Ces classiques de la littérature qui ont fait scandale

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"On trouvera peut-être nos idées un peu fortes, qu'est-ce que cela fait ? N'avons- nous pas le droit de tout dire ?", dixit le marquis de Sade. Les grands classiques littéraires n'ont pas toujours été très appréciés par le lectorat selon les époques. Focus sur ces chefs-d'oeuvre de la littérature ayant fait scandale de l'Antiquité au XXe siècle. Liste non exhaustive. 

La Bible, interdite de traduction jusqu'au XVIème siècle 

Bible

Saviez-vous que les traductions de la Bible ont été interdites dans le monde entier, et ce jusqu'à la Renaissance ? Le livre sacré ne devait pouvoir être interprété que par l'Eglise, c'est pourquoi il n'était imprimé qu'en latin. Certains ont bien essayé de traduire l'ouvrage pour le grand public, mais leur tête s'est vite retrouvée séparée de leur corps... C'est seulement au XVIe siècle qu'une réforme de la propagation de la Bible en langues vernaculaires intervient. 

Les liaisons dangereuses, Choderlos de Laclos (1782) 

Les liaisons dangereuses

Dès leur parution en 1782, les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos font immédiatement scandale. Le XVIIIème siècle a beau être un temps propice au libertinage, les nobles lecteurs de l'époque ont tout de même ressenti un choc en découvrant cette histoire faite de manipulations et de nombreuses perversités. Obtenir ce que l'on veut par tous les moyens, n'hésitant pas pour cela à souiller l'innocence des individus les plus purs, c'est tout de même un peu fort. La marquise de Merteuil et le vicomte de Valmont n'ont assurément pas fait l'unanimité. Pourtant, l'auteur, loin d'être le défenseur de tout ce vice, affirme dans sa préface : "C'est rendre un service aux moeurs, que de dévoiler les moyens qu'emploient ceux qui en ont de mauvaises pour corrompre ceux qui en ont de bonnes, et je crois que ces lettres pourront concourir efficacement à ce but." La fin du récit épistolaire se veut même moraliste puisque Cécile s'en va au couvent et que la marquise est vouée à l'exil. Rien n'y fait, les lecteurs contemporains de Laclos s'indignent. 

Justine ou les malheurs de la vertu, le marquis de Sade (1791) 

Justine ou les malheurs de la vertu

Orpheline violée par un inconnu dans la forêt après s'être enfuie pour avoir été faussement accusée de vol par son maître, battue par son nouveau "bienfaiteur" puis retenue captive pendant six mois par quatre moines lubriques et meurtriers d'une abbaye alors qu'elle effectuait un pélerinage, la pauvre Justine subit toutes les perversités du monde et l'auteur ne nous épargne rien, décrivant très explicitement les actes sexuels durant lesquels elle ne fait que souffrir. La suite et fin du roman est à l'image du début : d'une grande violence et sans aucun espoir de vie meilleure pour l'infortunée Justine.  Pas besoin d'en dire plus, on comprend bien ce qui a fait (et fait encore aujourd'hui) scandale lorsqu'on découvre les écrits de celui dont on a tiré le mot "sadisme". 

Madame Bovary, Gustave Flaubert (1857)

Madame bovary

Le chef-d'oeuvre de Flaubert lui a très vite valu un procès pour "offenses à la morale publique et à la religion". L'avocat impérial Ernest Pinard n'a pas apprécié les scènes d'adultère entre Emma Bovary et Rodolphe.  "Emma et Rodolphe se regardaient, un désir suprême faisait frissonner leurs lèvres sèches, et mollement, sans effort, leurs doigts se confondirent." ; "Elle se répétait : J'ai un amant ! un amant ! se délectant à cette idée comme à celle d'une autre puberté qui lui serait survenue."  L'héroïne romanesque de Flaubert salissait l'institution du mariage, selon l'avocat impérial, et cela n'était pas tolérable au XIXe siècle. Le deuxième adultère avec Léon fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase : "Elle se déshabillait brutalement, arrachant le lacet mince de son corset qui sifflait autour de ses hanches comme une couleuvre qui glisse." Trop, c'est trop ! Ernest Pinard y vit une véritable poésie de l'adultère, ce à quoi l'avocat de Flaubert répondit qu'il ne s'agissait pour son client que de décrire avec réalisme. Flaubert put remercier chaleureusement son avocat car il fut acquitté, les juges estimant que "les passages quelque répréhensibles qu'ils soient, sont peu nombreux si on les compare à l'étendue de l'ouvrage." 

Les Fleurs du mal, Charles Baudelaire (1857) 

Les fleurs du mal

Les nombreuses critiques négatives des journalistes outrés finissent par attirer l'attention de la justice sur ses poèmes, considérés "comme un défi aux lois qui protègent la religion et la morale". Baudelaire affirme que "le livre doit être jugé dans son ensemble, et (qu)'alors il en ressort une terrible moralité". Ses amis Théophile Gautier, Barbey d'Aurevilly et Prosper Mérimée n'hésitent pas à défendre son oeuvre, multipliant les mots élogieux, mais rien n'y fait : la police saisit les exemplaires des Fleurs du mal et un procès eut lieu le 20 août 1857. L'avocat accusateur ? Le même que celui de Flaubert, toujours ce fameux Ernest Pinard. Sauf que la sentence est bien plus dure pour le poète : son recueil de poèmes est condamné à cause de "passages ou expressions obscènes et immorales". Baudelaire et son éditeur sont forcés de payer une amende et de retirer six poèmes du livre. 

Les Diaboliques, Barbey d'Aurevilly (1874) 

Les Diaboliques

L'écrivain dandy aimait la provocation et, malgré sa ferveur catholique, il ne se gênait pas pour décrire les actions humaines les plus noires dans ses oeuvres. La justice l'a pourtant laissé tranquille jusqu'en 1874, date à laquelle paraît son recueil de six nouvelles, Les Diaboliques. L'écrivain réussit à éviter le procès et l'affaire se termin par un non-lieu. Retiré de la vente, l'oeuvre sera tout de même rééditée dix ans plus tard. Vengeance, hypocrisie, mensonges, meurtres, scènes d'adultère, les thèmes de son recueil sont bien loin du respect des bonnes moeurs religieuses. Toutefois la richesse de la langue et l'immense créativité de l'auteur ont fini par prendre le dessus. 

Les aventures de Huckleberry Finn, Mark Twain (1884)

Les aventures de Huckleberry Finn

L'histoire de ce jeune garçon qui fuit la civilisation en compagnie d'un esclave n'a pas plu pour plusieurs raisons : d'une part parce que ce roman de littérature de jeunesse dresse la satire d'une société contemporaine hypocrite, d'autre part parce que les propos tenus sont clairement abolitionnistes. Or  la ségrégation aux Etats-Unis ne prend fin qu'en 1964, soit 80 ans plus tard ! Hors de question pour les Américains de l'époque de mettre ce livre de Twain entre les mains de leurs enfants blancs, donc... 

Sodome et Gomorrhe, Marcel Proust (1921)

Sodome et Gomorrhe

Publié en 1921, Sodome et Gomorrhe est le quatrième tome d'A la recherche du temps perdu. A travers ce roman, le narrateur découvre que Charlus est homosexuel. En effet, il surprend ses ébats avec Jupien et ne peut avoir aucun doute sur la nature de leur relation. Ce dernier livre de Proust est là pour nous dire que l'homosexualité est présente autant chez les femmes que chez les hommes et quelle que soit la catégorie sociale à laquelle on appartient. Face à l'intolérance de la société, les personnages homosexuels usent de mille subterfuges pour dissimuler leurs penchants. Cinquante ans avant la création de la Gay Pride, le livre n'a pas été bien reçu, comme l'auteur s'y attendait de toute façon. 

Ulysse, James Joyce (1922) 

Ulysse James Joyce

Le chef-d'oeuvre moderne de Joyce compte plus de mille pages dans lesquelles l'auteur n'hésite pas à contourner les règles orthographiques et à parodier les différents styles littéraires. Dans ce récit, Joyce s'inspire de L'Odyssée et du long voyage d'Ulysse pour en faire une errance sexuelle inversée : Pénélope n'attend plus sagement son infidèle époux et Ulysse - alias Léopold Bloom - s'avère impuissant, frustré et obsédé par les nombreuses infidélités de sa femme. Dès que le roman paraît aux Etats-Unis, il suscite la controverse. Une plainte est déposée par l'association New York Society for the Suppression of Vice et le livre est aussitôt jugé obscène. Sa publication sera strictement interdite aux Etats-Unis jusqu'en 1934. 

L'amant de Lady Chatterley, DH Lawrence (1928)

L'amant de Lady Chatterley

"Je déclare que ce roman est un livre sain et nécessaire", écrit Lawrence suite aux nombreuses critiques de ses censeurs. Les descriptions charnelles sont bien présentes dans cette dernière oeuvre qui choqua profondément l'Angleterre puribonde du début du XXème siècle. Lady Constance Chatterley est l'épouse frustrée d'un homme infirme, mais fort heureusement pour elle, elle vivra une relation passionnée et érotique avec un garde-chasse à qui elle finira par donner un fils. "J'ai toujours œuvré pour que la sexualité soit vécue de façon authentique et sacrée, et non pas de manière honteuse. Et c'est dans ce roman que je suis allé le plus loin. Il est pour moi beau, tendre et fragile comme ce qui est nu.", prend le temps d'expliquer l'écrivain. 

La Ferme des animaux, George Orwell  (1945)

La Ferme des animaux

Cette satire politique écrite par Orwell sous la forme d'une fable lors de la seconde guerre mondiale fut évidemment très mal vue par les Alliés (le gouvernement soviétique étant vivement critiqué dans ce récit) et interdite de publication entre 1943 et 1945. Aujourd'hui encore elle fait l'objet de nombreuses censures à travers le monde, notamment au Kenya, aux Emirats Arabes et en Corée du Nord.   

J'irai cracher sur vos tombes, Boris Vian (1946)

J'irai cracher sur vos tombes

Le titre en lui-même pourrait déjà suffire à expliquer la raison de la controverse... Le lecteur ne sort pas indemne de cette lecture : sexe, pédophilie, meurtres... la haine et la violence sont perceptibles à chaque ligne et le style est aussi froid que le personnage. C'est en s'armant d'un vocabulaire extrêmement brutal que l'auteur dénonce la ségrégation raciale encore présente de son temps. En février 1947, Boris Vian est attaqué en justice par le Cartel d'action sociale et morale. Deux mois plus tard, le scandale retentit encore plus lorsqu'on découvre près du cadavre d'une femme assassinée un exemplaire annoté de J’irai cracher sur vos tombes. Jusqu'alors publié sous pseudonyme, l'oeuvre est vite suspectée d'avoir été écrite par Vian. Ce dernier ne s'en cache finalement plus et n'hésite pas à traduire son oeuvre si controversée en anglais. En 1949, le livre est interdit à la vente et considéré comme pornographique et immoral tandis que Vian est condamné pour outrage aux bonnes moeurs. 

Lolita, Vladimir Nabokov (1958)

Lolita

Lolita est une nymphette orpheline de père et dont la mère a le malheur d'héberger le narrateur, un pédophile à la recherche de la jeune fille la plus parfaite qui soit. Il tombe follement amoureux de l'enfant, tue sa mère et l'enlève pour profiter d'elle en toute liberté. Le soir, il lui fait avaler des somnifères et abuse d'elle dans son sommeil. L'horreur totale, mais écrite avec beaucoup de finesse et de poésie, sans aucune description sexuelle glauque, ce qui a tendance à perturber le lecteur. Le pédophile est à la fois un prédateur effrayant et un pauvre homme malade qui nous inspirerait presque de la pitié... Un roman bien dérangeant aussitôt interdit en France et dont la censure ne sera levée qu'en 1958. 

 

 

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