Ces écrivains qui ont détesté voir l'adaptation de leur livre au cinéma

adaptation de livre au cinéma
© Portrait de Marguerite Duras - DR

Vous êtes peut-être de ceux qui ont préféré le livre ? Tout comme vous, certains écrivains se sont étranglés (l’un d’eux en est même mort) en découvrant l’adaptation pour le septième art de leur œuvre culte, même si la plupart de ces films ont rencontré un grand succès public et critique ! Il est tellement tentant de porter sur la toile ces textes parfaitement cinégéniques…

Uderzo : Asterix et Obelix mission Cléopâtre

Asterix et Obélix mission Cléopâtre

Ouvrons le bal des hostilités avec Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, réalisé par Alain Chabat. Uderzo, devenu unique gardien du temple depuis la mort du Goscinny (co-auteur de la mythique BD), a jugé que l’objet du culte avait été profané : un esprit éloigné de l'œuvre originale, un humour beaucoup trop « Canal », des personnages secondaires faisant de l’ombre à nos deux hérosBref, l’adaptation n’a pas trouvé grâce à ses yeux. « Ce n'est pas ce que j'avais imaginé des personnages » déclarera-t-il. Il a quelque peu atténué son ire après l’immense succès du film au box-office ! Il refusera ensuite de façon catégorique l’opus proposé par Gérard Jugnot pour la suite des aventures du Gaulois.

Stephen King : The Shining

The Shining

Le maître du conte d’épouvante goûta fort peu la version cinématographique de The Shining, l’enfant lumière et n’hésita pas à le clamer ! Pour Stephen King, Stanley Kubrick aurait dénaturé son roman : « son film est comme une grande et belle Cadillac sans moteur sous le capot »... Il livre dans le magazine Rolling Stone une analyse assassine : « le livre est chaud, le film est froid ; le livre finit en flamme, le film finit dans la glace. Et il est misogyne » (car le personnage de Wendy est transformée en une « serpillière hurlante »). Parmi les principaux griefs, le manque de nuance du personnage joué par Jack Nicholson : « dans mon livre, il y a un déroulement narratif où Jack Torrance essaie d'être bon, et c'est petit à petit qu'il arrive à un stade de folie. Quand j'ai vu le film, Jack m'a paru fou dès la première scène ».  Il finira par superviser lui-même une adaptation de son livre en téléfilm, dont personne ne se souvient…

Pamela Lyndon Travers : Mary Poppins

Mary Poppins

Mary Poppins, devenu sur le grand écran une comédie musicale mêlant acteurs et dessin animé, remporta pas moins de cinq oscars et est considéré comme l'un des chefs d'œuvre des studios Disney. Une adaptation un peu trop sucrée au goût de Pamela Lyndon Travers, qui a inventé le personnage de la fameuse nanny. Même si elle avait accepté le script qui lui avait été soumis, les remarques et modifications que Travers avait apportées ont été ignorées ! Ce qui a passablement agacé la romancière… Malgré ses coups de gueule, elle se rend à la première et, si l'on en croit ce que l'on dit, « finit par chialer toutes les larmes de son corps ». Ce bras de fer est relaté dans le film Dans l'ombre de Mary.

Winstom Groom : Forrest Gump

Forrest Gump

Forrest Gump. Comme d’autres parmi ses consœurs et confrères, Winston Groom reproche au film dirigé par Robert Zemeckis d'avoir édulcoré le propos (moins de sexe, moins de langage cru), d’avoir omis certains points de l’intrigue, bref, d'avoir dénaturé son œuvre. Au passage, l’auteur n’a pas touché les 3% de bénéfices négociés dans son contrat. D’après la production, le film n’aurait pas fait de profit ! D’ailleurs, Groom n’a même pas été évoqué lors de la soirée des Oscars où le film remporta tout de même six statuettes.

Anthony Burgess : Orange mécanique

Orange Mécanique

Anthony Burgess a détesté l’adaptation de son œuvre Orange Mécanique, à tel point qu’il souhaitera ne jamais l’avoir écrit. N’y voyant qu’une glorification du sexe et de la violence, il regrettera que son livre et son nom soient associés à ce message qui le poursuivra jusqu’à sa mort.

Richard Matheson : Je suis une légende

Je suis une légende

Richard Matheson se paie le luxe d’avoir exécré trois adaptations de son roman au cinéma. Le dernier homme sur Terre (avec Vincent Price) : mal dirigé et mal casté. Le Survivant (avec Charlton Heston) : « tellement éloigné de ce que j'ai écrit que ça me laisse indifférent ». Et vlan ! Lorsqu’il entend parler de la sortie de Je suis une légende (avec Will Smith), il déclare, un brin vénère : « je ne sais pas pourquoi Hollywood est tant fasciné par mon livre, alors qu'ils n'ont jamais voulu le filmer tel que je l’ai écrit ». Maintenant qu'il est mort, peut-être qu'un studio va enfin faire une adaptation fidèle...

Ken Kesey : Vol au-dessus d'un nid de coucou

Vol au-dessus d'un nid de coucou

Vol au-dessus d'un nid de coucou. Tout le monde a aimé le long métrage réalisé par Milos Forman... Sauf l’auteur de l’œuvre originale Ken Kesey. D'abord investi dans le tournage en tant que superviseur, il a quitté les plateaux au bout de deux semaines et n'a cessé de dire du mal d'un film qui a remporté le grand chelem des Oscars (film, réalisateur, scénario, acteur, actrice). Il a toujours prétendu qu'il ne l'avait jamais regardé, bien que sa femme ait avoué après sa mort qu'il était tout de même heureux qu’il ait vu le jour !

Bret Easton Ellis : American Psycho

American Psycho

Bret Easton Ellis n’y va pas par quatre chemins : American Psycho est raté, sans intérêt, et trahit l’ouvrage qui l’a fait naître. Un roman impossible à transposer sur écran selon lui : « il s'intéresse à la conscience et on ne peut pas vraiment traduire la complexité de cette sensibilité-là ». Le film ferait notamment passer le personnage de Patrick Bateman pour un monstre alors que le roman « est beaucoup plus ambigu que ça ». Il n’a pas été plus tendre avec l’adaptation de The Informers, pour lequel il a pourtant travaillé le script. « Ce film ne fonctionne pas pour beaucoup de raisons, mais je ne pense pas que l’une de ces raisons viennent de moi ». Peut-être un problème d’ego hypertrophié Bret Easton ? Quant à Moins que Zéro, son adaptation ciné est « obviously bad ». En clair, il n’était pas fan.

Francis Scott Fitzgerald : Gatsby le magnifique

Gatsby

Heureusement pour lui, Francis Scott Fitzgerald n'a eu le temps de ne voir qu'une des nombreuses adaptations de son somptueux Gatsby le magnifique. C'est donc la première (celle de 1926, une version muette) que lui et sa femme Zelda ont détestée. Ils seraient même sortis de la salle avant la fin de la projection. Il n'existe pas de déclaration officielle de l'écrivain américain, mais sa chère et tendre aurait par la suite qualifié le film de « rotten and awful and terrible », ce qui correspond plus ou moins à nul, affreux et horrible... Voilà, ça va mieux en le disant !!

Marguerite Duras : L’amant

L'amant

Bien qu’elle se soit initialement associée au tournage de L’Amant dirigé par Jean-Jacques Annaud, Marguerite Duras a rapidement abandonné tout projet de collaboration. À la sortie du film, elle a surtout critiqué le fait qu’Annaud en fasse une histoire racontée, trop banale, trop explicite. Duras aurait même commencé à détester son propre roman : « je l'ai écrit quand j'étais soûle » aurait-elle déclaré. Et puis elle a soudainement affirmé que le livre n'était pas autobiographique et l’a carrément réécrit pour publier un genre de v2 : L'Amant de Chine du Nord. Ses déclarations sont pourtant contradictoires : si elle a dans un premier temps détesté le film, elle a fini par dire qu'il était « formidable ». Souvent femme varie…

Boris Vian : J’irai cracher sur vos tombes

J'irai cracher sur vos tombes

Fasciné par la sensualité animale des films de l’âge d’or hollywoodien, qui lui ont d’ailleurs fortement inspiré son pseudonyme Vernon Sullivan, Boris Vian signera au cours de sa brève existence une trentaine de scénarios, qui finiront sur une étagère. Ironie du sort, le seul qui sera porté à l’écran sera celui qu’il déteste, l’adaptation de son sulfureux J’irai  cracher sur vos tombes. L’illustre Boris ne s'est pas privé de le massacrer dans les médias, annonçant même qu'il ferait enlever son nom du générique. Malgré tout, le 23 juin 1959, il se rend à la projection du film. Il succombe à une crise cardiaque dans l’obscurité de la salle de cinéma. Un ultime rendez-vous manqué avec le cinéma…

 

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