Ces écrivains et leur cher patelin

écrivains nature patelin
© Pixabay

Nos plumes illustres n’avaient d’yeux que pour eux, ces petits coins reculés. Qu’ils en soient natifs ou qu’ils les aient découvertes au cours de leurs pérégrinations, ils ont chéri ces terres parfois rustres ou pittoresques, lesquelles ont servi de toile de fond à nombre de leurs textes.

Jean Giono et Manosque (Alpes)

Pour Jean Giono (qui détestait le mistral !) c’était les Alpes sinon rien ! L’homme au regard perçant éprouvait un irrépressible attachement pour Manosque, sa ville natale, une sorte d’amour vache, comme « Swann aime Odette » disait-il. Il n’a jamais quitté cette ville, en a fait le décor du Hussard sur le toit notamment. Plus largement, la Haute Provence est le théâtre d’une partie de son œuvre. C’est dans sa maison Lou Paraïs et sur les sentiers bordant le village provençal que l'écrivain, chantre d'une vie accordée à la nature, imaginait ses romans. Sur les hauteurs de Manosque un sentier lui est même dédié : « Giono, poète de l'olivier »…

Colette et Saint-Sauveur-en-Puisaye (Bourgogne) 

C’’est à Saint-Sauveur-en-Puisaye, gros bourg assoupi du nord-ouest de la Bourgogne, que Colette avait niché son paradis. Jusqu’à sa fin, elle disait appartenir à cette région. L’écrivain a passé une enfance et une adolescence merveilleuses auprès de parents spécialement intelligents et vivants, dans une grande et belle bâtisse. Cette maison du bonheur, décrite longuement dans Sido ou la Maison de Claudine, avec sa cour, ses jardins, sa petite chambre (sa « tanière enfantine » se plaisait-elle à la nommer), fait aujourd’hui partie de la littérature.

Victor Hugo et l'île de Guernesey

Guernesey, ou « le rocher d’hospitalité » pour Victor Hugo. Chassé de Jersey, il débarqua à Guernesey et l’aima aussitôt. Il avait 53 ans, et s’y arrima 17 ans, entouré de sa famille… et sa maîtresse Juliette Drouet. Il ne cessera de faire la louange son « noble petit peuple de la mer », à qui il rend hommage dans les Travailleurs de la mer. D’emblée, Victor Hugo a été séduit par Guernesey, l'âpreté de ses falaises et la délicatesse de ses paysages. Il appréciait aussi bien « le souffle de l’océan » que « le souffle des fleurs ». « Arbres, roseaux, rochers, tout vit ! Tout est plein d’âmes ! » s’émerveillait-t-il. C’est sur l’île anglo-normande que le maître acheva ou rédigea ses œuvres principales : la Légende des siècles, les Misérables, l’Homme qui rit.

Flaubert et Trouville (Normandie)

Ah, la Normandie ! La vision poétique de ses paysages, le charme de ses plages, de ses cités médiévales, de ses vaches... Cette région, indissociable du grand Flaubert, s’est avéré une grande inspiratrice. Dans l’Éducation sentimentale, il a magnifié sa rencontre avec la belle Elisa sur la plage de Trouville. La Normandie peut même être considérée comme un personnage principal de Madame Bovary, dont l’héroïne s’ennuyait ferme dans son village normand de l’Eure, néanmoins charmant… « La seule chance que j’aie de me faire reconnaître, ce sera quand Bovary sera publiée ; et mes compatriotes rugiront, car la couleur normande du livre sera si vraie qu’elle les scandalisera » a-t-il écrit, un brin acerbe.

George Sand et "la vallée noire" de Nohant (Berry)

George Sand était très attachée à la campagne berrichonne, un terroir cher à son cœur qu’elle a idéalisé dans la Mare au diable ou la Petite fadette. Une campagne verdoyante et protégée pour laquelle elle inventa un nom : la vallée noire. La femme de lettres trouvait son inspiration dans le décor champêtre de Nohant et ses environs. Nohant, domaine familial où elle passa une partie de son enfance et de son adolescence, fut un oasis romantique pour les plus grands artistes de l’époque. « Oublions le mont Blanc et le pic du Midi. Oublions même Mayorque et l’Auvergne ! », enjoint-elle. La douceur du Bas-Berry vaut tous les sublimes sommets. George Sand s’est éteinte dans son château, et repose dans le petit cimetière familial du domaine, à l'ombre d'un if centenaire.

Les soeurs Brontë et Haworth (Yorkshire) 

Les landes sauvages battues par les vents, le gris menaçant du ciel, un paysage sublime et une atmosphère romanesque et celtique à souhait… Tout cela participe de l’univers des sœurs Brontë. C'est à Haworth, petit village anglais du Yorkshire, que Charlotte, Emily et Anne, au tempérament exalté, vécurent leurs courtes vies. Le lieu est étroitement lié aux romans. Elles y écrivirent notamment Jane Eyre et les Hauts de Hurlevent. Des œuvres où s’expriment l'intensité des sentiments, la folie, la passion, la soif de liberté.

Chateaubriand et Saint-Malo (Bretagne)

Que serait Chateaubriand sans la Bretagne ? De Saint-Malo à Rennes, cette région imprègne son œuvre. Les cheveux dans le vent sur fond de paysages bretonnants, Chateaubriand est l’incarnation du romantisme à tout crin. L’écrivain malouin repose face à la mer : il fut enterré selon son vœu, sur le rocher du Grand Bé, un îlot dans la rade de sa ville natale, auquel on accède à pied depuis Saint-Malo lorsque la mer s'est retirée. La classe, non ?

 

Pour aller plus loin...

> Retrouvez toutes nos Anecdotes insolites

> Explorez notre rubrique Lecture