Du roman à la BD : Léo Malet par Jacques Tardi

Léo Malet Jacques Tardi
© Jacques Tardi, "Nestor Burma dans le 19e arrondissement de paris"

Léo Malet est le père de Nestor Burma, ce détective privé de l’agence Fiat Lux qui arpente les rues de Paris, à la recherche de quelque affaire louche, entre un petit blanc-sec et une bonne pipe. Après le succès de ses premiers romans, l'auteur décide dans les années 50 d’écrire un roman pour chacun des 20 arrondissements de Paris, où Burma ira traîner ses guêtres pour résoudre une épineuse affaire ; ce seront « les nouveaux mystères de Paris ».

Malet Tardi

Parmi ces romans, c’est « Brouillard au pont de Tolbiac », dont l’action se situe dans le 13ème arrondissement, qui aura le plus de succès. Léo Malet lui-même le considérait comme son meilleur, sans doute parce qu’il avait vécu dans sa jeunesse au sein d’un foyer anarchiste rue de Tolbiac. D’après André Varoncini, « il s’agit sans doute d’un chef d’œuvre d’ambiance, de mystère et de sensibilité nostalgique ».

« Les mystères de Paris » ont été adaptés trois fois au cinéma, sans que son auteur en soit pleinement satisfait. Il rêvait d’une adaptation de « Brouillard au pont de Tolbiac », mais à sa grande surprise, au début des années 80, il est contacté par un dessinateur de bandes dessinées, Jacques Tardi, qui souhaite mettre en image son roman préféré. Une proposition d’autant plus saugrenue pour l’écrivain que celui-ci ne s’est jamais intéressé au Neuvième Art, qu’il considérait comme mineur. Pourtant, un jour, passant devant une librairie, il a le coup de foudre pour des albums exposés en vitrine, « Les aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-sec », dudit Tardi.

Dès leurs premiers contacts, le courant passe immédiatement entre les deux hommes, qui se mettent rapidement d’accord sur l’adaptation de « Brouillard au pont de Tolbiac ». Une adaptation pourtant fort compliquée, notamment du fait que ce roman de Léo Malet est sans aucun doute son plus personnel. Mais Jacques Tardi, grand fan de l’œuvre de l’écrivain, sait tout de suite retranscrire l’atmosphère, le ton si particulier du roman : à travers un dessin en noir et blanc, très fidèle aux décors parisiens des années cinquante (Tardi a dû visionner des centaines de photos d’époque), il sait en outre les nimber d’une humidité, d’une viscosité propres au 13ème arrondissement.

Léo Malet

Le défi était encore plus grand concernant les personnages : Léo Malet avoue lui-même ne pas savoir quelle apparence exacte revêt Nestor Burma. Tardi a donc décidé de traduire tous les personnages du roman tels qu’il les voyait, à la façon d’un metteur en scène : il a adapté le livre, ne se bornant pas à en être l’illustrateur. Tâche d’autant plus aisée que Tardi connaît parfaitement tous les personnages du livre, mieux que Malet lui-même !

Sorti en 1982, l’album rencontre immédiatement le succès. Léo Malet aurait aimé voir « Brouillard au pont de Tolbiac » porté à l’écran, mais toutes les tentatives ayant échoué, il s’est contenté de cette adaptation en BD qui l’a en fait profondément réjoui. Suivront « 120 rue de la gare », « Casse-pipe à la Nation » et « M’as-tu vu en cadavre ? ». Jacques Tardi se lançant ensuite dans de nouveaux projets, d’autres dessinateurs prendront la relève, permettant ainsi au détective de choc Nestor Burma de continuer à « mettre KO le mystère » dans la Bande Dessinée

 

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