Ces écrivains qui avaient l'esprit de Noël (ou pas!)

ces écrivains et Noël
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Les fêtes de Noël ne suscitent pas l’enthousiasme de tous : certains sont allergiques à l’allégresse des enfants, les victuailles, la tension des retrouvailles familiales, les cadeaux mal choisis, en un mot, l’électricité ambiante... Qu'en est-il donc des écrivains ?

Paul Eluard, allergique à Noël

Paul Éluard, le premier, bat en brèche l’idée selon laquelle Noël serait forcément synonyme de félicité. Iconoclaste, le poète l’affirme sans ambages à son ami Joë Bousquet : « Noël ? Je hais Noël, la pire des fêtes, celle qui veut faire croire aux hommes qu’il y a quelque chose DE MIEUX sur la terre, toute la cochonnerie des divins enfants, des messes de suif, de stuc et de fumier, des congratulations réciproques, des embrassades des poux à sang froid sous le gui. Je hais les marchands de cochon et d’hosties, leur charcuterie, leur mine réjouie. La neige de ce jour-là est un mensonge, la musique des cloches est crasseuse, bonne au cou des vaches. » Voilà voilà, rien à ajouter…

Fuir Noël avec Sylvain Tesson

Dans la nouvelle le Téléphérique, Sylvain Tesson fait lui aussi sa fête à Noël… Ernst et Karl ne supportent plus Noël et le massepain de Greta : « Au fil des ans, les deux frères durcis par l’altitude avaient commencé à redouter l’approche du 24 décembre. Fêter la naissance du stoïcien crucifié par une bombance heurtait leur protestantisme. Et ces airs ravis des convives qui vous plantaient des couteaux dans le dos sitôt la porte fermée… » Alors que les deux compères se réfugient dans la cabine du téléphérique désactivée pour y trouver la tranquillité, un secouriste surgit, croyant devoir les sauver…

Blaise Cendrars : sa farce douteuse pour Noël

Le facétieux Blaise Cendrars s’amuse d’une farce de Noël dans les tranchées. La nuit de Noël 1914, le poète et ses hommes introduisent dans les lignes allemandes un gramophone piégé. Ce dernier se déclenche à minuit en jouant la Marseillaise, attire ainsi les soldats ennemis, puis explose au milieu d’eux. Après cela, « le copain et moi, raconte-t-il, planqués par terre, attendions l’accalmie. En rentrant dans nos lignes, le petit copain s’amuse à bondir dans la tranchée sur le dos d’une sentinelle. Vous imaginez la frayeur du type : ‘ Ah, je croyais que c’étaient les Boches ! ’ disait l’autre en riant. » Poilant, non ?

Guy de Maupassant : Noël, bonne ou mauvaise nouvelle ?

Quant à Maupassant… A-t-il le sens de la fête ? On ne saurait dire ! Entre l’histoire d’une femme possédée et celle de la sublime catin aux formes girondes qui s’avère… enceinte. Ainsi s’en prend-il à Noël dans la nouvelle La Nuit de Noël : « Le réveillon m'a joué le plus sale tour du monde, et que j'ai gardé une insurmontable horreur pour cette nuit stupide de gaieté imbécile. » Dans Conte de Noël, on se régale de l’histoire d’un médecin, totalement cartésien, confronté à un phénomène surnaturel : une femme possédée après avoir ingurgité un œuf trouvé dans la rue (?!) retrouve son état normal grâce à l’hostie de la messe de Noël, qui peut être source de bien des miracles…

Le Père Noël de Marcel Aymé est un imposteur

Marcel Aymé, dans son conte le Commis du Père Noël, nous apprend que celui-ci (le commis du titre) a égaré les oies de son patron… Où l'on apprend que le Père Noël est un employeur féroce qui a déjà licencié d'autres serviteurs pour moins que ça. Qu'il est illettré et se fait lire tout son courrier depuis des millénaires. Et bien d'autres ragots qui raviraient les rubriques people des magazines s'il ne craignait un procès et la déception des enfants.

Michel Tournier : à bas le Père Noël, vive la Mère Noël ! 

Michel Tournier nous relate, dans La Mère Noël, les aléas d’un village déchiré par l'opposition des cléricaux et des radicaux, où la messe de minuit est le lieu des règlements de compte. « L’instituteur, déguisé en Père Noël, distribuait des jouets aux élèves de l'école laïque. Ainsi le Père Noël devenait-il un héros païen, radical et anticlérical, et le curé lui opposait le Petit Jésus de sa crèche vivante comme on jette une ondée d'eau bénite à la face du Diable. » La chute est à l’unisson, impertinente : l’instituteur est remplacé par une institutrice, qui revêt le costume du Père Noël, incarnant une Mère Noël… qui donne le sein à l’enfant Jésus !

Alphonse Daudet et son curé trop gourmand 

Alphonse Daudet, avec Les Trois Messes basses, nous livre un récit irrévérencieux, teinté de fantastique, mettant en scène un prêtre coupable du péché de gourmandise. Tenté par le diable qui, sous les traits de son jeune sacristain, lui a décrit avec force détails l'exquis menu du réveillon, il expédie trois messes de Noël pour passer plus vite à table. Dieu châtiera son offense : avant d'aller au paradis, il devra réciter, en compagnie de ses coupables fidèles, un office de la Nativité trois siècles durant.

Le bon vieux Noël de Dickens

Enfin, citons l’incontournable Charles Dickens, auteur d’un Chant de Noël qui n’a rien perdu de sa popularité. Une magnifique histoire de rédemption, celle de l’affreux Scrooge. Les bons sentiments sont enfin au rendez-vous ! Point de cynisme chers lecteurs, laissons l’esprit de Noël s’emparer de nous… Ici, bienveillance, charité, dénonciation des injustices et de la misère sociale, règnent en maître.

 

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