Ces écrivains aux fautes d'orthographe mémorables

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Ils n’ont pas toujours été d’accord avec l’orthographe. Nos plus grands écrivains ont fauté avec la langue de Molière, parfois version  perles du Bac ! Balzac en fut un cas d’école… 

Voltaire, coup de froid sur ses neurones ?

Voltaire

Allez savoir jusqu’où le thermomètre chuta, lorsque le maître des Lumières en ressentit les effets : « Mon cher philosofe […], je m’imagine que le termomètre de votre apartement est comme le mien, tout près de l’eau bouillante. » En effet, il ne devait pas faire bien chaud.  

Alexandre Dumas, la perle du Collier

« 'Ah !'  dit Don Manoël en portugais. » A sa décharge, quand il écrivit Le Collier de la Reine, Reverso n’existait pas...

Jules Verne, « des maisons criblées de bal… »

Jules Verne

A 22 ans, Jules traverse une période troublée : son papa l’envoie à Paris pour ses études de droit, loin de Nantes et de sa cousine Caroline dont il est épris, mais qui est sur le point de se marier. Il décrira à ses parents le Paris du coup d’Etat bonapartiste de 1851, avec des maisons « criblées de bal ». Envie de figurer sur le carnet de bal de Caroline ?

Stendhal, se lever debout…

Ah, la liaison entre Julien Sorel et Madame de Rénal ! Son ancienne amante lui a même pardonné d’avoir essayé de la tuer, en lui tirant dessus en pleine messe. Et fera tout pour le faire échapper à la guillotine : "C'est ce que je demande, s'écria-t-elle, en se levant debout." Le Rouge et le Noir, ou la dénonciation pied à pied, des postures de l’époque.

Zola, «se traîner sur les coudes, le bras arraché »

ZOLA

Zola dépeignit avant le mot, « la France d’en bas ». Mais quand il s’en prit à La débâcle, ce fut au-delà de toute performance : "Puis, c'était un capitaine, le bras gauche arraché, le flanc droit percé jusqu'à la cuisse, étale sur le ventre, qui se traînait sur les coudes." On s’attend à ce qu’il se relève, les deux jambes coupées.

Victor Hugo,  Le Mendiant n’a pas les moyens du pluriel

Sombrer en Contemplations : "Et, pendant qu'il séchait ce haillon désolé/ D'où ruisselait la pluie et l'eau des fondrières/ Je songeais que cet homme était plein de prières." Le grand Victor a tellement songé, qu’il a fait du pluriel une contingence.

Victor Hugo ? «On lui doit notamment Notre Dame de Paris ou encore Les Minables», savait pertinemment un candidat au Bac 2017, quand un autre admit que "devant de tels vers, on ressent une émotion comprise entre le néant intégral et l'incompréhension."

Maupassant, «absorber quelques petits vers »

Guy courut le guilledou, avec les risques du métier : «J’ai la vérole ».  Après s’être peint un faux chancre sur la verge, ce coquin en eut un vrai, qui lui rongea le discernement :  "Je sortis et j'entrai dans une brasserie où j'absorbai deux tasses de café et quatre ou cinq petits vers pour me donner du courage. (La Patronne, la revue La Lanterne ,1889). Peut-être un peu alambiqué... .

Balzac, « Il est onze heures, répéta le personnage muet »

 Entre huissiers et amantes, Balzac se tira de La Comédie Humaine à la force de sa plume. Faute de se relire, il enfila les bourdes comme des perles : "Il regarda tristement son ouvrage d'un air triste, des larmes sortirent de ses yeux". Pauvre Père Goriot ! Dans La Muse du département, « La femme de chambre lui cria deux mots à voix basse.». Une ténébreuse affaire tourne à l’improbable scénario : "Le bruit du galop de son cheval, qui retentit sur le pavé de la pelouse, diminua rapidement." 

Mais ce n’est rien, à côté de La Femme de trente ans : «Il l’atteignit si furieusement de son poignard qu’il le manqua.». L’argent lui manqua ?  «Ta pension de retraite et le peu que j'ai, en mon nom, nous suffira" (La cousine Bette). Nous voici rassurés.  Quant à Mme Hanska, "Allons adieu, vous une de mes consolations secrètes, vous vers qui vole mon âme et ma pensée". Quand on aime, on ne se relit pas non plus.

Apollinaire, c’est singulier, tout ce qui coule sous la Seine

Appolinaire

"Sous le pont Mirabeau coule la Seine/Et nos amours,/Faut-il qu'il m'en souvienne/ La joie venait toujours après la peine". Guillaume aurait pu ajouter les pneus de voiture et les poissons crevés. Quand on aime, tout devient romantique et singulier. 

Proust, pourquoi faire simple, quand on peut faire compliqué ?

Proust

Sujet, verbe, complément, connais pas : «Si Albertine avait pu être victime d’un accident, vivante, j’aurais eu un prétexte pour courir auprès d’elle, morte j’aurais retrouvé, comme disait Swann, la liberté de vivre. » On est à deux doigts de s’y perdre pour savoir qui est mort ou vivant.

Camus, la peste soit de la règle « avant et après que »

Albert Camus

Même Camus est tombé dans le panneau : «Il est distrait au volant de son auto et laisse souvent ses flèches de direction levées, même après qu’il ait effectué son tournant.» (La Peste). Contravention, Albert, à partir du moment où il avait tourné, c’était l’indicatif !

Gide pallia sa propre faute

André Gide

Avec Isabelle, André Gide aussi, commit l’étrange faute de français : « Tout ce que l'homme a inventé pour essayer de pallier aux conséquences de ses fautes.» Joli ! Pallier (palliare), c’est « couvrir d’un manteau» quelque chose. André changea son fusil d'épaule avec Les Faux Monnayeurs : « Pauline apporte tous ses soins à pallier les insuffisances et les défaillances d'Oscar, à les cacher aux yeux de tous.» C’est bien, André.

Daniel Pennac, le « cancre-étalon »

Daniel Pennac

Pas si facile, d’obtenir la note de « - 40 » en dictée. L’auteur de la saga Malaussène, devenu professeur de français, embrassa la langue française en  analphabète chevronné, au point d’incarner  la « cancrerie ». Un parcours  en quelque sorte sans faute, qu’il relata dans Chagrin d’école (Gallimard). Voici qui méritait un Prix (Renaudot 2007).

Daniel Picouly, « bête à manger du foin »

L’écrivain et homme de télévision en aura mis en scène son parcours de cancre : vingt-six fautes « et demie » en une seule copie ! L’instituteur l’en décréta « bête à manger du foin ». La faute d'orthographe est ma langue maternelle (Albin Michel), répliqua le petit Daniel : son papa qui ne faisait pas de fautes d’orthographe en écrivant aux HLM, jamais ne leur obtint un logement. Sa maman, qui faisait des fautes à tous les mots, les prémunissait de tomber malades, tant la hantise du mot d’excuse les faisait sortir du lit « comme des miraculés. »

 

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