Ces couples d'écrivains mythiques

George Sand et Alfred de Musset
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Ces amoureux-là connurent des passions parfois destructrices, plus ou moins longues, qui ont marqué le monde littéraire et bouleversé l’existence des protagonistes. Entre connivence intellectuelle et amour charnel, des correspondances riches témoignent des histoires intenses qu’ont partagées ces écrivains et leur moitié.

George Sand et Alfred de Musset : le plus passionné

Ils se rencontrent lors d'un dîner, en juin 1833. Le coup de foudre. Musset lui écrit : « Je suis amoureux de vous. Je le suis depuis le premier jour où j’ai été chez vous». Une véritable passion anime les deux écrivains qui s'échangent de nombreuses lettres d'amour, partagent des idées et des dessins. Mais un voyage à Venise est fatal à leur amour : maladie, infidélité, ruptures exaltées, correspondance échevelée, réconciliation sur fond d’alcool et de démence, pendant deux ans rien ne manqua au mélodrame joué par les amants de Venise.

Francis et Zelda Fitzgerald : le plus romanesque

Ils sont beaux et promis à un bel avenir littéraire. Scott, l'écrivain à succès, et Zelda la jeune danseuse, sont tous deux de véritables icônes pendant les années 20. Mais sous les apparences, le couple est en proie à de grandes souffrances. S'accusant sans cesse de plagiat, ils sont pourtant l'un pour l'autre source d'inspiration littéraire. Dépressifs, schizophrènes, ils s'adonnent aux abus de toutes sortes : Scott devient alcoolique tandis que Zelda tente d'oublier son désespoir dans la pratique acharnée de la danse classique.

Paul Verlaine et Arthur Rimbaud : le plus tragique

C’est en 1871 qu’Arthur Rimbaud débarque à Paris et rencontre Paul Verlaine. Pendant deux longues années, les deux poètes écrivent ensemble des vers magnifiques. De cette intimité innocente naît un amour interdit. Verlaine, tiraillé entre son amour pour sa femme Mathilde et son amant Rimbaud, fait de son homosexualité l'expérience de sa vie. Entre bonheur et douleur, leur histoire s’achève un triste jour de juillet 1873 à Bruxelles où, tourmenté et en proie à l’alcool, Verlaine tire une balle sur Rimbaud.

Colette et Willy : le plus libertin

Henry Gauthier-Villars, dit Willy, épouse Colette en 1893. Le couple de romanciers s’installe à Paris dans la garçonnière de Henry, et mène une vie mondaine. Si Willy exige de la romancière une fidélité hétérosexuelle (que lui-même ne respecte pas), il n'a aucune objection à ce qu'elle expérimente une vie extra-maritale avec des femmes. Bien que le couple prône le libertinage, Willy a en fait une véritable emprise sur Colette.

Albert Camus et Maria Casares : le plus secret

Leur correspondance vient d’être publiée (865 lettres), révélant au grand jour la puissance de leur amour. L’auteur nobélisé et la tragédienne se sont aimés pendant plus de quinze ans, jusqu’à la mort de Camus, ne cessant de s’écrire. "Rien n'est plus beau, plus fier et plus tendre, que le désir que j'ai de toi", écrit Camus en août 1948. "J'attends le miracle toujours renouvelé de ta présence", lui répond Maria Casarès.

Henri Miller et Anaïs Nin : le plus absolu

La passion poussée à l'extrême, accomplissement de l'amour physique et intellectuel qui fertilise l'écriture. Miller réalise ce rêve fou : la vie et la littérature mêlées, exaltées par l’amour. C’est pour lui une période de grande effervescence créative. Ensemble, ils lisent, écrivent, vivent un festival de travail, d’amour fou, de lettres et de rêves. « Je suis physiquement obsédée par Henry… Je lui appartiens par un lien vital, brûlant, créateur et intellectuel » écrit-elle. Pour la première fois, Miller aime une artiste, une femme intelligente, qui le laissera libre de créer. « Tu me rends terriblement heureux en me permettant de ne pas me couper en deux, en laissant vivre en moi l’artiste, sans pour autant le faire passer avant l’homme, l’animal, l’amant affamé, insatiable…», déclare-t-il à celle qui est tour à tour sa muse, amie et maîtresse, et qui exaltera avec lui ses plus profonds fantasmes. 

Victor Hugo et Juliette Drouet : le plus constant

Juliette Drouet, de son vrai nom Juliette Gauvain, est comédienne. En 1833, elle joue le rôle de la Princesse Négroni dans la pièce Lucrèce Borgia écrite par Victor Hugo. Ils s'éprennent l'un de l'autre et entament une longue liaison, alors que l'écrivain est déjà marié. Rapidement, Juliette arrête sa carrière et lui consacre entièrement sa vie. Elle est à la fois sa collaboratrice et son inspiratrice. C'est elle qui le sauve de la mort lors des événements violents suite au coup d'Etat du 2 décembre 1851. Hugo s'exile à Bruxelles puis à Jersey, toujours accompagné par Juliette et sa femme Adèle. A la mort de cette dernière, Juliette partage davantage la vie de Victor Hugo. Durant les cinquante années qu’a duré leur relation, ils se sont échangé 23 650 missives enflammées, des lettres quotidiennes même s’ils se voyaient tous les jours. Qui dit mieux ? On vous arrête tout de suite, les textos ne comptent pas ! 

Paul Valery et Catherine Pozzi : le plus destructeur

Ils se rencontrent en juin 1920 à un dîner parisien. Il a 50 ans, il est marié, elle en a 38, et vit séparée de son mari. C'est le début d'une histoire d'amour qui sera dévastatrice pour l'un et l'autre, mais extraordinaire aventure poétique, sensuelle, fusionnelle. Leur réciproque passion, loin d'être épanouissante, deviendra pour tous deux une sorte d'instrument de torture. Huit ans plus tard, lassée de ses infidélités, de son opportunisme, la volcanique Catherine finira par mépriser son amant et ne plus répondre à ses lettres. 

Franz Kafka et Felice Bauer : le plus déjanté

L’écrivain pragois dont l'œuvre géniale est teintée d'absurde et de cauchemar, rencontre cette jeune Allemande au "visage osseux, presque insignifiant" au cours d’un dîner. Ils entament une relation de cinq ans, principalement épistolaire. Kafka écrit trois lettres par jour à Felice et lui décrit la nature négative de son amour : "Mon besoin d'une correspondance ininterrompue avec toi n'a pas son origine dans l'amour, mais dans ma malheureuse disposition d'esprit". Ils se fiancent deux fois, fiançailles rompues chaque fois par Kafka. Il rompt définitivement en 1917, angoissé par l'engagement, qu’il considère comme une entrave à l’accomplissement de son œuvre. « Je sens que lorsque je n’écris pas, une main inflexible me repousse hors de la vie » confiera Kafka à Felice.

Mme de La Fayette et La Rochefoucauld : le plus chaste

Leur amitié amoureuse dure 25 ans, jusqu’à ce que la mort y mette fin. Probablement rapprochés en 1659 par leur collaboration à un même livre, l'auteur des Maximes et la créatrice de la Princesse de Clèves étaient « nécessaires l'un à l'autre » ainsi qu’en témoigne Madame de Sévigné, et se voyaient tous les jours. Unis par une « belle sympathie », une liaison respectable, où la conscience l’emporte sur les sens. Si le duc accepte la sagesse que lui impose sa vertueuse amie, ce n’est pas sans souffrance ! Mais comme il se sait aimé, il se résigne peu à peu, l'âge aidant, à ne l'être que de la façon qu'elle désire. Madame de La Fayette reste inconsolable de la mort de son ami et lui survit dix ans.

Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre : le plus anticonformiste

Ils forment LE couple de littéraires avant-gardistes ! Ils se rencontrent dans les amphithéâtres de la Sorbonne à la fin des années 20. Si durant les cinquante années qui suivent, les deux philosophes partagent leurs vies, leurs idées et leurs combats, c'est finalement l'indépendance qui reste le pilier de leur longévité. Jamais mariés, ils forment un couple libertin en toute confiance. De Beauvoir a ainsi vécu plusieurs relations homosexuelles et une histoire passionnée avec l'écrivain américain Nelson Algren pendant 15 ans. Mais comme l'a déclaré Sartre lui-même, "Sartre ne peut se concevoir sans Beauvoir, ni Beauvoir sans Sartre". Ils sont inhumés côte à côte au cimetière du Montparnasse à Paris.

 

Bon à savoir : L’hôtel les Plumes, à Paris, a eu la belle idée de célébrer trois de ces couples célèbres : Hugo et Juliette, Verlaine et Rimbaud, Sand et de Musset. Cet établissement romantique décline dans ses 35 chambres des éléments de leur histoire : citations, extraits de correspondances, signatures, représentations de leurs visages. Il vous est possible de réserver votre nuit dans une chambre pour une centaine d'euros. 

 

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