Ces écrivains et leurs chats

Ecrivains et leurs chats
© Colette et son chat - Getty Images, Imagno

Le chat serait-il le meilleur ami de l’écrivain ? Si l’on se penche sur la vie et la carrière des plus illustres plumes, on constate souvent la présence de nos amis félins à leurs côtés. Est-ce leur douce indolence, leur grâce infinie, la souplesse de leur démarche qui les rassure, les réconforte ? 

Ecrire est un exercice solitaire, parfois douloureux. L’écrivain est seul devant sa page blanche, en proie aux doutes, aux hésitations, à ses démons intérieurs. La présence du petit félin affectueux semble souvent lui apporter la sérénité, le réconfort, le recul nécessaire à la construction d’une œuvre.

Pas étonnant donc que les chats soient souvent auréolés de la gloire littéraire de leurs maîtres (ou devrait-on dire leurs serviteurs, comme l’affirme Dave Barry ?), comme une troisième main, un correcteur, un assistant, ou tout simplement une muse.

Victor Hugo

Dieu a inventé le chat pour que l’homme ait un tigre à caresser chez lui.

Victor Hugo

Victor Hugo ne pouvait se passer de la présence de Chanoine, son meilleur ami. Champfleury, en visite chez le grand écrivain, écrit : « Au milieu s’élevait un grand dais rouge, sur lequel trônait un chat qui semblait attendre les hommages de ses visiteurs. Un vaste collier de poils blancs se détachait comme une pèlerine de chancelier sur sa robe noire. La moustache était celle d’un magyar hongrois, et quand solennellement  l’animal s’avança vers moi, me regardant de ses yeux flamboyants, je compris que le chat s’était modelé sur le poète et reflétait les grandes pensées qui emplissaient le logis ».

Pierre Loti

Pierre Loti

Pierre Loti a toujours vécu avec des chats : son enfance fut bercée par M. Souris dit "La Suprématie". Il eut aussi Ratonne, Belaud, Belkis qu'il baptisa à Istanbul ce qui fit scandale, Kedi-Bey (« Seigneur Chat » en Turc »), Pamouk, et tant d’autres.
Il reconnaît avoir parfois plus d’empathie pour eux que pour les humains : "J'ai peut-être plus de pitié encore pour ces âmes des bêtes que pour celles de mes frères parce qu'elles sont sans parole et incapable de sortir de leur demi-nuit, surtout parce qu'elles sont plus humbles et plus dédaignées".

Louis Ferdinand Celine

Louis Ferdinand Celine

Céline, l’écrivain maudit, si pessimiste sur la nature humaine, ne cachait pas son affection pour Bébert, le chat offert par l’acteur Robert Le Vigan. Lorsqu’il s’enfuit de Paris en 1944 avec son épouse, il l’emmène avec lui dans son périple jusqu’au Danemark. Bébert est le prénom de l’enfant qui meurt de maladie sous le regard impuissant de Bardamu dans Voyage au bout de la nuit. Les seuls êtres qui trouvaient grâce aux yeux de l’écrivain étaient les enfants et les animaux, auxquels l'auteur dédia son dernier ouvrage, Rigodon.

René de Chateaubriand

J’aime dans le chat cette indifférence avec laquelle il passe des salons à

ses gouttières natales.

Chateaubriand

Chateaubriand, qui fut ambassadeur de France auprès du Vatican, recueillit Micetto, le chat adoré du pape Léon XII après sa mort. L’écrivain ne cessait de choyer le félin à la robe gris-marron avec des rayures foncées : « Je cherche à lui faire oublier l’exil, la chapelle Sixtine et le soleil de la coupole de Michel-Ange sur laquelle il se promenait, loin de la terre ». Très fier de son chat, il le présentait à tous ses visiteurs. Son épouse qui avait fondé l’institution religieuse caritative, “l’Infirmerie Marie-Thérèse”, emmenait Micetto y séjourner, entouré des pensionnaires, dans un cadre champêtre.

Ernest Hemingway

Hemingway

Hemingway était un véritable amoureux des félins. Dans sa maison de Key West en Floride, il hébergeait une centaine de chats environ, et leur attribuait des prénoms originaux tels que Dillinger, Crazy Christian ou SnowBall ! La plupart d’entre eux était polydactyle (ils possédaient des doigts supplémentaires aux pattes). Hemingway avait une adoration pour ceux-là en particulier, après que le capitaine d’un bateau lui en ait offert un. En anglais, « Hemingway cat » est même devenu un mot d’argot pour désigner les chats polydactyles. A sa mort en 1961, sa maison devient un musée et le jardin, un abri pour les descendants de ses chats.

George Sand

Valse chat chopin george sand

George Sand avait l’habitude de prendre son petit déjeuner dans la même assiette que son chat, Minou. Un autre de ses chats, Waldeck, aurait même inspiré Chopin pour sa « grande valse brillante en fa majeur » !

Théophile Gautier

Si vous êtes digne de son affection, un chat deviendra votre ami mais jamais votre esclave. 
Théophile Gautier

Théophile Gautier tenait les chats en grande estime : selon lui, ils ne flattent personne, ils veulent être aimés pour eux-mêmes, ce sont « des tigres bourgeois amis de l’homme ». Le premier chat qu’il adopta fut une chatte baptisée madame Théophile. Elle était rousse, à poitrail blanc, le nez rose et les prunelles bleues. Ils vivaient ensemble, elle et lui, dans une intimité tout à fait conjugale. Elle suivait le maître au jardin ; elle dormait sur le bras de son fauteuil. A dîner, elle prenait souvent de sa patte délicate le morceau que le poète portait à sa bouche.

 

Certains écrivains se sont même élevés en protecteurs de félins, fondant une ligue pour la défense des chats. La ligue comptait, entre autres, Maupassant, Anatole France, Baudelaire, ou encore Alexandre Dumas.

Si je préfère les chats aux chiens, c’est parce qu’il n’y a pas de chats policiers

Jean Cocteau

 

Mais les chats ne sont pas que d’aimables et affectueux compagnons, ils peuvent également inspirer les auteurs.

Colette

Colette

Colette adorait les animaux, en particulier les chats, auxquels elle consacra plusieurs de ses ouvrages, dont La chatte, où elle décrit la jalousie d’une fiancée vis-à-vis du chat de son futur mari, ou Dialogues de bêtes, un recueil de conversations entre son chat Kiki la doucette et son chien Toby.

Maurice Genevoix

Genevoix

Maurice Genevoix, grand observateur de la nature et des animaux, a écrit Rroû, un roman dans lequel le héros est un chat, dont on suit la destinée depuis la naissance, et son attrait irrésistible pour la liberté, l’aventure, l’inconnu.

Edgar Allan Poe

       Edgar Poe chat

Edgar Allan Poe a utilisé le chat noir, annonciateur de mauvais présages dans l'univers fantastique, dans une célèbre nouvelle intitulée tout simplement "Le chat noir", publiée en 1843. Le narrateur, un homme qui avait toujours aimé les animaux, se met à haïr un chat dès lors que son épouse s'attache à l'animal. Son obsession pour le chat devient malsaine et le pousse à torturer et à tuer le félin et à assassiner sa femme. Il sera puni...grâce au chat.

Rudyard Kipling

Je suis le chat qui s'en va tout seul et tous les lieux se valent pour moi.

Rudyard Kipling

Rudyard Kipling, dans les Histoires comme ça, raconte celle du "chat qui s'en va tout seul". Le chien et le cheval se laissent domestiquer contre de la nourriture. Le chat se montre plus rusé.

Patricia Highsmith

Patricia Highsmith

L’auteure de romans policiers Patricia Highsmith a célébré nos compagnons félins dans un recueil de nouvelles, Des chats et des hommes. Elle dira d’eux : « Un chat fait qu'une maison est un foyer. Un écrivain n'est jamais seul avec un chat, tout en étant suffisamment seul pour pouvoir travailler. Qui plus est, qu'il déambule ou qu'il dorme, un chat est une œuvre d'art vivante, en perpétuelle métamorphose. »

Marcel Aymé

  Marcel Aymé contes du chat perché

Et que dire des Contes du chat perché de Marcel Aymé, où le chat Alphonse tient une place essentielle. L’auteur dira malicieusement de ces contes : « Je me suis assis sous un pommier, et le chat m'a raconté des aventures qu'il était seul à connaître, parce qu'elles sont arrivées à des bêtes du voisinage et à deux petites filles [Delphine et Marinette] qui sont des amies. Ces Contes du chat perché, je les donne ici sans rien y changer. L'opinion de mon ami le chat est qu'ils conviennent à tous les enfants qui sont encore en âge où on peut comprendre les bêtes et parler avec elles ».

Remo Forlani

 Forlani

Quant à Remo Forlani, c’est une grande partie de son œuvre qui fut consacrée aux chats : Ma chatte mon amour, Ma chatte ma folie, Tous les chats ne sont pas en peluche ou encore Gouttière. Gilles Jacob, président du festival de Cannes, dira de lui : « Il était un intervieweur goguenard, mais tendre. Il avait fini par ressembler à ses chats : un léger coup de griffe, un frottement affectueux et confiant »

 

Si vous croisez un jour un écrivain en panne d’inspiration, dites-lui de suivre ce précieux conseil :

Si vous voulez être écrivain, ayez des chats

Aldous Huxley

 

 

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