10 romans drôles et légers pour se changer les idées

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Une petite baisse de moral ? Nous avons de quoi vous faire rire et décompresser. De Flaubert à Foenkinos en passant par Pennac et Paasilinna, voici 10 romans drôles et légers pour vous changer les idées. 

1. Gustave Flaubert, Bouvard et Pécuchet

Bouvard et Pecuchet

Un grand classique que Bouvard et Pécuchet. L'ironie est au détour de chaque page et on savoure cette énorme farce sur la bêtise humaine. Malgré leurs nombreuses différences, Bouvard et Pécuchet deviennent vite les meilleurs amis du monde. Mais à force de vouloir posséder un savoir encyclopédique absolu, les deux compères en deviennent ridicules et d'autant plus bêtes. Un conte philosophique très agréable à lire et dont on ne se lasse pas. 

"Quelquefois Pécuchet tirait de sa poche son manuel et il en étudiait un paragraphe, debout, avec sa bêche auprès de lui, dans la pose du jardinier qui décorait le frontispice du livre. Cette ressemblance le flatta même beaucoup. Il en conçut plus d'estime pour l'auteur."

2. Patrick Süskind, Le pigeon

Le pigeon

Ce court récit de l'auteur du Parfum ne vous laissera pas indifférent car son caractère étrange provoque des réactions extrêmes chez le lecteur : on aime ou on n'aime pas. De notre côté, nous avons bien ri en suivant les mésaventures de Jonathan Noël, un homme simple menant une vie des plus simples (vigile depuis des années au même endroit), mais dont le quotidien rassurant se verra pertrurbé à cause d'une présence sur son palier... celle d'un pigeon ! Cet événement pour le moins perturbant empêche Jonathan Noël de sortir de chez lui car cette "bête atroce" le dégoûte et l'effraie à tel point qu'il gémit à l'idée même de la frôler. Le ridicule de la situation et la personnalité un brin hypocondriaque du personnage sont à mourir de rire ! 

"Lorsque lui arriva cette histoire de pigeon qui, du jour au lendemain, bouleversa son existence, Jonathan Noël avait déjà dépassé la cinquantaine, il avait derrière lui une période d'une bonne vingtaine d'années qui n'avait pas été marquée par le moindre événement, et jamais il n'aurait escompté que pût encore lui arriver rien de notable, sauf de mourir un jour. Et cela lui convenait tout à fait. Car il n'aimait pas les événements, et il avait une véritable horreur de ceux qui ébranlaient son équilibre intérieur et chamboulaient l'ordonnance de sa vie."

3. Jonas Jonasson, Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire

Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire

Que se passe-t-il quand un centenaire en maison de retraite décide de sortir en s'cret le jour de son anniversaire et de s'évanouir dans la nature, devenant ainsi l'homme le plus recherché du pays ? L'auteur suédois Jonas Jonasson nous emmène sur ce terrain-là et nous présente un vieil homme qui vaut le détour, j'ai nommé Allan Karlsson. Ce dernier se fait vite des amis (aussi déjantés que lui) complices de sa fuite et, ensemble, ils vivront un tas d'histoires complètement loufoques. Vous ressortirez forcément de cette lecture avec le sourire ! 

"Allan traversa le cimetière vers le sud, jusqu'à ce qu'il se retrouve bloqué par un muret de pierre. Il ne faisait pas plus d'un mètre de haut, mais Allan était centenaire, pas champion de saut en hauteur...
Une fois, il y a de nombreuses années de cela, il avait traversé l'Himalaya. Ça c'était dur. Allan y pensa très fort devant ce mur qui s'érigeait en ultime obstacle entre lui et la gare. Il y pensa si fort que le mur rétrécit jusqu'à devenir un petit muret de rien du tout. Et quand il fut parvenu au minimum de sa taille, Allan passa au-dessus malgré son âge et ses genoux."

4.  Alexandra Frölich, Ma Belle-mère russe

Ma belle-mère russe

Paula, une jeune avocate allemande, doit repartir de zéro après un divorce douloureux. Elle ouvre son propre cabinet, mais peine à trouver une clientèle. Jusqu'au jour où elle rencontre les Polyakov, une famille d'origine russe extravagante s'il en est, et où elle s'éprend de leur fils, Artiom. Ces gens-là, bien que très attachants, sont pour le moins imprévisibles : Paula (dont la personnalité est aux antipodes de cette famille) ira de surprise en surprise (rarement agréables). Le choc des cultures et les anecdotes stéréotypées sur ces drôles de Russes sont à se tordre. Un livre qui nous veut du bien. 

"Ca va coûter cher, me dis-je en fixant la porte de la cellule. Violation de propriété, violation de sépulture, équarrissage illégal, entrave à un agent dans l'exercice de ses fonctions, aggravés d'infractions avec coups et blessures. De nouveau, je fixe Darya. Dans ses yeux s'accumulent des larmes, une goutte pend de son nez. Ma belle-mère a la larme facile, comme le reste de ma famille par alliance. Pourquoi es-ce qu'elle chiale justement maintenant, ej ne me l'expliqe pas." 

5. Carl Aderhold, Mort aux cons

Mort aux cons

Qui peut affirmer avec certitude qu'il n'a jamais souhaité la mort d'un con ? Notre héros - au sens héroïque du terme - est là, dans ce roman, puisqu'il s'est lancé dans une mission sans fin : l'extermination de tous les cons sur Terre. Bien-sûr, on est toujours le con de quelqu'un et on tremble un peu pour notre vie en lisant ce roman plein d'humour noir au titre provocateur. L'intrigue s'essouffle un peu au fil des pages, mais le concept est si original qu'on ne peut qu'applaudir Carl Aderhold. Un régal pour les amateurs de cynisme. 

" Consacrant désormais mon énergie à définir le con, je m'attelais au recensement des signes de connerie qui avaient pu être répertoriés par le passé, et qui pourraient ainsi me mettre sur la piste.

Je commençai par la sagesse populaire. (...) Je me tournai alors du côté de la philosophie. Mais là encore, ce fut une déception. Toutes les grandes interrogations de l'homme, la mort, l'existence et l'essence, la vie, l'être et le non être, ont trouvé leur place dans de vastes systèmes interprétatifs ; la connerie en revanche attend toujours son philosophe.

Pourtant, à y regarder de plus près, plusieurs d'entre eux ont tourné autour de la question, parfois même l'ont effleurée. Ainsi, Platon. Qu'est-ce que sa célèbre allégorie de la caverne, dans la République, si ce n'est l'histoire d'une bande de cons qui prennent des vessies pour des lanternes ? Et Descartes ? Qu'est-ce que son fameux "Je pense donc je suis", si ce n'est une formidable machine de guerre contre la connerie ? Car enfin, un con a-t-il jamais pensé ? Tout au contraire, ne l'entend-on pas régulièrement s'écrier "J'y avais pas pensé" ?... Et le doute, dont il fait le point central de sa démonstration, n'est-il pas fondamentalement l'exact inverse de la démarche du con ? Car tout le monde sait que le con, lui, ne doute pas.

J'allais devoir tout élaborer par moi-même. "  

6. Arto Paasilinna, Petits suicides entre amis 

Petits suicides entre amis

Là encore, l'humour noir est à son paroxysme dans ce récit au sujet pour le moins original : appeler tous les individus suicidaires à se réunir pour en finir ensemble par n'importe quel moyen. Les idées de mise en scène ne manquent pas, mais chaque tentative s'avère être un échec et les laisse désespérément vivants. Abandonner et laisser la vie avoir le dernier mot ? Laissons-leur donc le temps d'étudier la question... 

"Si on buvait, le foie et le pancréas se détraquaient. Si on mangeait trop bien, le taux de cholestérol grimpait. Si on fumait, un cancer mortel s’incrustait dans les poumons. Quoi qu’il arrive, chacun s’arrangeait pour culpabiliser son voisin. Certains faisaient du jogging à outrance et s’écroulaient morts d’épuisement sur la cendrée. Ceux qui ne couraient pas devenaient obèses, souffraient des articulations et du dos et mouraient pareillement, au bout du compte, d’un arrêt cardiaque. A bavarder ainsi, les suicidaires commençaient à se dire qu’ils se trouvaient finalement en bien meilleure posture que leurs compatriotes contraints de continuer à vivre dans leur sinistre patrie. Cette constatation les emplit de joie, pour la première fois depuis longtemps."

7. John Kennedy Toole, La conjuration des imbéciles 

La conjuration des imbéciles

Ignatius J.Reilly est un trentenaire au chômage et complètement en marge de la société qui vit encore chez sa mère. Surdoué, il n'en est pas moins odieux, dégoûtant (il rote sans arrêt) et manipulateur. Alors qu'il peut à peine se déplacer tant son obésité l'handicape, il malmène sa mère et méprise la société qu'il considère nettement inférieure à lui, ne perdant jamais son sens de la répartie. Obligé de trouver un travail, il collectionne les incidents et fait la rencontre de nombreux personnages saugrenus. Chaque dialogue complètement dingue nous fait rire et méditer sur la bêtise de notre monde.  

"Ignatius, quant à lui, était confortablement et intelligemment vêtu. La casquette de chasseur le protégeait des rhumes de cerveau. Son volumineux pantalon de tweed était durable et permettait une liberté de mouvements peu ordinaire. Ses plis et replis emprisonnaient des poches d'air chaud et croupi qui mettaient Ignatius à l'aise. Sa chemise de flanelle à carreaux rendait inutile le port d'une veste et le cache-nez protégeait ce que Reilly exposait de peau entre col et oreillettes. La tenue était acceptable au regard de tous les critères théologiques et géométriques, aussi abstrus fussent-ils, et dénotait une riche vie intérieure

8. Katarina Mazetti, Le mec de la tombe d'à côté 

Le mec de la tombe d'à côté

Qui a dit qu'il ne se passait jamais rien dans les cimetières ? Désirée et Benny vous prouveront le contraire à travers leur histoire improbable et teintée d'ironie. Désirée est une bibliothécaire écolo qui s'ennuie et qui vient essayer de pleurer son mari sans parvenir à ses fins, Benny est un agriculteur qui se bat pour garder ses vaches et qui vient fréquemment fleurir la tombe de ses parents, décorée avec mauvais goût de guirlandes et autres bibelots. L'alternance de points de vue nous montre que les deux personnages ne peuvent pas se sentir, mais un malentendu va les faire sourire tous deux en même temps et s'ensuit une série de quiproquos, puis la naissance de sentiments intattendus... Un trésor d'humour à lire et à découvrir au théâtre si vous en avez l'occasion. 

"C'est évident que ça ne peut pas marcher. C'est foutu d'avance.
Pas seulement à cause de la ferme. Je me vois rentrant le soir complètement crevé - quand on fait le foin par exemple - pour la trouver en train de m'attendre, les billets d'opéra dans une main et tambourinant avec les doigts de l'autre sur la table. De l'opéra, seigneur ! Pendant tout le premier acte, j'ai très bien entendu mon estomac gargouiller plus fort que le gros lard avec son épée qui hurlait pire que s'il appelait ses vaches. La Crevette devrait s'estimer heureuse que je me sois endormi, j'aurais pu la discréditer bien plus si j'avais été éveillé. J'aurais pu dire franchement ce que j'en pensais - à voix haute.
Mais elle n'était pas très contente, c'est sûr. Je l'ai bien vu.
Il n'y a pratiquement pas un seul domaine où nous avons les mêmes opinions. Désormais, on évite soigneusement la politique. Je me rappelle la première bataille. Pour commencer, je lui ai montré un courrier des lecteurs que je trouvais rigolo et pour finir elle m'a traité de fasciste et elle s'est endormie en me tournant le dos. Et il y en a eu d'autres. Maintenant on a presque tendance à détourner la tête, un peu embarrassés, quand on regarde la télé et qu'on sait d'avance que nos avis vont diverger."

9. David Foenkinos, Le potentiel érotique de ma femme 

Le potentiel érotique de ma femme

Hector est un grand collectionneur. Parmi ses objets de collection, il pourra vous citer les piques apéritifs, les pieds de lapin ou encore les cloches en savon. Loin de le combler, cette manie de tout collectionner le rend malade et triste, à tel point qu'il décide de se suicider (sans succès). Heureusement pour le héros, Brigitte débarque dans sa vie. Elle lave les vitres comme personne et il décide de l'épouser et... de la collectionner. De quelle façon ? On vous laisse le plaisir de le découvrir par vous-mêmes.

"Il aurait pu mourir ce jour-là puisque Thomas Mann avait écrit: "Celui qui a contemplé la beauté est déjà prédestiné à la mort." Brigitte lavant les vitres, c'était un peu son Mort à Venise à lui. Mais Hector ne savait pas qui était Thomas Mann, alors il pouvait survivre."

10. Daniel Pennac, Au bonheur des ogres

Au bonheur des ogres

Comment ne pas terminer cet article sans citer ce bon vieux classique de Pennac, premier tome de la fameuse saga Malaussène ? Pour ceux qui ne connaitraient pas encore, l'histoire porte sur Benjamin Malaussène, le frère aîné de la famille qui doit protéger toute sa fratrie comme un père, sa mère étant peu présente, trop occupée à s'amuser avec son amant. Benjamin y parvient bien, jusqu'au jour où il se trouve au mauvais endroit, au mauvais moment. Trois bombes explosent dans un magasin et c'est sur lui que vont s'éveiller tous les soupçons. Un récit complètement loufoque comme on les aime. Ci-dessous, un extrait dans lequel le héros nous explique la règle du placement du COD dans la phrase... Vous allez sourire, c'est sûr !

"C’est finalement Jérémy qui rétablit l’ordre naturel des choses en demandant :
— Dis voir Ben, est-ce que tu pourrais me dire pourquoi cette saloperie de participe passé s’accorde avec ce connard de C.O.D. quand il est placé avant cet enfoiré d’auxiliaire être ?
— « Avoir », Jérémy, devant l’auxiliaire « avoir ».
— Si tu préfères. Théo est pas foutu de m’expliquer.
— Moi la mécanique… fait Théo avec un geste évasif.
Et j’explique, j’explique la bonne vieille règle en déposant un paternel baiser sur chaque front. C’est que voyez-vous, jadis, le participe s’accordait avec le C.O.D., que celui-ci fût placé avant ou après l’auxiliaire avoir. Mais les gens rataient si souvent l’accord quand il était placé après, que le législateur grammatical mua cette faute en règle. Voilà c’est ainsi. Les langues évoluent dans le sens de la paresse. Oui, oui, déplorable . "

 

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