Ces textes qui ont enrichi la galette des rois

galette des rois
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Ne dites pas le contraire, vous allez en manger : en vous accroupissant ou non sous la table pour énoncer les prénoms des convives. « Pour qui ? » Le texte originel de toute une tradition tient pourtant en peu de mots.  Mais quel Ecrit ! Et que d’exégèses.

Saint-Mathieu : parole d’Evangile, aucun roi !

Saint-Matthieu

Ça, vous connaissez : «Jésus étant né à Bethlehem en Judée, au temps du roi Hérode, des mages d’Orient arrivèrent à Jérusalem et dirent : où est le roi des Juifs qui vient de naître? Car nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus pour l’adorer.» Relisez bien, Saint-Matthieu a-t-il  écrit que les mages étaient rois, qu’ils étaient trois, et s’appelaient Melchior, Gaspard et Balthazar ? Or, seul  Saint-Matthieu a parlé d’eux… .

Tertullien, je te fais roi 

Tertullien

Un «mage » était un  astronome. Mais être roi, c’est nettement plus classe : Tertullien (160-220), auquel on doit la traduction des Saintes Ecritures du grec en latin et aussi la Sainte Trinité, prit sur lui de les anoblir. Et Saint-Matthieu ayant mentionné l’or, la myrrhe et l’encens, en déduisit qu’ils étaient trois : l’un roi des Perses, l’autre des Arabes et le troisième des Indes. Tout le monde est content, très momentanément.

Excerpta latina barbari, les prénoms !

Excerpta

C’est un manuscrit unique conservé à la Bibliothèque Nationale de France : «Extraits latins d’un barbare » du VIIIe siècle. Ce manuscrit relate une « brève histoire du monde depuis la Création biblique ». Et là, ça y est , Gaspard,  Melchior et Balthazar répondent par leur prénom : d’accord, avec huit siècles de retard.

Van Dyke, un petit quatrième pour la route

Henry van Dyke

Le prolixe poète américain Henry Van Dyke (1852-1933) inventa un quatrième roi mage : Artaban de Médée. On aurait pu s’attendre à du Petit Poucet ou des Trois Mousquetaires. Mais non, Artaban est le roi mage qui se serait perdu en cours de route. Remarquez, un de perdu, dix de retrouvés : selon les Syriens, ils auraient été douze, comme les apôtres.

La Révolution Française, à bas les rois !

On ne badinait pas avec la Terreur : en 1793, le Conseil révolutionnaire interdit aux boulangers et même aux particuliers de fabriquer la moindre galette, sous peine de mettre la patrie en danger. Privés de galettes ? L’année suivante, fut autorisée une «fête du voisinage » où se dégusta le « gâteau de l’égalité »  avec pour fève un bonnet phrygien.  

Saint-Nicolas, un bébé dans la galette

ST Nicolas

Pour railler, quoi de mieux que l’innocence ? "Saint-Nicolas : le journal illustré pour garçons et filles" parut chaque jeudi de 1880 à la Première guerre mondiale. Et de mettre en scène les affres du politique au regard de galettes et fèves : après avoir supprimé la fève, «on met des bébés en porcelaine dans les galettes. "Allez avaler un bébé en porcelaine ! » Quant aux jeunes filles, la galette se fait fleur bleue : en forme de coeur, comme par hasard pour le jour où l’élu de leurs pensées est invité. C'est chou.

Estienne Pasquier, le roi boit !

Estienne Pasquier

Luxe de précision, au moment où les mages entrèrent dans l’étable, Jésus tétait le sein de Marie. L’un d’eux se serait même écrié : « le roi boit ! ». O exégèse qui fit religieusement  s’envoyer derrière la cravate 12 verres d’affilée pour les apôtres et 4 pour les évangélistes. Une objection ? Ben oui, les évangélistes étaient des apôtres. Estienne Pasquier (1529- 1615), homme public, poète et  écrivain en témoigna : « chascun se desborde à boire, à marger, à danser ».

James Joyce, plus mystique tu meurs

James Joyce

Pour banals, certains moments de l’existence vous saisissent au coin de la rue. Comment retranscrire la puissance d’évocation des jambes d’une inconnue ou de la pendule du port ? Ces moments fugaces sont les Epiphanies de Joyce, publiées à titre posthume. La cerise sur la galette ? Selon lui, vivre n’a strictement aucun intérêt, seule sa transcription littéraire en a un. Qu’on se le dise !

Michel Tournier, les Mille et Une Nuits dans la crèche

Michel Tournier

Un sacré trek, que de se rendre à la crèche : «Nous autres, nomades du désert, nous avons choisi la frugalité la plus extrême (…) Et nous marchons. Nous pensons avec nos jambes.» Mais le Gaspard, Melchior et Balthazar de l’écrivain voyageur est une belle ode à la différence : «Je suis noir, mais je suis roi. Peut-être ferais-je un jour graver sur le tympan de mon palais cette paraphrase du chant de la Sulamite "nigra sum, sed formosa"  - «Je suis noire, et je suis belle».

 

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