capitaine de l’OL et  quatre fois vainqueur de la Women's Champion League, Camille Abily, également membre de l’OL et de l’équipe de France, Sarah Ouhramoune, présente lors de la 4e édition du Festival qui rendait hommage à Muhammad Ali, mais cette année pour l’engagement de la vice-championne olympique 2016 de boxe dans la reconnaissance du sport au féminin : les légendes du sport au féminin sont bien vivantes. Sarah la combattante de Cédric Balaguier retrace le parcours de la jeune femme d’Aubervilliers qui, par ailleurs, a fait Science Po Paris.

Côté patrimoine, pour ce 5e Festival, « Un soir à l’Eldorado » est un florilège de films muets, accompagnés au piano par Karol Beffa, normalien, professeur au Collège de France. L’occasion de revoir Chaplin en boxeur fluet, l’emporter dans Les lumières de la ville.

Même du foot en direct !

Nous sommes à Lyon : retransmission en direct du match OL- AS  Monaco, dimanche à 21 heures. Pour les non-footeux, l’OL a retrouvé Bertrand Traoré et s’est qualifié pour les huitièmes de finale de la Coupe de France, à Monaco le 24 janvier dernier (3-2). Sinon, il y a l'exposition de photographies "Sportives ! " des photo-reporters de L'Equipe (Galerie Lumière, 3 rue de l'Arbre Sec, jusquau 25 mars).

 

Pour aller plus loin... 

> Le sport ? C'est aussi de la littérature ! 

> Ces écrivains grands randonneurs