Ces écrivains aux surnoms insolites

Ces écrivains aux surnoms insolites
© Reduced Shakespeare Company

Qu'ils soient neutres, bienveillants ou cruels, les surnoms de certains écrivains ont de quoi nous surprendre. Le clochard céleste, le cygne de Cambrai, l'Aragonzesse, la vache à encre... Voici une liste non exhaustive des surnoms d'auteurs qui nous ont le plus marqués. 

Difficile à assumer... 

Toto : Victor Hugo 

"Mon Toto bien-aimé, mon Toto ravissant", "Bonjour mon Toto chéri, bonjour mon cher amour adoré"... L'amour et la niaiserie ne font qu'un parfois, on le constate bien à travers les lettres de Juliette Drouet adressées à Victor Hugo. Difficile d'imaginer que le grand Hugo, le poète et romancier à la renommée intemporelle, se faisait appeler Toto par sa bien-aimée. Et pourtant... 

Le clochard céleste : Verlaine 

Le pauvre Verlaine a été affublé de ce surnom oxymorique vers la fin de sa vie, et on en comprend bien la raison en se penchant sur sa biographie : une vie maritale ratée, un enfant qu'il n'a pas pu voir grandir, la perte de son cher Rimbaud et l'alcool pour seul compagnon fidèle... Ce triste mélange lui a tout de même permis d'écrire de splendides poèmes, pour notre plus grand (et égoïste) bonheur. 

Le manchot de Lépante : Miguel de Cervantès

Le poète et dramaturge espagnol Miguel de Cervantès a participé à la bataille du golfe de Lépante le 7 octobre 1751. C'est lors de cette fameuse bataille qu'il perdit l'usage de sa main gauche, d'où ce surnom peu amène de "manchot de Lépante". 

Ca va, les chevilles ?

Le Prince des poètes et Poète des princes : Pierre de Ronsard

Quel surnom plus valorisant et plus beau que celui-ci ? Sous la forme d'un joli chiasme, on nous rappelle que Ronsard n'était pas qu'un simple poète parmi les autres : c'était LE poète officiel de la cour ! En 1558,  le roi Charles IX le nomme ainsi devant tous afin d'honorer son génie. 

Le Barde immortel : William Shakespeare

Dans l'Antiquité, un Barde était un fonctionnaire spécialisé dans les arts et les lettres. Le poète du XVIe siècle, en se faisant surnommer ainsi, accède ainsi au titre le plus honorifique qu'on puisse imaginer. 

L’aigle de Meaux : Bossuet

Ca sonne bien, non ? Un animal céleste et puissant intégré dans son surnom, ce n'est pas rien, tout de même. En l'occurence, il fut appelé ainsi parce qu'il était le seul évêque à tenir tête à Louis XIV, le Roi-Soleil, en osant lui lire publiquement un sermon sur les devoirs des riches envers les pauvres. Or l'aigle est un des rares oiseaux capables de voler face au soleil sans être ébloui ! Pourquoi Meaux ? Tout simplement parce que Bossuet était nommé évêque de Meaux en 1681. Son surnom était tout trouvé, bien qu'il ne l'entendit jamais de son vivant. 

L’homme aux semelles de vent : Arthur Rimbaud

C'est Verlaine qui lui donna ce surnom pour illustrer de façon poétique l'insatiable désir qu'avait Rimbaud de voyager à travers le monde. Fuir Charleville, cette ville natale tant haïe depuis l'enfance, voilà ce que cherchait à faire Arthur Rimbaud dans son perpétuel mouvement. Ses semelles de vent nous rappellent aussi toute la liberté et l'anticonformisme qu'il représente si bien. 

Le pape du surréalisme : André Breton

Maître à penser pour ses contemporains surréalistes, Breton avait des convictions bien affirmées, qui le rendaient intransigeant et lui valaient ce surnom de "pape du surréalisme". Gardien de l'orthodoxie du mouvement, les excommunications qu'il pratiquait à grande échelle ont bien-sûr contribué à lui donner cette appellation. 

Le Cygne de Cambrai : Fénelon

L'écrivain et théologien Fénelon hérita de l'archevêché de Cambrai où il mourut en 1715. La comparaison avec le cygne s'expliquerait par son caractère doux et fuyant, en comparaison de celui plus autoritaire et éloquent de son rival Bossuet, comparé quant à lui à un aigle. 

Le Divin marquis : Sade

Difficile d'expliquer avec certitude l'origine de son célèbre surnom. Toujours est-il qu'il aurait un rapport avec le "divin Arétin". L'un des plus grands auteurs érotiques garde son divin surnom malgré tous les péchés qu'il a pu relater dans ses récits. 

…A vos souhaits !

Le Stagirite : Aristote

Sur le coup, on ne comprend pas bien, mais quand on sait qu'Aristote est né dans une ancienne cité grecque nommée Stagire, ça va mieux.

Le Connétable des Lettres : Barbey d’Aurevilly

C'est le surnom qu'on lui donna à la fin de sa vie et ça en dit long sur l'estime en laquelle il était tenu et l'importance qu'on lui accordait. Le mot "connétable" fait référence, selon notre cher ami Wikipédia, à une "haute dignité de nombreux royaumes médiévaux" dont le rôle était de "commander l'armée et de régler les problèmes entre chevaliers ou nobles". Or Barbey d'Aurevilly a contribué à animer la vie littéraire française de la seconde moitié du XIXe siècle. Chapeau ! 

Le flagorneur : Proust

Pour info, la flagornerie est le fait de flatter bassement, avec insistance et de façon généralement intéressée si l'on en croit la définition du CNRTL. Un surnom bien désagréable pour Marcel, mais la rumeur selon laquelle il payait les journaux pour recevoir de bonnes critiques ne va pas non plus en sa faveur... Aussi appelé "le Saturnien", il n'était pas beaucoup apprécié de ses contemporains. On utilisait même le verbe "proustifier" pour qualifier sa manière d'écrire. 

El Kanari : Rimbaud 

Cela signifie "Le méchant" en arabe. Ce sont les ouvriers de Rimbaud qui l'appelaient ainsi sur son lieu de résidence à Aden (ville du Yémen). Mérité ou non, le surnom nous fait bien comprendre que les ouvriers n'aimaient pas le poète du "Bateau ivre"...

Prends-toi ça dans la figure ! 

L’Aragonzesse : Elsa Triolet 

Pas sympathique du tout, ce surnom donné à l'épouse d' Aragon par l'écrivain Henri Jeanson. Pire : le couple était même appelé "Triolette et Larangon". Il y a de la jalousie inavouée dans l'air... 

La Grande Sartreuse : Simone de Beauvoir

Visiblement, c'est une manie de résumer l'identité d'une femme de lettres à celle de son amant... Simone de Beauvoir n'y a pas échappé, elle qu'on a tantôt nommé "la grande Sartreuse", tantôt "notre dame de Sartre"... 

Le vagabond des lettres : Jean Genet

Pas étonnant qu'on le surnomme ainsi quand on connaît les grandes lignes de sa vie... Jean Genet enchaîne les fugues étant jeune, il ne supporte pas sa famille adoptive. Il commet son premier vol à l'âge de dix ans. Une bonne partie de sa vie, il commet des petits larcins. Ses premiers romans sont écrits en prison. Bref, le vagabond des lettres... 

Sainte-Bave : Sainte-Beuve

Cette fois-ci, c'est Victor Hugo qui a bavé sur le critique littéraire en lui attribuant ce surnom si facile... Alors Toto, étais-tu en colère à cause de ce que Sainte-Beuve avait écrit sur toi ? 

La vache à encre : George Sand

Une chose est sûre, la "femme Sand" n'était pas appréciée par Baudelaire. Celui-ci ne l'épargna pas dans certains de ses écrits : "Elle est bête, elle est lourde, elle est bavarde ; elle a dans les idées morales la même profondeur de jugement et la même délicatesse de sentiment que les concierges et les filles entretenues". Inutile de préciser à qui elle doit ce surnom si injurieux... 

 

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