Ces écrivains gastronomes

ces écrivains gastronomes
Marguerite Duras à table, rue Saint Benoit, Saint Germain Des Prés, Paris (1955) - © Getty Images

Nos illustres femmes et hommes de lettres pouvaient aussi s’avérer de fieffés gourmands et gourmets, n’hésitant pas à passer derrière leurs fourneaux pour régaler leurs tablées d’amis. Nous avons déniché pour vous quelques-unes des recettes fétiches de ces plumes épicuriennes… Essayez-les et faites-nous part du résultat !

gastronomie littérature

© Fotolia / Comugnero Silvana

La soupe aux poireaux de Marguerite Duras

Saviez-vous que Marguerite Duras était une excellente cuisinière ? Cet être cérébral aimait s’adonner au bonheur de cuisiner et recevoir. Et se charger de l’intendance de sa grande bâtisse de Neauphle-le-Château, dans les Yvelines. « A Neauphle, souvent, je faisais la cuisine au début de l'après-midi. Ça se produisait quand les gens n'étaient pas là, qu'ils étaient au travail ou en promenade aux Etangs de Hollande, ou qu'ils dormaient dans les chambres. Alors j'avais à moi tout le rez-de-chaussée de la maison et le parc. C'était à ces moments-là de ma vie que je voyais clairement que je les aimais et que je voulais leur bien. La sorte de silence qui suivait leur départ je l'ai en mémoire. Rentrer dans ce silence c'était comme rentrer dans la mer. C'était à la fois un bonheur et un état très précis d'abandon à une pensée en devenir, c'était une façon de penser ou de non penser peut-être – ce n'est pas loin – et déjà, d'écrire ” confie-t-elle.

Dans La Cuisine de Marguerite, publié après sa mort par son fils Jean Mascolo, elle détaille la préparation de ses plats préférés : la soupe aux poireaux, la potée, la confiture d’oranges amères. Les puristes déploreront qu’elle ne se soucie guère des quantités et de la précision mathématique qu’on recherche généralement en cuisine... Les autres se délecteront, et apprendront que la clé pour réussir une soupe aux poireaux, c’est de la faire cuire vingt minutes et non deux heures !« La soupe aux poireaux. On croit savoir la faire, elle paraît si simple, et trop souvent on la néglige. Il faut qu'elle cuise entre quinze et vingt minutes et non pas deux heures – toutes les femmes françaises font trop cuire les légumes et les soupes... »

Sa recette de soupe aux poireaux : 

Soupe de poireaux Marguerite Duras

Ingrédients (pour 6 personnes) : 1 kg de pommes de terre, 2 poireaux, 40 g de beurre doux ou 1 cuiller à soupe de crème fraiche, gros sel de mer, poivre du moulin

Pelez les pommes de terre, lavez-les, coupez-les en petits morceaux. Préparez les poireaux, enlevez les racines, fendez-les en deux et lavez-les sous l’eau froide et émincez-les finement. 
Dans une cocotte, versez 1,5 l d’eau, salez et mettez les pommes de terre. Lorsque l’eau arrive à ébullition, ajoutez les poireaux, couvrez et laissez cuire 20 mn.
Rectifiez l’assaisonnement, ajoutez le beurre ou la crème fraiche, selon votre goût, quelques tours de moulin à poivre et servez aussitôt, accompagnée de croutons grillés.

Le coq en barbouille de George Sand 

George Sand était elle aussi un vrai cordon bleu. Dans son château de Nohant, Musset, Chopin, Dumas fils, Balzac, Delacroix, Liszt, Flaubert avaient leurs habitudes, à qui elle mitonnait une cuisine simple et savoureuse, des plats traditionnels et authentiques, à partir de produits berrichons. Elle appréciait entre tous le coq en barbouille. Préparée en faisant cuire un jeune coq d’un an agrémenté d’oignons émincés et de quelques rondelles de carottes, cette recette a une sauce originale réalisée avec le sang de la volaille délayé dans de la fécule. De nos jours, cette recette est parfaite lorsque l’on fait appel au nec plus ultra de la volaille berrichonne : la poule noire du Berry. Race créée en 1912 mais disparue après-guerre, elle est revenue sur le devant de la scène en 1975 grâce aux recherches d’un passionné. 

Sa recette de coq en barbouille

Coq en barbouille

Crédit photo : le-petit-berrichon.com

Ingrédients (pour 4 personnes) : un beau coq huile d’arachide, farine, quelques oignons émincés, quelques rondelles de carottes, vieux cognac flambé, un bon beaujolais, thym, laurier, une pointe d’ail, 250 g de champignons émincés

Prendre un beau coq d’un an. Recueillir le sang. Le couper en belles portions. Le faire bien dorer à l’huile d’arachide. Ajouter un peu de farine, continuer à faire dorer pour que la farine soit bien blonde. Ajouter quelques oignons émincés et quelques rondelles de carottes. Arroser copieusement d’un vieux Cognac, flamber. Déglacer avec un bon Beaujolais et moitié bouillon (à défaut, de l’eau). Ajouter thym, laurier, une pointe d’ail. Recouvrir et laisser cuire doucement. D’autre part dans une casserole, faire braiser 15 petits oignons avec un peu de sucre. Quand ceux-ci sont bien dorés, y ajouter quelques petits lardons coupés en morceaux et cuits à l’avance, et 250 g de champignons émincés. Bien faire suer le tout, casserole couverte. Liaison : prendre le sang, ajouter de la fécule délayée dans un peu d’eau, et mélanger le tout à la cuisson du coq.

La garbure gasconne de Théophile Gautier

Théophile Gautier n'était pas seulement l'écrivain loué par Baudelaire pour son style d'une « justesse qui ravit, qui étonne, et qui fait songer à des miracles produits dans le jeu par une profonde science mathématique ». Dandy en guerre contre les conventions, il n'en était pas moins fine gueule, fasciné autant par Rabelais que par les orgies et banquets antiques (nombre passage de ses romans et nouvelles en font foi). Révolutionnaire (du moins en littérature) certes, mais couteau et fourchette à la main. « Moi, le matin, aurait-il déclaré, ce qui m'éveille, c'est que je rêve que j'ai faim. [...] La viande me lève. ». Alors logiquement, il ne rechignait point à jouer les maîtres queux pour ses convives. Certains de ses mets – le risotto à la milanaise, notamment – avaient acquis une réelle célébrité au sein du Paris artistique. Même les frères Goncourt, pourtant jamais avares de rosseries, le reconnaissaient volontiers. Convivial, bon vivant, truculent, amateur de plaisirs terrestres, l’auteur du Roman de la momie, qui se vantait de maintenir sa force de Samson grâce au vin de Bordeaux, au gigot et à la manipulation des haltères, aimait les plats gaulois roboratifs. 

Sa recette de garbure gasconne :

theophile gautier garbure gasconne

Ingrédients (pour 8 personnes) : 1 chou, 8 pommes de terre, 8 carottes, 2 navets, 2 poireaux, 300 g de haricots blancs, 2 oignons piqués d'un clou de girofle, 4 gousses d'ail, un bouquet garni (thym, persil, laurier). Viandes diverses en proportion, selon le goût et l'appétit : talon de jambon, jarret de porc séché, gésiers, cuisses de canard confit.

La veille : faire tremper si nécessaire les haricots blancs.

Le jour même : mettre, dans une grande cocotte remplie d'eau, le chou détaillé en lamelles épaisses, les autres légumes épluchés et coupés grossièrement et le bouquet garni. Saler, poivrer légèrement. Ajouter les morceaux de viande ainsi que la graisse d'oie.

Porter à ébullition. Faire mijoter doucement pendant 1 heure. À la fin de la cuisson, retirer le bouquet garni, désosser les viandes, et les couper en morceaux avant de les remettre dans la cocotte.

Servir accompagné de fines tranches de pain de campagne rassis.

… et celle du Miasson gascon, un gâteau traditionnel tout aussi nourrissant !

Battre 150 g de sucre en poudre, 3 œufs entiers et 1 c à soupe de fleur d'oranger jusqu'à obtention d'un mélange mousseux.

Ajouter 150 g de farine de millet - ou, à défaut, de maïs - et 1/2 l de lait. Mélanger. Verser dans un moule à tarte à manqué bien beurré.

Mettre 35 mn environ au four préchauffé à 160 °C.

La casserole au riz à la bourgeoise d'Alexandre Dumas 

Alexandre Dumas, le pape des écrivains gastronomes, était petit fils d'aubergiste. C'est ainsi qu'il fut initié à la cuisine, et inventa par exemple le poulet à la ficelle et la broche à trois étages, où rôtissent, d'un seul mouvement, une oie, six bécasses et une douzaine de cailles, la graisse et le jus de la première enrichissant les secondes qui enrichissent les troisièmes. Cuisiner émérite, il s'est passionné toute sa vie pour la gastronomie. Il a même rédigé un Grand Dictionnaire de Cuisine (écrit « dans un moment de délassement » et achevé quelques mois avant sa mort et publié deux ans après) dont les recettes, se révèlent peu précises mais terriblement apéritives !

Sa recette de casserole au riz à la bourgeoise :

Braisez un morceau de viande cuit, égoutté, dressez-le, couvrez-le de riz croquant avec bouillon arrosé de lard, formez une masse demi-ronde et mettez au four afin que la croûte soit bien formée, et servez à sec. Casserole au riz à la reine. Hachez les blancs de deux poulardes avec champignons, cuisez, pilez, délayez ; vous passez cette purée avec de la béchamel travaillée de consommé de volaille à l' essencede champignons, à l'étamine blanche, et la mettez au bain-marie afin qu'elle devienne presque bouillante sans ébullition ; versez-la ensuite dans votre casserole au riz ; placez dessus en couronne, et pour servir de couvercle, six œufs frais pochés à l'eau bouillante avec sel et un demi-litre de vinaigre, placez en travers sur chaque œuf un filet mignon de poulets à la Conti. Masquez le milieu des œufs avec un peu de béchamel, glacez légèrement et servez.

... et celle de gâteau de la Madeleine (ancêtre de nos madeleines contemporaines) : 

Dumas madeleine

Recette avec les unités de mesures de l’époque, aujourd’hui oubliées de nos livres de recettes modernes... Un véritable exercice de calcul mental !

Cassez dix œufs dont vous séparez les blancs et les jaunes ; battez les jaunes avec trois quarterons de sucre en poudre, une pincée de citron vert haché et un peu de sel fin ; ajoutez-y une demi-livre de farine fine et mêlez bien le tout ; incorporez dans cette composition un bon morceau de beurre fin clarifié ; ajoutez-y six blancs d’œufs bien fouettés et finissez votre pâte ; beurrez ensuite de petits moules à la Madeleine, remplissez-les de cette pâte et faites-les cuire à un four doux et servez.

Le craquelin de Colette 

Colette, la grande, la sage Colette a écrit : « Le vrai gourmet est celui qui se délecte d'une tartine de beurre comme d'un homard grillé, si le beurre est fin et le pain bien pétri ». Si elle a souvent évoqué les vins qu'elle a bus et aimés, elle ne leur a jamais consacré un livre entier. C'est bien dommage parce qu'après Baudelaire aucun écrivain n'a parlé avec autant de justesse et de grâce du plaisir de déguster et de lamper. Colette avait la passion du vin. Dès l'âge de 3 ans, raconte la légende, un verre de Frontignan la jeta dans l'extase. « Coup de soleil, choc voluptueux, illumination des papilles neuves ». Sa mère, Sido, initia l'adolescente à de prestigieuses appellations. « J'eus des Château-Larose, des Château-Lafite, des Chambertin et des Corton qui avaient échappé en 70 aux Prussiens. […] La mère rebouchait la bouteille entamée et contemplait sur mes joues la gloire des crus français ». Avec ses maris, amants et amantes, elle découvre chaque fois de nouveaux plaisirs bachiques. Champagnes, bordeaux, vins du Jura et de Provence, rosé de Saint-Tropez, beaujolais, jurançon, et même un modeste rouge de Corrèze « dur à la bouche comme un juron ». « À bouère, à bouère, patron ! » réclame-t-elle, « on est en plein Goncourt. Mais je n'ai plus une goutte à boire pour me donner la force de lire – et de couronner »… Sa littérature laisse une grande place à la nourriture et au plaisir de la chère. Réelle passionnée de cuisine, de saveurs et de senteurs, elle a aussi laissé derrière elle des écrits sensuels sur les moments de cuisine qu'elle vivait et l'ambiance des fourneaux. 

Sa recette de craquelin (variante des échaudés, pâtisserie médiévale, que l’on trouve encore  notamment en Vendée) : 

craquelin

Ingrédients pour une trentaine de craquelins : 250 g de farine, 125 g de beurre, 1 pincée de sel, 15 cl de lait, 30 g de sucre, un œuf entier, un jaune d’œuf (+ un deuxième pour dorer les biscuits)

Pétrissez ensemble tous les ingrédients jusqu’à obtention d’une boule bien homogène et souple. Laissez-la reposez à température ambiante pendant 2 heures en recouvrant d’un linge puis étalez-la sur un plan de travail fariné en une abaisse d’environ 1 cm d’épaisseur. Détaillez des lanières de 2 cm de large et 12 cm de long. Arrondissez ces lanières en forme de boudin puis nouez-les individuellement. Disposez les craquelins sur une plaque anti-adhésive et badigeonnez-les au pinceau de jaune d’œuf. Mettez à four préchauffé th. 7 pendant une trentaine de minutes. Au sortir du four saupoudrez-les de sucre et dégustez sans attendre 

Le gâteau au chocolat de Roald Dahl 

Un élément est omniprésent dans les romans de Roald Dahl : la nourriture en général, et plus précisément les sucreries. Il se décrivait comme un grand gourmand en se remémorant les confiseries de son enfance. Bien évidemment, dans le fameux Charlie et la chocolaterie, le chocolat est un des protagonistes de l’histoire. Dans James et la grosse pêche, la pêche, traversant la ville, heurte une fabrique de confiserie : « aussitôt, un torrent de chocolat fondu, tout chaud encore, jaillit par les brèches. Au bout d’une minute, la masse onctueuse et brune avait envahi toutes les rues du village, les maisons, les boutiques et les jardins. Les enfants se promenaient dans les flots de chocolat fondu qui leur arrivaient jusqu’aux genoux, quelques-uns essayèrent même d’y nager, sans oublier d’en avaler, d’énormes gorgées. La bouche pleine, la figure barbouillée, ils hurlaient de joie ». 
Après sa mort, son épouse Felicity rassemble les mets « délicieusement épouvantables » des récits de son défunt mari dans un livre de recettes : Les irrésistibles recettes de Roald Dahl.

Le gâteau au chocolat de Bruce dans Matilda :

gateau chocolat matilda

© Jonathan Boulton - Delish.com

Ingrédients : 450 g de chocolat, 120 g de beurre, 130 g de sucre, 32 g de farine, 6 œufs, le blanc et le jaune séparés, 230 ml de crème liquide entière

Préchauffer le four à 180° et beurrer un moule. Faire fondre la moitié du chocolat et le beurre. Mettre le tout dans un saladier et ajouter le sucre, la farine et les jaunes d'œufs légèrement battus. Battre les blancs en neige et les incorporer petit à petit. Mettre le mélange dans le moule et faire cuire pendant 35 minutes. Pour le glaçage, faire fondre le reste de chocolat avec la crème à feu doux. Laisser refroidir puis étaler sur le gâteau. Et surtout ne pas tout manger tout seul.

La fameuse rivière de chocolat de Willy Wonka qui a coûté la peau d'Augustus Gloop : 

Ingrédients : 100 g de chocolat au lait, 100 ml de lait, quelques marshmallows, une cuillerée de Nutella, une barre chocolatée

Écraser la barre chocolatée toujours dans son emballage avec un rouleau à pâtisserie. Faire fondre les miettes dans un bol au micro-onde en ajoutant petit à petit le lait. Fouetter le mélange et mettre dans un mug. Pour plus de gourmandise, ajouter des marshmallows et du Nutella.

En 1935, alors qu'il vivait dans la chambre 511 de l'Hôtel Ambos Mundosà La Havane, Hemingway, célèbre pour ses excès de boisson, a contribué avec trente personnalités de l'époque à la rédaction d’un recueil de recettes de cocktails (on lui attribue d’ailleurs la paternité du Daïquiri). Mort dans l'après-midiest l'un de ces breuvages. Il a baptisé son cocktail du nom d'une de ses œuvres éditée en 1932, sur le thème de la tauromachie, de la peur, du courage, de la vie et de la mort. Hemingway conseillait d’en boire trois à cinq verres lentement, pour atteindre l'effet de mort ressenti sous la chaleur en plein après-midi d'un été tropical.

Ingrédients : flûte à champagne, 1/4 d'absinthe, 3/4 de champagne

Dans une flûte à champagne, verser 1/4 d'absinthe, ajouter 3/4 de champagne glacé jusqu'à ce que le mélange atteigne le niveau laiteux approprié. L'absinthe peut être ajoutée à la flûte après le champagne, certaines absinthes vont flotter sur le champagne durant un court instant puis se mélanger avec un effet visuel surprenant.

Le pavé de boeuf et le hamburger d'Hemingway

Ce plat était l’un des préférés de l’écrivain, il lui était servi lors de ses passages au Café de Flore… 

Sa recette de pavé de boeuf pommes pont-neuf : 

Ingrédients pour 4 personnes : 4 pavés de rumsteck, 1/2 litre de fond de veau, 25 cl de bourbon ou whisky, poivre mignonnette, 2 x 10 gr de beurre, 1 c à soupe de crème fraîche, 1 à café de moutarde forte

Enrober les pavés de rumsteck de poivre. Dans une casserole, faire fondre 10 gr de beurre. Faire croûter les pavés des 2 côtés. Flamber avec l’alcool. Réserver. Déglacer avec le fond de veau. Ajouter la moutarde, délayer. Ajouter le reste du beurre pour glacer la sauce. Dresser les pavés dans les assiettes et napper avec la sauce. Servir accompagné de frites façon “Pommes Pont-Neuf” (ainsi se nomme la frite parisienne. Les premières frites auraient été vendues sur le Pont-Neuf, à Paris).

...et son hamburger comme " Papa ", surnom affectueux donné à Hemingway  : 

Hamburger Hemingway

Ingrédients : 500 g. de viande hachée de bœuf maigre, 2 gousses d'ail émincées, 2 petits oignons frais finement ciselés, 1 cuillère à café bien tassée de relish indien (condiment préparé à base de légumes marinés façon chutney), 2 cuillères à soupe de câpres, 1 cuillère à café bien tassée de sauge, 1/2 cuillère à café d'assaisonnement Beau Monde de la marque Spice Island (un mélange d'oignon, de céleri et de sel réduit en poudre), 1/2 cuillère à café de préparation Mei Yen de la marque Spice Island (que l'on peut remplacer par 3 pincées de sel, 3 pincées de sucre et 1 pincée de glutamate le tout lié par quelques gouttes de sauce soja), 1 œuf battu à la fourchette, 1/3 de verre de vin blanc ou de vin rouge, 1 cuillère à soupe d'huile pour la cuisson

Avec une fourchette, mélanger la viande hachée avec l'ail, les différentes épices et les oignons. Laisser reposer 10 à 15 minutes. Ajouter le relish indien, les câpres et le vin. Laisser mariner 10 minutes supplémentaires. Former les burgers avec la paume de la main sans trop les tasser.  

Pour rester fidèle à la recette originale : Hemingway préférait ses burgers cuits à la poêle plutôt que grillés. Aussi, faire chauffer l'huile dans une poêle. Saisir les burgers à feu vif 1 minute sur chaque face puis baisser le feu et laisser cuire 3 minutes jusqu'à ce que la viande soit bien rosée. La glisser entre deux pains tiédis. Dégustez avec une salade.  

Le poulet à la crapaudine de Victor Hugo 

« L'histoire naturelle connaît trois grands estomacs  : le canard, le requin et Victor Hugo » aurait déclaré Sainte-Beuve… Son arrière, arrière, arrière petit-fillot Florian Hugo le confirme : « Mon ancêtre était un gros mangeur, un homme plus ogre que gourmet. Il voulait voir beaucoup de plats à table pour faire des gribouillis, comme il disait : il piochait dans tous les plats et mangeait un peu de tout ». Victor Hugo raffolait particulièrement d'oranges qu'il croquait à même la peau ou de homard, qu'il dévorait dans sa carapace ! Point de chichi avec Victor. « Il mangeait comme il embrassait la vie : passionnément et pas toujours dans la finesse », décrit son descendant. Et ce dès le matin où il gobait des œufs au petit déjeuner. Ses autres goûts l'entraînaient souvent à dévorer des côtelettes ou du bœuf en sauce après des asperges en entrée…

« Comme la fin de mon perdreau coïncidait avec la fin de sa phrase, je répondis en me tournant vers le garçon : une autre assiette ». D’après de multiples témoignages de ses contemporains, le poulet à la crapaudine demeura toujours le plat préféré de l’écrivain.

Sa recette de poulet à la Crapaudine : 

Hugo Poulet à la crapaudine

Pour 4 personnes - Difficulté : facile - Préparation : 1 h 

Ingrédients : 2 petites volailles de ferme ou coquelets, piment de Cayenne ou d’espelette, 5 cl d’huile d’olive infusée avec : 1 gousse d’ail hachée, 2 branches de romarin hachés, 2 piments doux sel et poivre ; pour la fondue d’oignons rouges : 6 oignons rouges émincés, 6 gousses d’ail dégermées, 5 cl d’huile de pépin de raisin, 10 g de poivre de sichuan ; pour la sauce à la diable : 20 g de beurre, 4 échalotes émincées, 4 gousses d’ail écrasées et dégermées, 2 piments rouges épépinés et émincés (ou 1 poivron rouge + poivre de Cayenne), 2 cl de vin blanc, 10 cl de glace de volaille (ou de veau), le jus de 1 citron, 1 cuillérée à soupe de sauce Worcestershire, sel et poivre. 

La sauce à la diable • Dans une petite cocotte, faire suer les échalotes, l’ail et les piments dans le beurre. • Déglacer au vin blanc, ajouter la demi-glace et laisser mijoter pendant15 minutes. • Mixer le tout au blender pour obtenir une sauce bien lisse et de consistance crémeuse. • Assaisonner avec le jus de citron, la sauce Worcestershire, sel et poivre. La fondue d’oignons • Faire revenir les oignons et l’ail dans l’huile très chaude pendant quelques minutes et sans coloration. • Ajouter le poivre de Sichuan et couvrir. • Faire cuire jusqu’à ce que les oignons soient translucides. • Rectifier l’assaisonnement en sel. La cuisson de la volaille • À l’aide d’une paire de ciseaux, couper le dos de la volaille en deux et ouvrir celle-ci comme un portefeuille. • Aplatir le tout, sans trop presser et abîmer les chairs. • Badigeonner de tous côtés avec l’huile infusée et laisser mariner pendant 15 minutes minimum. • Insérer de manière transversale 2 longs bâtonnets ou brochettes en métal à travers chaque aile (en passant par le cou ou bréchet) pour bien les maintenir à plat durant la cuisson. • Faire chauffer le gril et le badigeonner d’huile à l’aide d’un chiffon ou de papier absorbant. • Marquer la volaille côté peau pendant 6 à 8 minutes, puis la tourner à 90 degrés (pour un beau quadrillage) et la faire cuire encore 7 à 8 minutes. • Retourner la volaille et l’enfourner à 180 °C (th.6) pour 8 minutes afin d’achever la cuisson. • Badigeonner à chaque étape d’huile infusée. • Laisser reposer en fin de cuisson pendant 5 minutes. Le dressage • Couper la volaille en quatre et servir 2 morceaux dans chaque assiette, avec de la fondue, ou disposer tous les morceaux dans un grand plat, entourés de fondue. • Faire chauffer la sauce et la servir en saucière. 

L'omelette de Balzac 

Pour le tourangeau Honoré de Balzac, l’amour des belles lettres et celui de la bonne chère allaient de pair. Travailleur acharné et compulsif, l'auteur d'une centaine de romans et nouvelles, mort à 51 ans, était un adepte de l'excès. Quand il était attelé à un roman, et à raison de dix-huit heures par jour, il se contentait de fruits, d'œufs à la coque, de sardines grillées, buvait de l'eau et surtout du café, un café très noir qu'il assimilait à une potion magique. Une fois le manuscrit remis à l'imprimeur, il passait de la frugalité exagérée à la voracité démesurée. Même en prison (car ayant refusé l'obligation de servir dans la Garde nationale), Balzac se fit donner 200 francs par son éditeur cent francs et commanda un festin chez Véfour.
Il a parlé avec amour et regrets des rillettes de Tours dans Le Lys dans la vallée : « Les célèbres rillettes et rillons formèrent l'élément principal du repas que nous faisions au milieu de la journée (...) Cette préparation, si prisée par les gourmands, paraît rarement sur les tables aristocratiques. Je n'avais jamais eu le bonheur de voir étendre pour moi cette brune confiture sur une tartine de pain ». Quand plus tard, il reçut le bon à tirer d'un de ses ouvrages, il siffla pour fêter l'occasion quatre bouteilles de Vouvray, vin de son cher terroir natal. Il vouait en effet une véritable passion aux vins de Touraine, surtout au vouvray qui, « bien conservé, […] est un vrai velours » (L’Illustre Gaudissart). D’ailleurs, Théophile Gautier a dépeint l’écrivain comme un buveur « pantagruélique. Quatre bouteilles de vin blanc de Vouvray, un des plus capiteux qu’on connaisse, n’altéraient en rien sa forte cervelle et ne faisaient que donner un pétillement plus vif à sa gaieté ».

Balzac a livré dans La Rabouilleusele secret du Docteur Rouget pour obtenir une omelette plus délicate : « On devait, selon lui, faire arriver le blanc à l’état de mousse, y introduire par degrés le jaune, et ne pas se servir d’une poêle, mais d’un cagnarden porcelaine ou de faïence. Le cagnard est une espèce de plat épais qui a quatre pieds, afin que, mis sur le fourneau, l’air, en circulant, empêche le feu de le faire éclater. En Touraine, le cagnard s’appelle un cauquemarre ».

Les oeufs à la coque de Vladimir Nabokov 

Donnons le dernier mot à Vladimir Nabokov (farceur, poétique et prosaïque à la fois) : il nous livre sa recette des œufs à la coque qui deviennent des œufs à la nabocoque… 

Sa recette d'oeufs à la coque : 

Nabokov oeufs à la coque

Faire bouillir de l’eau dans une casserole (quand les bulles apparaissent, c’est que ça bout !). Prendre dans le frigo deux œufs (quantité pour une personne). Les passer sous l’eau chaude courante pour les préparer à ce qui les attend. Les placer l’un après l’autre dans une cuillère et les faire glisser silencieusement dans l’eau (bouillante). Consulter sa montre. Se tenir au-dessus d’eux avec une cuillère prête à les empêcher de heurter les fichus bords de la casserole (ils ont tendance à rouler). Si malgré tout un œuf se fissure dans l’eau (qui bout maintenant comme une enragée) en commençant à dégorger un nuage d’une substance blanche, comme un médium de l’ancien temps, le retirer et le jeter. En prendre un autre et faire plus attention. Au bout de 200 secondes - mieux vaut compter 240 avec les interruptions - entreprendre de repêcher les œufs. Les placer chacun dans le coquetier, le gros bout vers le haut. Tapoter en rond autour de la coquille avec une petite cuillère, puis enlever ce couvercle en faisant levier. Prévoir du sel et du pain blanc (beurré).

 

Bon appétit !!

 

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