Carnet de bal : les plus belles scènes de la littérature

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Le bal, théâtre des amours naissantes ! C’est le lieu de rencontre idéal : une musique enivrante, ou une valse endiablée peuvent déclencher le coup de foudre… Parenthèse hors du temps où tout semble possible, le bal transporte les personnages littéraires vers la magie de ses promesses. Laissez-vous emporter par ces tourbillons amoureux !

Mignonne, allons voir si la rose, Pierre de Ronsard (1545)

En 1545, Pierre de Ronsard rencontre une jeune fille lors d’un bal. Elle se prénomme Cassandre. Il est éperdument amoureux mais leur amour est impossible : il est clerc et aumônier, et elle est promise à un autre. Elle va devenir l’amour inaccessible. Il lui dédie Les Amours de Cassandre et son ode si célèbre. Pour l’encourager à lui céder, il lui rappelle que le temps passe et que sa jeunesse et sa beauté sont éphémères. Le genre d’homme à vous remonter le moral, ce Pierre…

Cueillez, cueillez vostre jeunesse / Comme à ceste fleur la vieillesse / Fera ternir vostre beauté.

Roméo et Juliette, William Shakespeare (1597)

Un bal masqué est donné chez les Capulet pour que leur fille Juliette rencontre un éventuel fiancé. Mais Roméo, de la famille rivale des Montaigu, s’invite en cachette avec ses amis. Tous deux sont masqués et pourtant Roméo va s'éprendre de Juliette : « jusqu’à ce soir, il n’avait pas vu la vraie beauté ». Ils s’embrassent sans se connaître. Juliette admire son « art des baisers ». Ils découvrent leurs identités à la fin du bal, mais la rivalité de leurs familles ne brisera jamais leur amour.

Il y a plus de péril pour moi dans ton regard que dans vingt de leurs épées : que ton œil me soit doux, et je suis à l'épreuve de l’inimitié de tes parents.

La Princesse de Clèves, Madame de Lafayette (1678)

Parée de toutes les vertus offertes par une bonne éducation, la jeune épouse du Prince de Clèves assiste au bal royal qui est donné au Louvre. La grande beauté de la Princesse émerveille le Duc de Nemours, qui « de tout le soir, ne put admirer que Madame de Clèves ». Ils dansent et la salle entière « murmure des louanges ». Le bal offre toutes les promesses d’une passion ardente, mais celle-ci se heurtera au mariage de raison qui enferme la Princesse. 

« Vous m’avez donné de la passion dès le premier moment que je vous ai vue ; vos rigueurs et votre possession n’ont pu l’éteindre : elle dure encore » déclare le Duc.

Orgueil et préjugés, Jane Austen (1813)

Alors qu’on l’incite à inviter Elisabeth à danser, l’arrogant Darcy répond qu’il ne la trouve pas assez belle pour lui. Le bal, censé faire naître des histoires d’amour, provoque ici l’hostilité des deux héros. Lors d’un autre bal, la jeune fille, très remontée, refusera à son tour de guincher avec Darcy. L’une a l’orgueil piqué à vif, l’autre des préjugés envers la pauvrette. Mais ces deux-là sont contraints de se côtoyer à plusieurs occasions et peu à peu les masques tombent… Sachez que Le journal de Bridget Jones est une transposition moderne de l’intrigue !

« Vous êtes trop généreuse pour vous jouer de mes sentiments. Si les vôtres sont les mêmes qu'au printemps dernier, dites le moi tout de suite. Les miens n'ont pas varié, non plus que le rêve que j'avais formé alors. Mais un mot de vous suffira pour m'imposer silence à jamais. »

Anna Karenine, Tolstoï (1877)

Anna, « la plus jolie femme de toute la Russie », tombe amoureuse au cours d’un voyage du Comte de Vronski. Lors d’un grand bal, une valse virevoltante emmène Anna et le Comte. Pour lui, elle quitte son mari et abandonne son jeune fils. Elle s’affranchit de la bienséance morale, sociale, jusqu’à l’isolement, au mépris de tous et au désamour de Vronski.

« - Je ne savais pas que vous partiez aussi ? Pourquoi partez-vous ? dit-elle en baissant la main qui s'apprêtait à saisir la poignée de la portière. Le visage d'Anna exprima une joie et une animation des plus vives.

- Pourquoi je pars ? répéta-t-il, la regardant droit dans les yeux. Je pars pour être où vous êtes. Je ne puis faire autrement.

(...) Vronskï avait prononcé juste les mots que désirait l'âme d'Anna, mais que redoutait sa raison. »

L’écume des jours, Boris Vian (1947)

Célibataire qui voudrait être amoureux, Colin se rend à une surprise-party. Il rencontre la belle Chloé et l’invite à danser : « Chloé le regarda encore. Elle avait les yeux bleus. Elle agita la tête pour repousser en arrière ses cheveux frisés et brillants, et appliqua, d’un geste ferme et déterminé, sa tempe sur la joue de Colin. Il se fit un abondant silence à l’entour, et la majeure partie du reste du monde se mit à compter pour du beurre. » Colin lui demande: « Êtes-vous arrangée par Duke Ellington ? ». Une subtile référence au jazz et plus spécialement au morceau de musique Chloé du grand Duke, dont les notes enivrent les joyeux protagonistes. 

« Il me faudra des mois, des mois, des mois pour que je me rassasie des baisers à vous donner. Il faudra des ans de mois pour épuiser les baisers que je peux donner sur vous, sur vos mains, sur vos cheveux, sur vos yeux, sur votre cou. »

Cendrillon, Charles Perrault (1697)

La modeste Cendrillon brave l’interdit de sa belle-mère et se rend au bal en l’honneur du fils du Roi. Magnifique, elle attire le regard du Prince et de tout le royaume : « Il se fit alors un grand silence ; on cessa de danser et les violons ne jouèrent plus, tant on était attentif à contempler les grandes beautés de cette inconnue ». Le Prince est subjugué par tant de grâce. Entendant sonner les douze coups de minuit, Cendrillon s’enfuit et perd son soulier dans les escaliers. Le Prince retrouve Cendrillon, la seule à pouvoir chausser le fameux soulier, et l’épouse. Peu réaliste nous direz-vous ? Ne gâchons pas la magie, il est permis de rêver !

 Il se fit alors un grand silence ; on cessa de danser et les violons ne jouèrent plus, tant on était attentif à contempler les grandes beautés de cette inconnue. On n'entendait qu'un bruit confus : Ah, qu'elle est belle ! Le Roi même, tout vieux qu'il était, ne laissait pas de la regarder et de dire tout bas à la Reine qu'il y avait longtemps qu'il n'avait vu une si belle et si aimable personne. Toutes les Dames étaient attentives à considérer sa coiffure et ses habits, pour en avoir dès le lendemain de semblables, pourvu qu'il se trouvât des étoffes assez belles, et des ouvriers assez habiles. Le Fils du Roi la mit à la place la plus honorable, et ensuite la prit pour la mener danser. Elle dansa avec tant de grâce, qu'on l'admira encore davantage.

Autant en emporte le vent, Margaret Mitchell (1936)

1861, Géorgie. La guerre de Sécession gronde. Scarlett O'Hara, fille d'un propriétaire terrien, 16 ans, est de loin la plus jolie fille à des kilomètres. Les garçons se l'arrachent et ne cessent de la courtiser. Humiliée parce que l’homme qu’elle aime en épouse une autre, elle jette son dévolu sur l’irrésistible Rhett Butler, un peu bad boy sur les bords. Une fastueuse scène de bal dépeint, sur fond de fanfaronnades des jeunes sudistes, l’attitude provocatrice de Scarlett, qui se moque des convenances et danse avec Rhett alors qu’elle porte le deuil de son premier époux.

Elle se dressa d’un bond. Son cœur battait si fort qu’elle eut peur de chanceler. Son cœur battait follement à l’idée d’être à nouveau le centre de tous les regards, d’être la femme la plus désirée et, surtout, surtout à l’idée de se remettre à danser.

- Oh ! Ça m’est égal, ça m’est égal ! Qu’ils disent ce qu’ils voudront ! murmura-t-elle entre ses lèvres tandis qu’une frénésie délicieuse s’emparait d’elle.

Elle rejeta la tête en arrière, fit le tour du comptoir. Ses talons claquaient sur le plancher comme des castagnettes. Alors elle se trouva au milieu de la salle de bal. Fendant la foule, Rhett Butler s’avança vers elle. Il avait toujours son détestable sourire moqueur. Mais tant pis ! Cela lui était aussi égal que si elle avait eu affaire à Abraham Lincoln en personne. Elle allait danser. Elle allait conduire le quadrille. Elle gratifia son cavalier d’une profonde révérence et d’un sourire radieux. (Taratata !)

Le Lys dans la vallée, Balzac (1835)

L'histoire d'un amour impossible entre Félix de Vandenesse, cadet d'une famille aristocratique, et Madame de Mortsauf, la vertueuse épouse du Comte de Mortsauf. Il assiste à un bal auquel il s’ennuie, jusqu’à ce que son regard croise celui d’une éblouissante créature. Il dépose un baiser sur son épaule, mais l’inconnue s’éloigne, offensée…

Mes yeux furent tout à coup frappés par de blanches épaules rebondies sur lesquelles j'aurais voulu pouvoir me rouler, des épaules légèrement rosées qui semblaient rougir comme si elles se trouvaient nues pour la première fois, de pudiques épaules qui avaient une âme, et dont la peau satinée éclatait à la lumière comme un tissu de soie. Ces épaules étaient partagées par une raie, le long de laquelle coula mon regard, plus hardi que ma main. Je me haussai tout palpitant pour voir le corsage et fus complètement fasciné par une gorge chastement couverte d'une gaze, mais dont les globes azurés et d'une rondeur parfaite étaient douillettement couchés dans des flots de dentelle. Les plus légers détails de cette tête furent des amorces qui réveillèrent en moi des jouissances infinies: le brillant des cheveux lissés au-dessus d'un cou velouté comme celui d'une petite fille, les lignes blanches que le peigne y avait dessinées et où mon imagination courut comme en de frais sentiers, tout me fit perdre l'esprit.

Belle du seigneur, Albert Cohen (1968)

La passion flamboyante qui peu à peu se désagrège entre Ariane d'Auble, jeune aristocrate protestante, candide et fantasque, et Solal, juif séducteur, ironique et grand prince. Solal invite la belle à une soirée et parvient à la conquérir. Mais il est à la fois amoureux d'Ariane et dépité de l'avoir conquise par ses « babouineries » de mâle dominant.

Solennels parmi les couples sans amour, ils dansaient, d'eux seuls préoccupés, goûtaient l'un à l'autre, soigneux, profonds, perdus. Béate d'être tenue et guidée, elle ignorait le monde, écoutait le bonheur dans ses veines, parfois s'admirant dans les hautes glaces des murs, élégante, émouvante exceptionnelle femme aimée parfois reculant la tête pour mieux le voir qui lui murmurait des merveilles point toujours comprises, car elle le regardait trop, mais toujours de toute son âme approuvées, qui lui murmurait qu'ils étaient amoureux, et elle avait alors un impalpable rire tremblé, voilà, oui, c'était cela, amoureux, et il lui murmurait qu'il se mourait de baiser et bénir les longs cils recourbés, mais non pas ici, plus tard, lorsqu'ils seraient seuls, et alors elle murmurait qu'ils avaient toute la vie, et soudain elle avait peur de lui avoir déplu, trop sûre d'elle, mais non, ô bonheur, il lui souriait et contre lui la gardait et murmurait que tous les soirs, oui, tous les soirs ils se verraient. 

 

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