Ces grands écrivains cachés derrière un pseudo

Ces écrivains cachés derrière un pseudo
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Ils se sont affranchis des «pages blanches» : Françoise Quoirez, Philippe Joyaux, Marguerite Donnadieu, Eugène Grindel, Louis Poirier, Louis Farigoule, Jean Bruller, c’est bon pour le bottin du téléphone. Et vous les connaissez tous pour les avoir lus sous un autre nom ! 

Romain Gary, le Goncourt n’y  vit que  du feu

Romain Gary

Parce qu’en russe, Gary signifie « brûle » ? Deux fois Prix Goncourt au défi de la règle, pour Les Racines du ciel sous le peudo de Romain Gary, puis pour La vie devant soi sous celui d’Emile Ajar, Roman Kacew multipliait les autobiographies : originaire de Vilnius en Lituanie, il se fit naître à Nice ou à Koursk, d’un père tantôt tatare, mongol et géorgien, voire du comédien russe Ivan Mosjoukine. Les journalistes l’en firent naître « russe, près de la frontière polonaise. » Un cas d’école du pseudo.

Paul Eluard, surréaliste de s’appeler Grindel

Paul Eluard

Le vocable actuel dirait d’Eluard qu’il était un enfant du 9.3, voué à une sociologie certaine. Né à Saint-Denis d’un père comptable et d’une mère couturière, le petit Eugène a  tout d’un rejeton à la Zola : la tuberculose en ganglion sur  l’absence de destinée.  Eh bien, rien du tout, la plume déliée de Paul Eluard fera d’Eugène Grindel  une contingence. Et signera son engagement auprès des surréalistes et de l’esthétique.

Vercors, «un nom sonore et noble»

Vercors

Bien que né le jour du centenaire de Victor Hugo, Jean Bruller opta pour Vercors. Il est vrai qu’il avait en quelque sorte devancé l’Appel : blessé et à la tête d’une « armée sans arme », il avait projeté de rejoindre le massif isérois, quand l’Armistice de 1940 fut signée. Le futur fondateur des Editions de Minuit n’a donc pas usurpé cet emblème de la Résistance. Ce nom « sonore et noble», relatait-t-il au micro de France Culture en 1990, «lui était venu presque tout de suite.»

San Antonio, et pourquoi pas les chutes du Niagara ?

San Antonio

Quand Frédéric Dard rencontra les éditions du Puits-Pelu qui avaient remarqué son talent, celles-ci  se situaient au fond d’un crasseux traboule lyonnais. Pour faire américain, il promena le doigt sur l’atlas des Etats-Unis, entre Spring Valley et les Niagara Falls. San Antonio exerça sa fascination : 175 enquêtes du commissaire, depuis Réglez-lui son compte, Si ma tante en avait,  et  l‘ultime hors-série Les contrepets de San-Antonio. Notez, au regard de l’extrême finesse des allusions, l’écrivain aurait pu garder son vrai nom.

Françoise Sagan, ô le cadeau du ciel

Françoise Sagan

Versés dans l’industrie et les bonnes mœurs, papa et maman Quoirez avaient été fous de joie à la naissance du « charmant petit monstre» après le décès d’un fils. Un « cadeau du ciel » qui n’attendit pas d’être majeur pour rendre hommage à Paul Eluard et à Proust : Bonjour tristesse, c’est pour Eluard, Sagan en référence à Hélie de Talleyrand Périgord-prince de Sagan. Pour les parents ? Déjà une solideréputation, dont le buste de Molière pendu à une ficelle, lors d'un cours rasoir.

Vernon Sullivan, l’anagramme made in USA

Boris Vian

Là, pas besoin du dictionnaire : prétendez être le traducteur d’un auteur américain  imaginaire qui n’est autre que vous-même, et par ici les royalties. Dépité de ne pas avoir eu le prix de la Pléiade, Boris Vian crée son clone américain dans la lignée des romanciers policiers qui eux, ont du succès. Résultat pour l'irrévérencieux  auteur de J’irai cracher sur vos tombes : la menace de la prison et le fisc aux trousses. Mais quelle fidélité à son ami Paul Vernon, dentiste saxophoniste, et au pianiste Joe Sullivan, seul américain de l’affaire.

Queneau travesti en irlandaise

Queneau

Le « c’est pas moi, c’est l’autre » de Boris Vian plut à Raymond Queneau. Il en devint Sally Mary, écrivain irlandaise  prétendument traduite par une Michèle Presle, le tout pour On est toujours trop bon avec les femmes. L’héroïne en est Gertie Girdle, jeune fille qui va poser « le » véritable ultimatum aux rebelles irlandais des Pâques sanglantes de 1916 : saurez-vous vous conduire en gentlemen, condition sine qua non pour être des héros après leur mort.

Marguerite Duras, nom de  dieu !

DURAS

Elle en avait du mal à le prononcer : Marguerite Donnadieu voua une haine farouche à son patronyme.  Duras ? La commune du Lot-et-Garonne où séjournèrent  sa mère et les trois enfants, de retour de Cochinchine après le décès du père. Un nom bien paisible, au regard des surnoms qu’elle eut le don d’attirer : entre autres, Pierre Desproges la traita de «papesse gâteuse des caniveaux bouchés». Il y eut aussi «littérature de Tampax».

Philippe Sollers, vive le Gaffiot !

SOLLERS

C‘est l’histoire d’un garçon de quinze ans qui fait son éducation sentimentale avec la bonne espagnole qui en a le double. Un succès, que cette Curieuse solitude faite de sentiments nettement de chair. La bienséance parentale intime à Philippe Joyaux, mineur de vingt ans – nous sommes en 1958 – de prendre un pseudo. Dans le Gaffiot, le bréviaire du gentil potache latiniste, Sollers signifie « Habile, ingénieux.»

Paul Auster, mieux vaut garder son nom

Paul Auster

C’est sous le faux nom de Paul Benjamin, que Paul Auster écrivit Fausse Balle. Il se la tira dans le pied : son premier roman fut son seul bide. L’écrivain new-yorkais  en signa  de son vrai nom sa Trilogie new-yorkaise.  Ouf, le succès mérité vint alors, pour le locataire de la plus célèbre chambre de bonne de Brooklyn. Une Trilogie dans laquelle  l’un des personnages porte le nom de l’auteur, sans pour autant être le narrateur : ah, l’identité !

Pennac, à l’aise Breizh !

PENNAC

Demandez à un corse de devenir breton : autant demander à un cancre de devenir écrivain ? Facile, appelez-vous Daniel Pennacchioni, faites chauffeur de taxi alors que votre père a été polytechnicien et général. Et fustigez l’armée qui vous a offert une enfance en Afrique : Le service militaire au service de qui, en 1973, le futur auteur de Chagrin d’école et de la tribu Mallausène n’est tout à coup plus un cancre. Il a coupé son nom, et c’est parti pour entrer chez Gallimard. 

 

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