Ces écrivains et leur jardin

Ces écrivains et leur jardin
© Jardin de Chateaubriand, la vallée aux loups - DR

Des liens très forts unirent certains de nos écrivains à leurs jardins. Lieu de flânerie et d’exercice de la botanique en mode expert, ces havres bucoliques furent aussi des sources d’inspiration, marquant leur œuvre littéraire…

Colette

Castel novel Colette jardin

© Domain de Colette au Castel Novel www.castelnovel.com

C'est dans l'Yonne, à Saint-Sauveur-en-Puisaye, au cœur d'un pays de forêts et d'étangs, que s'enracine le paradis d'enfance de la voluptueuse Colette. « Le plus célèbre jardin des lettres françaises » (dixit Bernard Pivot), terreau de toute une œuvre. « Il y pousse l'aubergine et le piment, les tomates, l'abricotier, les lilas, le noyer, la glycine, le bignonier, le rosier cuisse-de-nymphe... » écrira l'auteure des Claudine.

A « La Treille Muscate » une petite maison près de Saint Tropez, l'écrivain sarcle, bêche, plante, donne vie à un potager et vibre à la vue des courgettes et des melons... Il y a là plus d’un hectare de vignes, arbres fruitiers, et un jardin de fleurs et légumes méditerranéens pour lequel elle entretiendra une passion quasi charnelle. Elle s’enorgueillit qu'à Saint- Tropez l'on dise : "Avez-vous vu le jardin de Mme Colette ?", comme on dirait : "Avez-vous visité l'église du XVe siècle ?". Modeste avec ça…

Le château Castel Novel en Corrèze, propriété de son mari, qui lui rappelle les charmes de sa Puisaye natale, lui inspire quelques-uns de ses romans, notamment Chéri et le Blé en herbe. Elle semble émerveillée par tant de beautés animales et végétales, s’extasiant notamment devant « les taureaux de saillie si beaux avec leurs cheveux frisés sur le front. » Sidonie-Gabrielle, tu t’égares !

Georges Sand

Jardin de Nohant George Sand

© Jardin de George Sand à Nohan - Valérie Dromer

Une autre femme de lettres à la réputation sulfureuse qui entretenait avec la nature un lien tout aussi charnel : George Sand. A Nohant, elle se sent dans son élément parmi les bois, les prés et les rivières du Berry. Les minéraux, les papillons (qu’elle va cueillir au filet), les fleurs, les légumes, tout cela la passionne. Sa philosophie : un développement sauvage à peine domestiqué par la main de l’homme. « Laissez verdure » disait-elle (c’est dans le dictionnaire ça ?). Dans son cher jardin, on se repose, assoupi sous les deux grands cèdres que la romancière plante à la naissance de ses enfants. Et on y trouve, en toute simplicité, Delacroix, Liszt, Flaubert et surtout Chopin, disserter sous les tilleuls odorants.

Alexandre Dumas 

château de Monte Cristo Ponte Marly Alexandre Dumas

© Château de Monte Cristo à Port-Marly, domaine d'Alexandre Dumas - www.cap-voyage.com

Au château de Monte-Cristo, à Port-Marly, le mégalomane Alexandre Dumas donne ses directives à un célèbre architecte. Il commande un parc à l'anglaise serti d’un château Renaissance, en face d'un pavillon gothique entouré de cascades, rocailles et jeux d'eau. Ce jardin recèle de nombreuses espèces d'arbres, plusieurs espaces différents comme un théâtre de verdure, un bassin entouré de charmilles… Le résultat : « une réduction du paradis terrestre » constate l’écrivain avec humilité.

Stéphane Mallarmé

Musée stephane mallarme valvins

© Musée départemental de Stéphane Mallarmé

Chers lecteurs, saviez-vous que le jardin était l’un des grands plaisirs de Stéphane Mallarmé ? A Valvins, petit village fleuri niché dans la vallée de la Seine, à deux pas de la forêt de Fontainebleau, tous les matins, le poète se promène avec le sécateur pour « faire la toilette des fleurs avant la sienne ». Il y plante toutes sortes de fleurs, fait la chasse aux pucerons. Bref, ce jardin est l’objet de tous ses soins. A tel point qu’il peut lui arriver de négliger l’écriture…

André Gide

Jardin de Gide à Cuverville

© Jardin de Gide à Cuverville - La paraphe

André Gide, c’est l’amoureux des jardins, initié à la botanique dès son enfance par sa gouvernante. Il sait mieux que tout autre observer et traduire la plus subtile variation de lumière, se ressourcer à chaque changement de saison, profiter d'une averse pour s'abriter dans une serre et y lire Goethe… Le jardin apparaît comme l’espace où se révèlent l’amour et surtout la sensualité, l’éveil des sens. Nombreux sont les jardins qu’il fréquente. Ceux de l'enfance : le Luxembourg et les jardins des propriétés familiales de Normandie ou d'Uzès. Jardins refuges tels ceux de Cuverville et d'Auteuil. Jardins des amitiés, comme le Jardin des Plantes à Montpellier qu'il arpente en compagnie de Paul Valéry, ou bien le parc du château du Tertre, dans l'Orne, propriété de Roger Martin du Gard. Jardins des voyages et de l'exaltation tel celui de Boboli ou des Cascines, à Florence. Jardins évoqués au fil de l'œuvre dans Les Nourritures terrestres, Isabelle, La Tentative amoureuse ou Les Faux-Monnayeurs...

René de Chateaubriand

Jardin Chateaubriand vallée aux loups

© Jardin de Chateaubriand dans son domaine de la Vallée aux loups - DR

Enfin, Chateaubriand  profita d'un magnifique parc dessiné par ses soins dans sa propriété nommée "Vallée aux loups", à Chatenay Malabry (Hauts de Seine). Lui aussi passionné de botanique, René de Chateaubriand a rapporté de par le monde un nombre impressionnant d'arbres et de plantes remarquables afin de les planter au coeur de son domaine et ainsi enrichir sa collection verte : platane de Grèce, cyprès chauve de Louisiane, pin d'Espagne ou encore laurier de Grenade... On y trouve également le fameux cèdre pleureur, né d'une mutation avec un saule pleureur, sans oublier le mystérieux catalpa, foudroyé il y a quelques années et dont les branches, toutes étalées au sol, sont pourtant bien vivantes, ayant pris racine pour devenir troncs tentaculaires...! 

 

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