Ces écrivains aux morts insolites

© "La mort d'Eschyle", gravure d’Otto van Veen (1607), église Saint-Louis d’Uza.

La Camarde peut se révéler farceuse lorsqu’elle vient cueillir les pauvres mortels que nous sommes… Parmi eux, les femmes et hommes de lettres bien sûr n’échappent pas à la règle. Parfois même, ils provoquent le destin ! Certaines fin de vie sont pour le moins originales voire cocasses. Et si ce n’était pas tragiquement triste, ce serait mortellement drôle.

Eschyle : une tortue droit sur le crâne 

En 456 av J-C, le dramaturge grec Eschyle-considéré comme le père de la tragédie grecque- connaît une mort qui relève plus du comique que de la tragédie. Ilest tué par un rapace qui, confondant son crâne chauve avec une pierre, laisse tomber une tortue vivante sur lui, pour briser ainsi la carapace de l’animal et pouvoir se délecter de sa chair. Amis lecteurs au crâne dégarni, attention aux chutes de tortues !

Héraclite : asphyxié par du fumier

En 475 av. J-C, Héraclite,philosophe grec qui souffrait d’hydropisie, a une idée rudement bonne : il s’enduit de fumier chaud, croyant de cette manière pouvoir soigner ses œdèmes. Vous connaissez la fin, il est retrouvé mort, sans doute d’asphyxie. Un enveloppement au fumier pour une peau de satin, ça vous tente ?

Chrysippes de Soles : littéralement mort de rire 

En 206 av. J-C, Chrysippe de Soles, philosophe stoïcien, voit un âne mangeant des figues destinées aux invités. Il oublie de rester stoïque et, pris d’un fou rire, il s’en étouffe, et meurt de rire… Le voilà bel et bien MDR. (En même temps c’est une belle mort)

Pierre l'Arétin : une blague meurtrière

Pierre l’Arétin, auteur d’ouvrages érotiquo-comiques (un genre méconnu), était avide de blagues grivoises. En 1556, lors d’un banquet, une plaisanterie obscène formulée par un convive provoque chez lui un fou rire incontrôlable et interminable (un autre exemple de rire tueur). Là, les versions divergent : il tombe à la renverse et se fend le crâne. Ou bien, il finit par rendre l’âme par suffocation.

Diogène de Sinope : présumé de morts farfelues

Une foule de légendes urbaines circulent à propos du philosophe Diogène de Sinope(323 av J-C), qui aurait pu concourir aux Darwin Awards. Hypothèse 1 : il se serait donné la mort en arrêtant volontairement de respirer, ce qui est biologiquement impossible. Hypothèse 2 : il serait mort d'indigestion après avoir mangé un poulpe cru suite à un pari. Hypothèse 3 : il serait mort d'une infection due à une morsure de chien auquel il essayait de dérober un os pour se nourrir. Plus probablement, il serait mort de vieillesse à plus de 85 ans…

L'abbé Prévost : autopsie surprise

1763. L’abbé Prévost subit une crise d’apoplexie et est déclaré mort. Le chirurgien procède doctement à l’autopsie. Surprise ! L’abbé ouvre les yeux et pousse un cri. Son bourreau tente de réparer le méfait en recousant la plaie, mais il est trop tard. Cette fois Prévost est définitivement mort ! Le genre de mésaventure qui nous angoisse tous, non ?! 

Emile Verhaeren : mort de son succès

1916. Émile Verhaeren, poète belge et people avant l’heure, rejoint la gare pour quitter Rouen, après une conférence anti-allemande durant laquelle il est acclamé. Mais sur le quai, la foule est si importante autour de lui qu’il est poussé sous la locomotive qui arrive, et meurt écrasé. 

Ödön von Horàth : écrasé par un marronnier aux Champs-Elysées

Ödön von Horváth était un dramaturge allemand, fervent opposant au régime nazi (ses livres seront brûlés dans un autodafé en 1933). Pour fuir la répression des fascistes, il erre à travers l’Europe et finit par se réfugier à Paris. Fraîchement débarqué dans la ville lumière, alors qu’il est devant le théâtre Marigny, sur les Champs Elysées, une tempête déracine un marronnier qui écrase notre écrivain. (« Depuis quand à Paris, les arbres s’abattent-ils sur des poètes en promenade et leur fracassent le crâne ? » se demandera Klaus Mann) ♫♫ Aux Champs-Élysées ♫♫

Boris Vian : trop tard pour cracher sur le film

Le 23 juin 1959, après plusieurs mois de conflit avec le producteur, Boris Vian assiste, plein de rancœur, à la première du film J'irai cracher sur vos tombes, adapté de son roman éponyme. Il visionne les premières images… et s'effondre sur son siège. Il succombe à une crise cardiaque en route vers l'hôpital.Il avait toujours dit qu’il n’aurait jamais 40 ans et sa prémonition se réalise : il meurt à 39.

René Goscinny : le coeur qui lâche dans le cabinet du cardiologue

Le facétieux René Goscinny, qui était malade du cœur, décède sur le vélo d’appartement de son cardiologue en pleine séance de tests cardiaques, le 5 novembre 1977. Cela n’avait malheureusement rien d’un gag.

Tennessee Williams : le médicament qui tue

Soudain l’hiver dernier… Tennessee Williams passe l’arme à gauche le 25 février 1983 dans la chambre de son hôtel à New York, en s'étouffant avec la capsule d'un tube de collyre. L'abus de stupéfiants semble avoir joué un rôle dans l'ingestion du corps étranger…

Charlie Schlingo : La Méchanceté a eu raison de sa vie

Charlie Schlingo, dessinateur et scénariste de BD qui publia ses dessins dans Charlie Hebdo, Hara-Kiri ou encore Fluide Glacial, tombe la tête la première sur sa table de salon après avoir trébuché sur sa chienne, surnommée « La Méchanceté ».

 

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