En août, lis ce qu'il te plait

Lectures estivales 2018
© Pixabay

Les tongs, les lunettes de soleil, la crème solaire (non polluante pour la mer, merci)... Pas oublié quelque chose ? La petite liste des lectures estivales 2018 ! Voilà de quoi vous régaler sur la plage lors du prochain mois. En vous souhaitant un bel été !

Michel Simonet, Une Rose et un Balai

Une Rose et un Balai

(France : Editions de la revue Conférence,Suisse : éditions Faim de siècle)

Père de sept enfants, Michel  Simonet est balayeur des rues à Fribourg, en Suisse. Ne vous apitoyez pas, il a fait des études, mais exerce ce métier par choix : «c’est un travail ingrat, où il y a de la grâce.» Chaque matin, il arpente la ville en tenue orange, une rose accrochée à son char : la première fois, il avait demandé à un fleuriste une rose sur le point de flétrir. Désormais, le fleuriste lui offre, à chaque fois, une belle rose de sa devanture. Depuis 32 ans qu’il balaye, Michel Simonet connaît l’humanité par ses déchets : «quand je vide une poubelle, je fais une autopsie. Je peux dire quelle bière a la cote. Les sondages d’opinion devraient venir chez nous, nous poser des questions.» Il est aussi «collectionneur du quotidien » : porte-monnaies, paires de lunettes, tickets de trolleybus, le trottoir récupère tout, même les gens. Lui les transforme en poésie. Quand on est «balayeur de rue, ou cantonnier, opérateur écologique, homme de ménage en plein air, concierge de quartier, hygiéniste du trottoir... parfois dénigré, mais reconnu par tous d'utilité publique», on le sait mieux que les autres : «quand on est au bas de l’échelle, on tombe de moins haut» De la poésie et de la lucidité.

Jean Mattern, Le bleu du lac

Le bleu du lac

(Editions Sabine Wespieser, mai 2018)

Le célèbre compositeur et critique musical James Fletcher meurt à 55 ans d’une apnée du sommeil. Parmi ses dernières volontés, que la concertiste réputée Vivian Craig exécute pour ses obsèques, l’Intermezzo numéro 2 de Brahms. L'éxécuteur testamentaire lui a téléphoné pour lui annoncer la prestigieuse nouvelle. Tout le monde ignore que les deux personnages publics sont amants. Vivian Craig prend le métro, pour se rendre à l’église Sainte-Cécile-et-Saint-Anselme. Un monologue intérieur, le temps des stations de la Picadilly Line, sur  la complexité des sentiments et le pouvoir de la musique.

Michel Tremblay, Le peintre d’aquarelles

Le peintre d'aquarelles

(Actes Sud, novembre 2017)

Vous vous souvenez de Marcel ? Il zézayait et dormait sur le sofa trop grand de la salle à manger. Le fils d’Albertine avait quatre ans et en paraissait à peine trois. Depuis La grosse femme d’à côté est enceinte, Marcel a grandi. Et même vieilli : il a 76 ans, d’une vie presque faite de cinquante ans d’internement à l’asile de Nominingue, au fin fond des Laurentides. Resté à pied d’œuvre de ces montagnes, il peint aussi une la mer qu’il n’a jamais vue. Et entreprend de rédiger son journal à rebours : «Une chose intéressante, avec l'aquarelle, c'est qu'on ne sait jamais avec précision ce que ça va donner en séchant (...) ». La métaphore n’est pas bien loin.

David Foenkinos, Vers la beauté

Vers la beauté

(Gallimard, mars 2018)

Avec La délicatesse (Gallimard, 2009), David Foenkinos nous relatait la conquête sensible d’une jeune femme, veuve prématurée, par un homme qui, en apparence, n’avait pas toutes ses chances. Vers la beauté est l’histoire d’Antoine Duris, professeur aux Beaux-Arts de Lyon, qui  devient volontairement gardien au musée d’Orsay : «Le gardien de musée n'existe pas. On déambule devant lui, les yeux rivés sur le prochain tableau. C'est un métier extraordinaire pour être seul au milieu de la foule.» L'art est une clef : la directrice du Musée s'en saisit pour savoir.

Kouamé, Revenu des ténèbres

Revenu des ténèbres

(XO Ediitons, mars 2018)

Il ne se prédestinait pas forcément à écrire. Mais certainement pas à mourir : en tous les cas, pas à 14 ans. C’est pourtant l’âge où il a vu ses parents se faire tuer sous ses yeux. Il a fui. Puis les passeurs en  Libye, la violence en Algérie et au Maroc, le risque de naufrage en Méditerranée : ce sont ses souvenirs d’adolescence. Deux ans après, Kouamé vit à Toulouse. Et témoigne par ce récit.

Daniel Pennac, Mon Frère

Mon Frère

(Gallimard, avril 2018)

L’auteur de de la Saga Malaussène avait un frère de cinq ans son aîné, Bernard. Qui était-il ? Décédé voici dix ans, il ne disait mot ou presque. C’est pourtant lui, qui a inoculé à son frère cadet le goût d’écrire. «Je ne sais rien de mon frère mort si ce n’est que je l’ai aimé. Il me manque comme personne mais je ne sais pas qui j’ai perdu.» A la fin de sa  vie, ce frère confectionnait des gâteaux secs, des Bartleby : référence à la nouvelle de Melville, ce commis aux écritures d’un cabinet de Wall Street à la phrase fétiche, « Je préfèrerais ne pas.»

Alessandro Baricco, Smith & Wesson

Smith & Wesson

(Gallimard, mai 2018)

Double allusion à la célèbre armurerie américaine et aux personnages du dessins animés, ou non ? Tom Smith et Jerry Wesson se trouvent au bord des chutes du Niagara. L’un rédi­ge des sta­tis­tiques météo­ro­lo­giques, l’autre à repê­che les corps noyés. C’est tout ? Dans la vie, il faut un peu plus relever le gant pour se sentir digne de soi. Surtout quand on est un mâle. C’est ce que leur propre une femme : classique ! Rachel Green leur suggère de sauter dans les chutes du Niagara, à l’intérieur d’un tonneau : ô le poncif, ce que propose la femme est idiot. Sauf qu’avec tout  l’art  de l’auteur de Soie, personne ne sombre dans le cliché. Dans les chutes ? A vous de lire.

Emily Ruskovich, Idaho

IDAHO

(Gallmeister, mai 2018)

Nous sommes justement au mois d’août : papa, maman et les deux filles, dans une tranquille clairière de l’Etat américain de l’Idaho dans les montagnes Rocheuses, où la nature est encore préservée. Quand le drame survient.Neuf ans plus tard, Wade, le père, refait sa vie : Ann, sa nouvelle épouse, prend en quelque sorte en charge sa mémoire. Une maladie génétique el rend progressivement amnésique.Un premier roman subtilement complexe. Ne cherchez pas le polar, mais l’interrogation sur l’étrangeté de la mémoire.

Leïla Slimani, Chanson douce en livre de poche

Chanson douce

(Gallimard, mai 2016)

Louise, la nounou des deux enfants du  couple de bobos parisiens Myriam et Paul,  s’immisce dans leur vie : jusqu’au drame. Ça y est, le prix Goncourt 2016 est sorti en livre de poche ! Sur le rayonnage, il jouxte Dans le jardin de l’ogre sur le rayonnage. Et cherchez bien,  Sexe et mensonges : La vie sexuelle au Maroc (Les Arènes 2017) ne devrait pas être très loin.

Albert Camus, L’Été, "La mer au plus près" 

Noces

"J’ai grandi dans la mer et la pauvreté m’a été fastueuse, puis j’ai perdu la mer, tous les luxes alors m’ont paru gris, la misère intolérable. Depuis, j’attends. J’attends les navires du retour, la maison des eaux, le jour limpide. Je patiente, je suis poli de toutes mes forces. On me voit passer dans de belles rues savantes, j’admire les paysages, j’applaudis comme tout le monde, je donne la main, ce n’est pas moi qui parle. On me loue, je rêve un peu, on m’offense, je m’étonne à peine (...)

Il faut le (re)lire en entier. Et surtout bien profiter de la mer.

 

Pour aller plus loin... 

>  Découvrez 10 romans drôles et légers pour se changer les idées 

>  Retrouvez les classiques de la littérature qui ont fait scandale