Ces écrivains et leur père : entre adoration et violence

Alexandre Dumas père et fils
© DR - Alexandre Dumas, père et fils

La figure paternelle, tantôt haïe, tantôt adorée, si proche et si lointaine, plane souvent sur l'Oeuvre des femmes et hommes de lettres. Les relations entre adoration et violence des écrivains avec leur géniteur peuvent être à l’origine de morceaux d’anthologie de la littérature. Explorons quelques-unes de ces histoires…

Victor Hugo

Victor Hugo

Le génial et prolifique auteur gardera longtemps à l’esprit l’image d’un père très dur, faisant souffrir sa mère et n’ayant pas de contacts affectueux avec ses enfants. Le divorce de ses parents a pour conséquence de rapprocher le jeune Victor de sa mère. C’est vers l’âge de 25 ans qu’il renoue avec son père, lui dédiant le poème Après la bataille, témoignage  d'amour et d'admiration (« Mon père, ce héros au sourire si doux »), et allant même jusqu’à clamer dans le poème La Paternité de La Légende des siècles « Mon père, ô toi le plus terrible, le meilleur »…

Rudyard Kipling

Rudyard Kipling

Chez les Kipling, le papa, Lockwood, après avoir envoyé en pension en Angleterre son rejeton Rudyard et sa sœur (alors qu’ils vivaient en Inde), finira par exercer son emprise sur l’évolution littéraire de son écrivain de fils. Le Livre de la jungle devra à Lockwood son origine : un ouvrage documentaire sur les animaux des forêts. Plus tard, alors que Ruddy abandonne l’écriture -pour d'obscures raisons certainement liées à la censure paternelle- de Mother Maturin, le grand roman qu'il porte en lui, c'est sous la surveillance de Lockwood, venu s'installer en Angleterre, qu'il rédigera Kim.

Simone de Beauvoir

Simone de Beauvoir

Monsieur de Beauvoir espérait avoir un fils pour en faire un polytechnicien ! Il répètera à Simone « Tu as un cerveau d'homme ». La jeune fille est en fusion totale avec ce père séduisant, intelligent, cultivé. C’est lui qui l’initie à la vie et à la littérature, c’est pour lui qu’elle rêve de devenir écrivain et intellectuelle. De vénéré, il devient quelques années plus tard détestable, critiquant vivement la vie de noceuse que sa fille mène à Paris, cette vie d’aventure orgiaque selon lui...

Alexandre Dumas fils

Alexandre Dumas fils

Fils légitimé d'Alexandre Dumas et de sa maîtresse Laure Labay, Alexandre junior est déchiré pendant toute sa jeunesse entre ses deux parents, brouillés de longue date.  Parvenu à l'âge adulte, Dumas fils noue avec son père des relations complexes, mêlant complicité dans la vie brillante et galante des cercles littéraires parisiens et répulsion envers son mode de vie dissolu. Malgré ces travers qu’il ne supportait plus, il vouait à l'œuvre paternelle une admiration profonde et la défendra ardemment.

Denis Diderot

Denis Diderot

Son père s’opposant catégoriquement à son projet de mariage, Diderot épouse secrètement Antoinette Champion, une lingère. C’est la crise familiale. Faisant valoir l’autorité paternelle, très forte sous l’Ancien Régime, son père le fait enfermer chez les moines. Diderot s’en échappe. Il ne reverra plus sa mère et restera plus de dix ans sans revoir son père. Lorsqu’il sollicite son pardon, ce dernier lui répond par une lettre cinglante : « Songez que si le Seigneur vous a donné des talents, ce n'est pas pour travailler à affaiblir les dogmes de notre sainte religion... Donnez au public quelque production chrétienne qui puisse démentir tout ce qu'on peut dire sur votre façon de penser... »

Marcel Proust

Marcel Proust

Les relations de Proust et son père Adrien étaient… difficiles ! Absolument tout les séparait. Leurs trente-deux ans de vie commune se caractérisent par une constante et mutuelle incompréhension, non dénuée d'une certaine affection filiale qui la transcende parfois lors de rapprochements inattendus. Le père ne pouvait comprendre la passion de Marcel pour la vie mondaine. Il s’inquiétait pour son mode de vie toxique, mais payait sans broncher ses nombreuses dépenses.

J.M.G. Le Clézio

JMG Le Clezio

A l’âge de 8 ans il découvre un père « inconnu, étrange, possiblement dangereux », dont l'autorité va très vite poser problème. Il impose à ses enfants une discipline très stricte, se fait rapidement craindre d'eux en se montrant violent : « Nous avons appris d'un coup qu'un père pouvait être redoutable, qu'il pouvait sévir, aller couper des cannes dans le bois et s'en servir pour nous frapper les jambes. Qu'il pouvait instituer une justice virile, qui excluait tout dialogue et toute excuse » raconte-t-il dans L'Africain. C’est finalement par l’écriture que le fils finit par rencontrer le père et regrette de n'avoir pas su l'aimer et le comprendre.

Guy de Maupassant

Guy de Maupassant

Guy n’a que 10 ans lorsque ses parents se séparent, suite aux infidélités du père, Gustave. Il prend le parti de sa mère et conservera des relations distantes mais courtoises, voire affectueuses, avec son père. On retrouve les échos de ces tourments dans son œuvre, avec les thèmes du mystère de la naissance, la famille qui se désagrège, l’amour malheureux, la difficulté de la communication entre les êtres, ou encore l’obsession de la figure du père absent.

 

Pour aller plus loin...

> Explorez notre rubrique Lecture

> Retrouvez toutes nos Anecdotes insolites