Ces écrivains qui vécurent dans la misère

Dornac verlaine
© Dornac - Paul Verlaine au café

Avis aux amateurs, mieux vaut faire épicier qu’écrivain : c'est nettement plus sûr pour faire bouillir la marmite. Quant à taquiner la muse, c'est littéralement se vouer à tirer le diable par la queue. En attestent les cuisantes expériences d’illustres aînés. Liste non exhaustive.

Gutenberg en fut pour ses frais

Gutenberg

L’affaire commença sérieusement par du plomb dans l’aile : le génial  inventeur de l’imprimerie s’endetta jusqu’au cou pour financer sa trouvaille. Le banquier Johann Fust ne l’entendit pas de cette oreille. Il n’avait pas investi tant de florins dans l’aventure, pour que le présumé best-seller, la Bible de St Jérôme, fut un tel bide : au point que le banquier en acheva de ruiner Gutenberg devant les tribunaux. Par chance pour nous, cette Bible ne finit pas au pilon. Mais ce pauvre Gutenberg fut sauvé de l’indigence par l’archevêque de Mayence, avant de mourir dans l’anonymat provisoire.

Corneille, vraiment tombé dans la tragédie ?

Pierre de Corneille

« Ô rage ! Ô désespoir ! Ô vieillesse ennemie ! ». Le Cid, qui n’a tiré la langue au-delà de «N’ai-je donc tant vécu que pour cet infamie ? ». Justement, cent ans après sa disparition, une lettre anonyme datée de 1679 – Corneille a alors 73 ans - est envoyée au Journal de Paris par un certain Feydel. Selon celle-ci, un soir qu’il devisait rue St Jacques, Corneille dut entrer chez un savetier, tant son soulier était décousu. Plus un rond, Pierre ? Trois piécettes en poche. L’auteur de la lettre lui en aurait tendu sa bourse : «J’ay pleuré qu’un si grand génie fust réduit à tel excez de misère.»  Comédie ou tragédie ?

Charles Dickens, l’humiliation de l’enfance

Charles Dickens

Le petit Dickens a douze ans, quand papa impécunieux se retrouve sous les verrous. La honte, pour l’enfant : adieu l’insouciance et l’école qu’il aimait tant, c’est l’exploitation dans une fabrique de cirage. Naîtra Oliver Twist, l’orphelin dont se jouent ses camarades, livré à cette engeance de Fagin, un criminel. C’est aussi David Copperfield, écrit à la première personne, pour dénoncer le sort des enfants dans l’Angleterre victorienne. Les aventures de M. Pickwick, Nicolas Nickleby, Les Grandes Espérances... l’œuvre de Dickens est hantée par l’innocence confisquée. 

Edgar Poe, l’argent est carrément une fiction

Edgar Poe

Son histoire la moins extraordinaire ? La sienne. Vivre quarante ans, c’est court, mais dans une misère noire, c’est long. Et le pionnier du fantastique entra dans le lugubre tunnel de sa vie à l’âge de deux ans. Orphelin, rejeté par un père adoptif qui le vouait à un vrai métier, réfugié à l’armée dont il ficha le camp, amours incomprises, alcool, Edgar Poe les a cumulées. Tout un symbole, son poème Le Corbeau fut un succès immédiat : «Une fois, par un minuit lugubre, tandis que je m’appesantissais, faible et fatigué, sur maint curieux et bizarre volume de savoir oublié… .» A lire, sans tomber dans le delirium tremens.

Balzac, à s’en faire passer pour une femme

Balzac

Gobseck, le prototype de l’usurier, est un personnage-phare de La Comédie Humaine : c’est Picsou avant l’heure, plein aux as mais qui vit en rapiat. Balzac savait de quoi il parlait : en fait de logements, ce fut une course-poursuite dans Paris. D’abord rue des Batailles (avenue d’Iéna) où il loua sous le nom de la veuve Durand, puis à Passy, son actuel musée, où il devint Madame de Breugnol. A chaque fois, des pièces vides et un mot de passe pour entrer : et même, rue Raynouard, une porte de derrière pour filer à l’anglaise. Entre les deux, Balzac crut s’offrir une tranquillité, la Maison des Jardies à Sèvres. Encore raté, la Garde nationale l’y traqua. Le forçat de la plume mourra, son vœu exaucé : épouser enfin Mme Hanska. Dans la corbeille de la mariée, veuve la même année, une dette de 100 000 francs.

Verlaine, le maudit emblématique

La totale pâmoison devant Rimbaud ne fut pas la seule raison. C’est fou, le clochard que devint ce fils unique d’honnêtes gens, baptisé et appliqué. Longtemps Verlaine vécut chez maman, qui s’escrima à lui trouver chaussure à son pied. Et papa lui avait trouvé du boulot : employé dans une compagnie d’assurances, puis à la mairie de Paris. Mais non, la Commune de Paris le fit radier de l’administration. Et puis, même géniteur d’un petit Georges, Paul rêvait d’Arthur et de Lucien. Sa vie ? La poésie. Le reste n’est que déchéance : même l’acquisition d’une petite ferme avec le pécule de maman se solda par un fiasco. Ce fut l’absinthe et les salles d’hôpitaux. Jusqu’au mot Fin.

Jack London, le chercheur d’or arrivé  sur les chapeaux de roues

Jack London

Ca commence fort : son père veut que sa mère avorte et celle-ci fera deux tentatives de suicide avant de quasi-périr en couches. Demandez-vous pourquoi Jack London fut attiré par la nature : sauvage, uniquement. Avant d’être le premier auteur américain fortuné, Jack London aura vu du pays : et pas seulement l’Ouest et le Pacifique. Le père adoptif de l’auteur de Croc-Blanc et de L’Appel de la forêt le sauve du chaos originel, en lui offrant tout ce qu'il avait : la misère. Pas ingrat pour un sou, Jack London prend son nom et « gagne » sa vie : balayeur de jardins publics, éleveur de poulets, chasseur de phoques, pilleur d’huîtres, patrouilleur maritime, blanchisseur, chercheur d'or. Cochez ceux des petits boulots que vous avez faits. Et ajoutez sa vraie compétence : vagabond.

La mère d’Harry Potter touchait les alloc’s

JK Rowling

Quand l’idée lui vint, elle n’avait pas même un bic sous la main. Il est vrai qu’elle était dans un train, de surcroît en retard. L’un n’est pas censé empêcher l’autre : mais l’art de s’empêtrer dans les contingences matérielles ! L’étudiante Joanne Rowling paie des amendes, à force de rendre ses livres en retard à la bibliothèque : même quand il s’agit du Seigneur des anneaux. Avant qu'Harry Potter à l’école des sorciers ne fut accepté par un éditeur, la jeune mère divorcée touchait les allocations. Aujourd’hui milliardaire, elle consacre sa fortune à l’enfance déshéritée, aux familles monoparentales, et à la recherche sur la sclérose en plaques dont sa mère était atteinte.

 

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