Ces écrivains qui ont un grain (de génie)

écrivains fous
Portrait de Gérard de Nerval - © Nadar

"Il n'y a point de folie sans un grain de génie", affirmait Aristote dans sa Poétique. Il semblerait que beaucoup d'écrivains (et artistes en général) aient pris le philosophe au mot ! Le grain s'est même transformé en une véritable masse pour certains, faisant d'eux d'immenses auteurs dont nous ne cesserons de parler au cours des siècles, mais ce au prix d'une grande souffrance et d'un sentiment d'incompréhension total. Il faut dire qu'avec toute l'ouverture d'esprit dont nous sommes capables, il est difficile de saisir l'intérêt qu'avait Nerval à promener son homard en laisse... 

Guy de Maupassant

Guy de Maupassant

Le pauvre Guy souffrait de crises de paranoïa. Ajoutez à cela une mère dépressive et un frère mort fou et vous comprendrez d'où lui était venue l'écriture du Horla et autres nouvelles angoissantes. Maupassant était un solitaire : le seul homme qu'il voit comme un ami à ses yeux est le docteur Cazalis, à qui il écrit sa lettre d'adieu le 31 décembre 1891. Hors de question pour lui d'entamer une nouvelle année : 1892, ce sera sans lui ! Sauf que, voilà, le destin en a voulu autrement... Le destin, ou plutôt son domestique François Tassart, qui avait senti le coup venir : hop, on enlève les vraies balles du revolver et on laisse le maître de maison abasourdi face à l'ironie tragique de sa situation... 

Mais ceux qui ont lu les Petits suicides entre amis de Paasilinna savent qu'un suicidaire n'est jamais à court d'idées, surtout s'il est suicidaire et écrivain de métier... Maupassant casse donc une vitre et tente de s'ouvrir la gorge. Le 6 janvier 1892, il est interné dans la clinique psychiatrique du docteur Emile Blanche à Paris où il restera jusqu'à sa mort, le 6 juillet 1893. Autant dire que l'an 1892, il l'a senti passer, et même très lentement, le malheureux Guy... "Je suis entré dans la littérature comme un météore, j'en sortirai comme un coup de foudre", écrivait Maupassant avant que son grain ne se développe un peu trop. Echec pour l'ultime coup de feu, mais une chose est sûre, cher Guy, tu ne sortiras jamais de la littérature... 

Gérard de Nerval

Gérard de Nerval

Adoptez un homard ! Nerval affirmait qu'un homard "n'est pas plus ridicule qu'un chien, qu'un chat, qu'une gazelle, qu'un lion ou toute autre bête dont on se fait suivre", alors, si Nerval le dit et si on suit sa logique (en tout point rationnelle), pourquoi pas, après tout... Pour Nerval, c'est la maladie mentale qui fut "l'élaboration poétique et mystique d'un journal intime", et c'est 'grâce' à ses deux séjours à l'hôpital psychiatrique en 1853 et 1854 qu'il composa son chef-d'oeuvre, Aurelia. Comme quoi, rien de mieux qu'une bonne maladie psychique pour doper sa créativité. A bon entendeur... 

Ernest Hemingway

Ernest Hemingway

Hemingway fou ? Qu'est-ce qu'on raconte comme bêtises ? Certes, Ernest était un homme respectable, en tout point inègre et fan de pêche pour combler le tout. Rien de bien anormal, nous direz-vous. Jusqu'à ce qu'il se suicide en 1961 (oui, lui aussi... Le scénario folie ne change pas radicalement d'un écrivain à un autre, à ce qu'on dirait). La raison du suicide ? Hemingway considérait la vieillesse comme une insulte. Coup de folie ou coup de génie ? Quoiqu'il en soit, le concept est proche du sublime et nous fait méditer... 

Romain Gary

Romain Gary

Romain Gary alias Emile Ajar avait exactement la même conception de la vie. Enfin, de la mort... Enfin, des deux. Lui non plus ne souhaitait pas vieillir, c'est pourquoi il s'est donné un coup de revolver le 30 août 1979, à l'âge de soixante-six ans. De quoi nous faire penser que les écrivains sont tous des Peter Pan en puissance... Dans son ultime lettre écrite le jour J, l'auteur explique : "On peut mettre cela évidemment sur le compte d'une dépression nerveuse. Mais alors il faut admettre que celle-ci dure depuis que j'ai l'âge d'homme et m'aura permis de mener à bien mon oeuvre littéraire. Alors, pourquoi ? Peut-être faut-il chercher la réponse dans le titre de mon ouvrage autobiographique, La nuit sera calme, et dans les derniers mots de mon dernier roman : Car on ne saurait mieux dire. Je me suis enfin exprimé entièrement." 

Antonin Artaud

Antonin Artaud

Un grand fragile que ce célèbre intellectuel français dont la solitude fut également profonde et marquée. Artaud tombe malade très jeune et en garde des séquelles toute sa vie. La douleur est comme une vieille amie envahissante pour le pauvre Antonin qui lui consacrera toute son Oeuvre. Poète et homme de théâtre visionnaire, Artaud est très attaché aux drogues, qui lui permettent de fuir la souffrance l'espace de quelques heures. Après un voyage en Irlande à 41 ans, il est interné dès son retour en France à l'asile psychiatrique de Sotteville-Lès-Rouen, d'où il ne ressortira qu'une dizaine d'années plus tard. Il subira notamment des traitements aux électrochocs... L'écrivain meurt dans une maison de santé à Evry, un an après avoir fait une conférence où il raconte sa vie d'interné. 

Virginia Woolf

Virginia Woolf

L'auteure d'Une chambre à soi n'a pas eu une enfance facile, c'est le moins qu'on puisse dire... Agressée sexuellement par ses demi-frères durant des années, elle se retrouve orpheline de mère à seulement treize ans. Première grosse dépression pour la jeune Virginia. Toute sa vie, elle luttera contre ses hallucinations incessantes et ses idées morbides. Après la mort de sa mère vient la mort prématurée de son père, de sa demi-soeur et de son frère. Le recours à l'écriture est la seule chose qui l'apaise : "Je suis faite de telle sorte que rien n'est réel que je ne l'écrive", écrit-elle en 1937. Quatre ans plus tard, l'écrivaine ne se sent plus la force de lutter contre son impression de "redevenir folle". C'est ce qu'elle explique à son époux dans la dernière lettre qu'elle lui adressa avant de se jeter dans la rivière Ouse les poches remplies de cailloux...
 

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