Journée des femmes : 10 héroïnes de romans admirables

ces héroïnes de romans admirables
© Affiche du film "Mémoires d'une Geisha" de Rob Marshall (2005)

La figure féminine dans le roman. Vous avez trois heures. Hum, pardon ! En l'honneur de cette Journée internationale de lutte pour le droit des femmes, évoquons des personnages féminins admirables. Leurs créateurs ne les épargnent pas, elles se débattent dans des vies qui réservent leur lot de disgrâces et de tourments. Femme fatale ou amoureuse, vertueuse ou libertine, indépendante ou soumise, manipulatrice ou sensible, combative ou sage, passionnée et fière ou rêveuse et naïve, forte ou faillible, l’héroïne revêt différents visages et nous tend un miroir de nous-mêmes.

Jane Eyre (Charlotte Brontë)

Orpheline, pauvre, rejetée, amoureuse d’un homme marié… En un mot comme en cent, malheureuse et malchanceuse ! Mais elle est forte, indépendante et intelligente, Jane. Elle est capable de surmonter ses souffrances et de garder confiance en elle pour s’en sortir. Ce roman en partie autobiographique dénonce le sexisme et le système des classes de son temps. Sachez que les trois sœurs Brontë, comme d’autres femmes de lettres de l’époque, dissimulaient leur identité sous des noms d'homme pour publier leurs œuvres.

Sayuri (Geisha, Arthur Golden)

Une plongée dans le Japon du milieu du 20ème et ses rites séculaires ! Rappelons ce qu’est une geisha : une courtisane excellant dans l'art du chant, de la danse et de l'amour, chargée de divertir les riches clients des « salons de thé ». À 9 ans, Sayuri est vendue par son père à l’une de ces maisons de plaisir de Kyoto. Elle se plie avec docilité à l'initiation difficile qui fera d'elle une vraie geisha. Elle se cogne à la vie, grandit, s’endurcit. La chenille se transforme en papillon. De plus en plus belle et douée pour les arts, elle se débarrasse de sa méchante rivale, est convoitée par les puissants et finit par rencontrer l’amour.

Jo March (les Quatre Filles du docteur March, Louisa May Alcott)

Dotée d’un caractère en acier trempé, anticonformiste, facétieuse, garçon manqué, féministe avant l’heure, Jo est flamboyante. Passionnée de théâtre et de littérature, elle a l’indépendance chevillée au corps. Bien qu’elle puisse tomber amoureuse, le mariage est le cadet de ses soucis (plutôt courageux en 1868). Ce qu’elle veut par-dessus tout, c’est être publiée ! Selon les rumeurs, Jo était calquée sur la personnalité de son auteure...

Célie Johnson (la Couleur pourpre, Alice Walker)

Célie est née noire et pauvre dans le Sud des États-Unis. Nous sommes dans les années 30, à une époque et au sein d’une communauté où la religion domine et où la femme doit obéir à l’homme. Célie est manipulée, battue, violée par son père puis son mari pendant des décennies. D’abord très passive et soumise face à ces brutes, trois femmes lui apprendront à se rebeller et mener sa vie comme elle l'entend. Elle s’épanouit progressivement, se découvre des qualités et finit par s’affirmer. Mais restée pure, elle pardonne aux hommes malgré les violences subies.

Antigone (Sophocle puis Jean Anouilh)

Héroïne de la mythologie grecque, elle est la fille d'Œdipe. Déterminée et orgueilleuse, Antigone possède en elle une force qui la pousse à aller où les autres ne vont pas, à refuser la facilité. Elle fascine tous ceux qui l’approchent. C’est celle qui brave l'interdit en tentant d’enterrer le corps de son frère, et pour cet acte est condamnée à mort. Antigone incarne la résistance et le libre-arbitre. Elle exprime une volonté et une liberté indépendantes aux pressions extérieures. Mais elle en paie le prix.

Bridget Jones (le Journal de Bridget Jones, Helen Fielding)

Trêve de gravité, versons ici dans la légèreté ! Bridget a presque trente ans et n'est toujours pas mariée. Elle apprend finalement à s’accepter et trouve l’amour. On est loin du cliché de la fille parfaite et d’une héroïne Disney ! Maladroite, souvent un verre à la main, éternelle amoureuse, elle est notre bonne vieille copine, celle à qui on peut dévoiler ses pas de travers. Elle est pleine d'imperfections, et on l’aime pour ça… Bridget, c’est nous !

Carmen (Prosper Mérimée)

La gitane Carmen est d’une beauté si scandaleuse que les bigotes se signent sur son passage. Futée, elle utilise ses charmes pour parvenir à ses fins. Insaisissable et libre, elle mène sa vie uniquement selon ses désirs quel qu'en soit le prix à payer. Elle aimante les hommes, les rend fous, et sa provocation ira jusqu’à la mort.

Emma Bovary (Madame Bovary, Flaubert)

On ne la présente plus ! Emma Bovary perd tout à force de chercher ailleurs les félicités et les passions. Mariée au médiocre Charles, elle s’ennuie et rêve d’une autre existence dans les bras de Rodolphe puis de Léon. Bercée par ses lectures de couvent, elle se projette dans un grand amour, à la hauteur des romans de chevalerie dont elle se délecte. D'où ses multiples désillusions face à une vie qu'elle voit comme une prison et qui la pousseront, plus tard, à commettre le suicide. Figurez-vous que le livre fit scandale à l’époque !

Eugénie Grandet (Balzac)

Elle incarne la femme ange. Généreuse jusqu’à l’abnégation, pure, sensible et douce, fidèle, cette petite possède une vraie noblesse d’âme qui ne sera pas récompensée. Prisonnière de l’étroitesse d’un milieu, elle reste soumise aux sordides volontés paternelles et aux corruptions du monde jusqu'à la fin de sa vie. Alors que Charles, le cousin-dandy-parisien dont elle s’est éprise, l’abandonne, elle ne vit que dans son souvenir. Elle épouse un homme qu’elle n’aime pas et finit sa vie, veuve, douloureuse et résignée. Sortez vos mouchoirs !

Manon Lescaut (l'Abbé Prévost)

Sulfureuse à souhait, elle n'hésite pas à offrir ses charmes pour satisfaire son goût pour la liberté, la fantaisie et le luxe. Sa légèreté, sa vertu facile, son égoïsme ne l’empêchent pas d’éprouver pour le Chevalier des Grieux, sur lequel elle exerce une emprise totale, un amour sincère. Le droit à la vie, au plaisir qu’elle revendique lui est constamment refusé dans cette société du début du 18ème siècle. Jugée comme une « dangereuse personne », elle est expédiée en Amérique.

 

Donnons le dernier mot au grand Baudelaire qui rend hommage aux « passantes », ces inconnues dont le poète croise parfois le regard au détour d'une rue…

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son œil, ciel livide où germe l'ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.
Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?
Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !

 

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